Le retour précoce des algues vertes en Bretagne …

Le retour précoce des algues vertes en Bretagne … Un Reportage de la rédaction de France Culture par Véronique Rebeyrotte

Yves-Marie Le Lay, président de l'association "Sauvegarde du Trégor Göelo Penthièvre" dans la baie de Saint-Brieuc en mai 2021.
Yves-Marie Le Lay, président de l’association « Sauvegarde du Trégor Göelo Penthièvre » dans la baie de Saint-Brieuc en mai 2021. Crédits : Véronique Rebeyrotte – Radio France

Le phénomène qui, depuis cinquante ans, empoisonne les côtes bretonnes est toujours là, malgré une enveloppe de plus de 110 millions d’euros dépensés dans deux plans de lutte contre les algues vertes mis en place depuis 2010. Dans leur rapport qui ne sera rendu public que fin juin, la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes jugent ces plans inefficaces, relèvent l’insuffisance des moyens alloués par l’État et surtout, relaient les études scientifiques selon lesquelles, pour endiguer la prolifération des algues, il n’y a pas d’autres solutions que de réduire les apports d’azote d’origine agricole, qui dopent en nitrates les algues vertes. Pourtant, des efforts ont été faits par le monde agricole mais il faudra encore du temps et de l’argent estime Mickaël Cosson, le maire d’Hillion rencontré sur la plage de Saint-Guimond en baie de Saint-Brieuc.

Il y a des engagements qui ont été pris il y a plusieurs années pour faire évoluer le modèle agricole breton. Les taux de nitrates ont été divisés par deux en dix ans. Pour aller plus loin, il faut encore les diviser par deux et cela ne se fera qu’avec un accompagnement fort des agriculteurs par l’État, un accompagnement financier. C’est le seul moyen d’aller enfin vers un modèle agricole plus vertueux.

Agir à la source de ce problème sanitaire et environnemental, c’est le credo d’Yves-Marie Le Lay depuis des décennies. Le rapport de la Cour des comptes fait un bien fou au président de l’association « Sauvegarde du Trégor ». Lui aussi met en cause l’inaction de l’état et des élus bretons.

Nous sommes les rares personnes à avoir non seulement dénoncé les « plans algues vertes » parce qu’ils étaient inefficaces mais aussi parce que cela coûte de l’argent public. Là, on est à 110 millions d’euros pour ne voir aucun résultat. C’est inefficace parce qu’on ne prend pas les mesures adaptées pour en finir avec les marées vertes. Et ces mesures c’est changer complètement les modes agricoles, ce que le lobby agro-industriel en Bretagne ne veut pas. Et si le lobby arrive à imposer ses lois, c’est bien parce qu’il y a une faillite du politique. Cette année, les élections ont lieu en même temps que les marées vertes. Ce sera donc difficile de les mettre sous le tapis. Donc les élus risquent de se prendre les pieds dans le tapis.

Le CEVA suit de près le phénomène des algues vertes. Sylvain Ballu, du Centre d’Etudes et de Valorisation des Algues, préconise aussi de s’attaquer à la source du problème plutôt que de trouver des débouchés industriels aux algues vertes. Le fait de mettre trop de moyens pour trouver des voies de valorisation, c’est potentiellement vouloir pérenniser le phénomène. Il y a eu des levées de bouclier quand on a parlé de valorisation. Il y a quand même des choses qui se font. Comme des pots horticoles à base d’algues vertes. Cela marche très bien. Mais d’un point de vue stratégique, monter une voie de valorisation alors que l’objectif premier de la Bretagne, c’est de se débarrasser des algues vertes, pour certains acteurs de la région, ce n’est pas une bonne idée. On ne va pas maintenir des algues vertes dans le milieu parce qu’ils en auraient besoin.

Le rapport de la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes (600 pages, fruit de deux ans de travail) qui analyse les raisons de l’échec de la lutte contre les proliférations des algues vertes doit être rendu public fin juin.


Algues vertes : pétition d’Eau et Rivières

L’association Eau et Rivières de Bretagne a lancé, ce mercredi 12 mai, une grande campagne d’opinion sur le phénomène des algues vertes.

Pour Eau et Rivières, le problème des nitrates dans l’eau n’est pas réglé en Bretagne, comme le montre le phénomène des marées d’algues vertes.
Pour Eau et Rivières, le problème des nitrates dans l’eau n’est pas réglé en Bretagne, comme le montre le phénomène des marées d’algues vertes. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Eau et Rivières de Bretagne s’invite dans le débat électoral des régionales. L’association environnementale a lancé, ce mercedi12 mai, une grande campagne d’opinion sur le phénomène des algues vertes. Comme depuis 40 ans, cette année encore les algues vertes envahissent nos plages avec des conséquences dévastatrices pour notre environnement, notre santé et l’économie bretonne , écrit l’association dans un communiqué.

Première action : une pétition, déjà relayée par une centaine de personnalités. Parmi elles, le musicien Alan Stivell, l’ex-entraîneur de football Christian Gourcuff, l’autrice de la BD Algues vertes Inès Léraud, l’agriculteur retraité André Pochon ou encore l’urgentiste Pierre Philippe, qui a alerté sur le risque sanitaire lié à la prolifération des algues vertes.

La pétition doit rester en ligne jusqu’au 12 septembre. C’est la première fois qu’Eau et Rivières a recours à ce mode d’action.

Nous voulons que les différents candidats abordent la question des algues vertes et s’expliquent sur leurs intentions vis-à-vis de l’agriculture,indique Arnaud Clugery, le directeur d’Eau et Rivières de Bretagne. Puis qu’à partir de septembre, les nouvelles équipes régionales et l’État prennent les bonnes mesures. »

Pour l’association, la pollution des milieux naturels par les nitrates d’origine agricole reste une réalité impossible à nier. Certes, la France est sortie du contentieux européen sur les eaux brutes. Mais cela ne concerne que l’eau potable. Les marées vertes montrent que le problème environnemental et écologique n’est pas réglé.

Ainsi, Eau et Rivières constate que les concentrations de nitrates dans l’eau ne diminuent plus depuis 2015 en Bretagne, après vingt-cinq ans de décroissance.

Je dis STOP aux marées vertes !La pétition d’Eau et Rivières de Bretagne, soutenue par 100 organisations et personnalités.Amas d’algues, odeur d’œufs pourris et gaz toxique, dégradation du littoral : les marées vertes qui défigurent une partie de nos plages, ont des conséquences catastrophiques. Exigeons des pouvoirs publics des actions fortes et efficaces pour que cesse enfin ce fléau … Suite de la Pétition en ligne par ici ..


Trégor. Rapport sur les algues vertes : les associations réagissent

Dans un communiqué, les associations Sauvegarde du Trégor-Goëlo-Penthièvre et Halte aux marées vertes ont réagi au rapport de la Cour des comptes sur le plan algues vertes qui a fuité. Elles pointent un « discrédit de la classe politique ».

Algues vertes dans la baie de Morieux, près d’Hillion (Côtes-d’Armor).
Algues vertes dans la baie de Morieux, près d’Hillion (Côtes-d’Armor). | PHILIPPE RENAULT / OUEST-FRANCE


«
Enfin le rapport vint ! »,
écrivent les associations Sauvegarde du Trégor-Goëlo-Penthièvre et Halte aux marées vertes, dans un communiqué. Elles réagissent au rapport provisoire de la Cour des comptes sur le plan algues vertes, qui a fuité dans la presse la semaine dernière.

Elles sonnent comme un terrible discrédit de la totalité de la classe politique en charge de l’exécutif régional et des exécutifs départementaux. De la gauche à l’extrême-droite, il ne s’est pas trouvé un seul élu qui ait pris la mesure de l’inefficacité et du gaspillage d’argent public des plans algues vertes, révélés par les rapporteurs de la Cour des comptes.

Manque de moyens et d’objectifs réalisables

Dans cette première version du rapport avant contradiction, qui n’aurait pas dû être public, la Cour des comptes est en effet très sévère avec la politique publique de lutte contre les algues vertes, pointant le manque de moyens et d’objectifs réalisables. Ainsi que la responsabilité du modèle agricole dans la prolifération des algues.

Les deux plans mis en place en Bretagne entre 2010-2015 et 2017-2021 sont pourtant évalués à 150 millions d’euros.


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