Une convention citoyenne pour ouvrir la rivière Penfeld aux Brestoises et aux Brestois ?

L’association « Rue de Penfeld » milite depuis 1992 pour que le « cœur de ville » de Brest occupé par l’activité militaire, fasse l’objet d’une réflexion avec les habitants. Après l’ouverture au civil des Capucins et du Port du Château, l’association s’emploie inlassablement à remettre cette préoccupation sur le devant de la scène … « Nous voulons une convention citoyenne pour débattre de l’aménagement de cette partie du territoire …« 

En savoir plus sur l’association Rue de Penfeld en consultant le site internet de l’association .


À Brest, ils veulent une convention citoyenne sur la Penfeld

L’association Rue de Penfeld, qui souhaite desserrer l’emprise de la Marine sur la Penfeld, va demander au maire de Brest et au préfet du Finistère l’organisation d’une convention citoyenne sur le sujet. Un article paru dans Le Télégramme duJean-Yves Pochart, Pierre-Yves Brouxel et Marif Loussouarn, de l’association Rue de Penfeld, réclament une convention citoyenne sur ce dossier.

Jean-Yves Pochart, Pierre-Yves Brouxel et Marif Loussouarn, de l’association Rue de Penfeld, réclament une convention citoyenne sur ce dossier. (Photo Le Télégramme/Pierre Chapin)

Ils ne lâchent pas l’affaire. Remise dans ses buts par François Cuillandre, l’association Rue de Penfeld, qui avait rappelé le maire de Brest à ses promesses d’aménagement des bords de la Penfeld, n’entend pas en rester là.

« Manifestement, le maire de Brest n’a pas vraiment envie de discuter, ni avec nous ni de ce sujet de la Penfeld. On va donc essayer de contourner le mur », résume Marif Loussouarn, l’une des figures de l’association. Pour y parvenir, Rue de Penfeld pourrait miser sur le député Jean-Charles Larsonneur. « Il nous a approchés, et invités à revenir discuter avec lui de ces sujets », se félicite l’association.

« Associer la population »
Rue de Penfeld en est persuadée : « On ne peut pas attendre que ces espaces qui bordent la Penfeld évoluent au seul bon ou mauvais gré de la Marine nationale : il faut associer la population à la façon dont son territoire doit être traité, même si c’est à un horizon de dix ou vingt ans ».

Pour ouvrir de débat, l’association va donc demander à François Cuillandre et à Philippe Mahé, le préfet du Finistère, de « mettre en place une convention citoyenne pour repenser un projet Penfeld, et associer la population brestoise à la réflexion. Ce serait le meilleur moyen de sortir de la situation actuelle, totalement stérile ».

Si la convention citoyenne a été popularisée par les travaux sur le climat et la fin de vie, cet outil est de plus en plus décliné à l’échelon local, où des collectivités adoptent ce processus permettant à des citoyens tirés au sort de faire des recommandations à l’exécutif local. Des villes comme Nantes, Rouen ou Clermont s’en sont, par exemple, saisies ces dernières années.

« On ne lâchera pas »
Cette perche sera-t-elle saisie par François Cuillandre ? On peut en douter, tant sa réponse à Rue de Penfeld, exprimée dans nos colonnes, paraissait claire le 17 mai dernier : « La Marine a besoin de ces espaces et je ne connais aucune procédure juridique qui permet à une commune d’exproprier l’État ».

« On se donne trois mois pour obtenir une réponse », prévient l’association. « Si elle est négative, on avisera. Mais on ne lâchera pas, et on essaiera d’embarquer les Brestois avec nous : la Penfeld mérite bien un vrai débat ».


À Brest, une convention citoyenne pour débattre de l’ouverture de la Penfeld ?

C’est la nouvelle idée des membres de l’association Rue de Penfeld de Brest (Finistère) : mettre en place une convention citoyenne pour débattre de l’aménagement des rives de la Penfeld. Ils comptent adresser un courrier au préfet du Finistère et au maire de Brest. Un article signé Julia Toussaint publié dans l’Ouest-France du 09/06/2023


Pierre-Yves Brouxel, Jean-Yves Pochart et Marif Loussouarn, de l’association Rue de Penfeld, devant le bâtiment aux lions, à Brest.

Les membres de l’association Rue de Penfeld, de Brest (Finistère), ne lâchent pas l’affaire. Des années qu’ils sollicitent le maire de Brest au sujet de l’ouverture des bords de la rivière aux habitants, sans résultat. Car la position de François Cuillandre reste la même :  » La géostratégie bouge et le port militaire reprend des activités », » il n’est donc plus question de céder des emprises militaires, comme les terrains en amont du pont de l’Harteloire par exemple.

Une convention citoyenne ?
Face aux fins de non-recevoir, les riverains innovent.  » On trouve des moyens de contourner le mur », » plaisante Marif Loussouarn. Ils ont d’abord mis en ligne cinq vidéos les mettant en scène, devant les lieux qu’ils voudraient voir  » rendus aux Brestois  » : les grilles du Boulevard Jean-Moulin qui donnent sur les  » banquettes  » en contrebas, le cours de la Madeleine non loin de la prison de Pontaniou, le bâtiment aux Lions, le mur d’enceinte de la base navale…

 » Notre idée est bien de discuter, pas d’être dans la confrontation », » insiste Pierre-Yves Brouxel. Et d’annoncer leur nouvelle démarche :  » On veut mettre en place une convention citoyenne, pour débattre de l’aménagement du territoire.  » Les Brestois prennent exemple sur la Ville de Saint-Nazaire, qui a intégré la population à la réflexion sur l’aménagement de l’ancienne base sous-marine.  » Tout ne peut pas se faire au seul bon vouloir de la Marine ! », » lâche Marif Loussouarn.

« Il faut des porteurs de projet et des moyens »
Le collectif compte donc envoyer un courrier commun au maire de Brest et préfet du Finistère, leur proposant d’initier cette démarche de convention citoyenne. Côté élus, les membres de Rue de Penfeld disent trouver en Jean-Charles Larsonneur, député de la circonscription de Brest centre, un soutien :  » Il donne des échos différents à propos du fond de Penfeld.  »

Contacté, le parlementaire reste modéré :  » Je maintiens le dialogue, mais je ne veux pas leur vendre du rêve non plus. La démarche engagée par la municipalité est cohérente : d’abord la liaison entre le bas de Recouvrance et les Capucins, puis une continuité entre Queliverzan et Bellevue. Aménager le fond de Penfeld, c’est plus compliqué : il faut des porteurs de projet et des moyens, ça coûte très cher. Ce quartier devra trouver sa vie propre. «  Les membres de l’association se donnent trois mois pour obtenir une réponse de la part du maire et du préfet.


Trente ans après, le refrain de la Penfeld aux Brestois refait surface  …

Un article signé Pierre Chapin publié dans Le Télégramme du 13 mai 2023

Trente ans après avoir lancé « Penfeld ouverte, la rivière dans la ville », les militants de la réouverture de la Penfeld au public restent mobilisés.
Trente ans après avoir lancé « Penfeld ouverte, la rivière dans la ville », les militants de la réouverture de la Penfeld au public restent mobilisés. (Capture d’écran)

Créée en 1993, l’association Rue de Penfeld ne lâche pas son combat pour ouvrir la Penfeld aux Brestois. Même si l’engouement pour la cause paraît s’être essoufflé en trente ans.

« Et oui, trente ans après, on est toujours là ! Et vu qu’on est à la retraite, on a du temps ! ». Les tempes se sont grisées, mais les convictions des militants de Rue de Penfeld n’ont pas bougé d’un iota depuis la création de « Penfeld ouverte, la rivière dans la ville », en février 1992, dans le sillage d’une candidature verte aux cantonales.

La candidature avait échoué, mais le sujet était posé sur la table, bientôt repris place Guérin, via le fameux slogan « La Penfeld aux Brestois » (« comme la Vénus est à Milo et la Bourgogne aux escargots »). Les fêtes de Brest 92, et l’entrée inédite dans la cité interdite, seront le pompon sur le bachi : en 1993, les deux assos fusionnent et deviennent Rue de Penfeld.

La cause gagne de nombreux partisans et fait son chemin, au point qu’en 1997, une Commission Penfeld (devenue mission d’études Penfeld en 2002) est mise sur pied, pour l’ouverture au public et la cession d’emprises militaires. En résultent l’aménagement du port du Château et des Capucins, emblématiques conquêtes. Depuis ? Pas grand-chose.

Un comité de pilotage pas réuni depuis 2019

La fameuse mission d’études, coprésidée par le préfet et le président de Brest Métropole, n’est pas des plus actives : « Le comité de pilotage sur le fond de Penfeld/Salou s’est réuni en 2019 et n’a pas été réactivé depuis cette date, compte tenu de l’absence d’évolution de la position du ministère des Armées sur l’utilisation de cette zone », fait savoir la préfecture.

Rue de Penfeld garde son cap, malgré tout. Serait-il passé de mode ? « Quand on a lancé ce sujet, c’était par anticipation de la restructuration de l’armée, la fin de la construction à Brest, etc. Mais sur les sujets d’actualité tels que l’accès à l’eau, la densification urbaine, les liaisons douces, la Penfeld apporte des réponses ! Imaginez une liaison douce entre les portes de l’Arrière-garde et de la Brasserie, voire le port de commerce plus tard : ça ne coûterait pas des milliards et ce serait formidable ! », assure l’association.

Alors elle rêve d’un projet à long terme, rompant avec la « politique des petits pas » menée jusqu’à présent. Et les retraités ne manquent pas d’idées pour pimenter le débat : « Même le nouveau stade, si le maire ne sait pas où le mettre, on pourrait le faire en fond de Penfeld : pas besoin d’artificialiser des sols ! ».


Ouverture de la Penfeld à Brest : « Les temps ont changé »

Interpellé par Rue de Penfeld sur des promesses de campagne qu’il n’aurait pas tenues, le maire de Brest, François Cuillandre, répond à l’association et précise l’avancée des dossiers. Un article signé Pierre Chapin dans Le Télégramme du 17 mai 2023

PHOTO Lionel Le Saux / LE TELEGRAMME. BREST (29) : le maire socialiste de Brest Francois Cuillandre en interview dans son bureau de l’hotel de ville.

Rue de Penfeld a évoqué un « bilan zéro », sur l’ouverture de la Penfeld à votre égard…

« La commission Penfeld a été transformée en mission Penfeld à ma demande en 2002, avec trois pistes principales : le plateau des Capucins, le port du Château, et le fond de Penfeld. Le port du Château, c’est 28 M€ d’investissements sur la partie maritime, avec la digue La Pérouse qui est sans doute aujourd’hui le plus bel endroit où se balader pour voir la mer. Deuxième site, le plateau des Capucins : on a réaménagé ces ateliers magnifiques, créé la médiathèque pour 24 M€, aménagé les plus grandes halles couvertes d’Europe… et ce dossier n’est pas encore terminé. Et après tout ça, on nous dit « bilan zéro » ? ».

Ce jugement portait sur des promesses de la dernière campagne municipale, pour l’ouverture du plateau du deuxième dépôt, de l’Île factice, des banquettes du boulevard Jean-Moulin, et du cours de la Madeleine. Où en sont ces dossiers ?

« Il faut laisser le temps au temps, et ce n’est pas dans la confrontation que l’on fait avancer les choses. Sur le plateau du deuxième dépôt, on est en discussion, et le projet de parc urbain a été présenté. Mais ces dossiers demandent du temps et d’actionner des finances publiques, du côté de la collectivité comme de l’État. Sur l’Île factice, les échanges datent de plus de dix ans, pour un terrain extrêmement pollué : il faut d’abord qu’on se mette d’accord sur ce sujet. Pour les banquettes, il y a également des discussions, mais qui ne sont pas simples. Quant à la Madeleine, l’État nous dit aujourd’hui qu’il souhaite conserver le site ».

N’étiez-vous pas allé vite en besogne en évoquant des ouvertures dès la première moitié de mandat ?

« Le plateau des Capucins, cela fait vingt ans que l’on travaille dessus. Accessoirement, depuis ce courrier, il y a eu la crise covid, et toutes les conséquences, comme l’inflation sur les prix des matériaux, sans oublier la situation internationale, qui fait que la Marine reprend des forces, y compris à Brest ».

Supprimer les grilles du boulevard Jean-Moulin peut paraître plus facilement réalisable ?

« Regardez le mur d’enceinte de l’arsenal : au niveau de l’arrêt du téléphérique, il fait 75 cm de haut et, derrière, il y a 25 mètres de dénivelé. Je supprime les grilles ? Et si, demain, quelqu’un chute : qui est responsable ? Le maire. Et ces gens-là (les militants de l’association) ont oublié qu’il y a eu les attentats de New York : aujourd’hui, tous les ports, militaires ou civils, sont fermés car ils doivent répondre à des exigences de sécurité internationales. Et ils voudraient aller y faire du vélo ? Moi j’aime beaucoup la pointe du Diable. Mais si je me présente à l’entrée de l’Ifremer, vous croyez qu’on m’autorisera à aller me promener ? ».

Dans son courrier à l’association, votre liste proposait pourtant d’abattre ces grilles ?

« Oui, mais en lien avec la Marine, et avec des conditions de sécurité qui ne peuvent pas être éludées. On ne peut pas le faire en claquant des doigts ».

L’ouverture du fond de Penfeld, troisième piste de travail de la commission Penfeld, est-elle toujours à l’ordre du jour ?

« Les premières discussions avec la Marine et l’État, qui datent, portaient sur tout l’espace situé au droit du pont de l’Harteloire jusqu’au fond, avec des bâtiments, comme le Bâtiment fer, dont la réutilisation est compliquée. Mais les temps ont changé : aujourd’hui la Marine a besoin de ces espaces. Elle est en train de reprendre du poids à Brest : certains peuvent penser que ce n’est pas bien, moi je pense que c’est une bonne nouvelle. Pour moi, la Marine ce n’est pas un adversaire, c’est un partenaire, et c’est de l’emploi à Brest. Après, je ne vais pas faire un cours de droit à cette association, mais je ne connais aucune procédure juridique qui permet à une commune d’exproprier l’État »


« La bataille de la Penfeld. » racontée en 2001 par Libération …

Depuis 1992, les Brestois tentent de s’approprier cette rivière, occupée par la Marine, fermée au public, et qui coupe la ville en deux. Un article signé Jean Michel Thenard paru dans Libération du 17 novembre 2001 …

Faut-il lui chercher querelle ? Hier, ville française en terre bretonne, ville martyre, rasée par les bombes et les bulldozers américains, ville blanche devenue grise au fil des années 70, Brest tourne encore le dos à la mer. La cité a la chance d’être au bout du monde, mais, déficit d’image, elle refuse de laisser voir ce qu’il y a derrière. Ou si peu. «Brest est une ville où on n’a pas accès à la mer», convient le vice-amiral d’escadre Gheerbrant, préfet maritime. Il faut s’éloigner du centre, rouler cinq bons kilomètres pour parvenir au port du Moulin-Blanc où la plaisance a ses quartiers avec Olivier de Kersauson, autre figure amirale. La ville lui fournit un ponton pour accoster ses machines à ravir le trophée Jules-Verne. Le marin le plus rapide autour du monde a installé un moules-frites à côté de ses trimarans et rend de menus services. Il philosophe ­ «D’accord, il pleut sur Brest, mais il pleut surtout sur les cons»­ et il était dans le comité de soutien du candidat socialiste aux municipales du printemps. Cela lui a valu, raconte-t-on, un coup de fil de remontrance de Jacques Chirac. Le navigateur a son bateau au Moulin-Blanc et son manoir sur la route du Conquet. Entre les deux, il y a Brest, mais si peu la mer. Océanopolis, principale attraction touristique dont la fréquentation baisse cette année, fait davantage découvrir l’océan qu’il ne le montre. Le port de commerce se restructure mais les quais sont le royaume des dockers. Un peu plus loin, l’Abeille Flandre qui veille sur le rail d’Ouessant attire le passant autant que le Quatre Vents où il fait bon s’abriter les jours de grand vent et de calme. Et puis, derrière le quai Malbert et le pavillon des Phares et balises, un mur infranchissable. La mer est de l’autre côté. De vieux bâtiments gris de la Royale servent de brise-lames, et l’on devine un autre monde. Celui de l’Arsenal et de la Marine. Terrain militaire. Interdiction d’entrer.

Un monde clos que surmonte le château, dernier vestige du Brest de Vauban du XVIIe siècle. Il abrite l’amirauté et surplombe l’entrée de la Penfeld, «l’une des seules rivières suffisamment vaste et profonde des côtes bretonnes pour construire et accueillir les gros vaisseaux de ligne (1)». Colbert, dans les années 1660, en fait la place forte de la Royale. L’Arsenal s’y bâtit, Brest y grandit. Michelet le décrit dans son Histoire de France : «La force de la France entassée au bout de la France : tout cela dans un port serré, où l’on étouffe entre deux montagnes chargées d’immenses constructions.»

Mythologie.
La Penfeld est le coeur historique de la ville et la coupe en deux. Rive droite, Recouvrance, quartier ouvrier, populaire, mythologie à la Mac Orlan revisité par Genet. Rive gauche, les officiers, la préfecture maritime, l’administration, l’hôtel de ville et les commerçants de la rue de Siam. Le développement de Brest, ces trente dernières années, a en partie cicatrisé les différences, mais la Penfeld continue de séparer la ville et de la priver d’un vrai centre. La coupure est d’autant plus présente que les rives de la rivière sont inaccessibles au commun depuis des lustres. Certains anciens ont souvenir de s’y être baignés avant guerre. Mais à la Libération, la ville s’est reconstruite sur ses ruines. Et la Penfeld est devenue «canyonnisée», au point de n’être visible aujourd’hui que des ponts de Recouvrance ou de l’Harteloire. Alors, quand pour le premier rassemblement des vieux gréements de Brest, en 1992, l’amirauté a accepté d’ouvrir aux civils les rives de la rivière, cela a été un choc psychologique. Les Brestois se retrouvaient à fouler un sol auquel ils n’avaient pas accès, à embrasser un bord de mer qu’ils ne voyaient pas. Brest ne s’en est pas remis et depuis dix ans bientôt se joue la bataille de la Penfeld. Sacrée bataille, car derrière elle, c’est l’avenir de la ville et la poursuite de sa diversification ­ largement entamée ­ dont il est question, à l’heure où la Marine continue à perdre de son influence et la construction navale de ses commandes.

Question taboue.
A l’origine, c’est une association, Rue de Penfeld, relayée par les Verts, qui a posé la question «taboue» de la «libération» de la rivière. Taboue parce que la revendiquer, c’était entrer en confrontation avec la Marine. «Certains vous diront que l’on doit rendre la Penfeld. Je refuse ce vocabulaire. Nous n’avons rien volé. Il ne faut pas espérer de ma part une repentance, même si la mode est à ça. La Marine n’a pas à avoir honte de ce qu’elle a représenté à Brest», gronde le préfet maritime. C’était aussi se colleter avec les ouvriers de l’Arsenal qui y voient une menace pour leur emploi. «Les syndicats voient rouge dès qu’on parle de la Penfeld», explique François Cuillandre, le nouveau maire PS de Brest. A l’automne 1997, ils menacent de perturber le congrès du PS si l’Arsenal connaît une rupture de son plan de charge. Il faut que l’Etat apporte son appui financier à la construction de plates-formes off-shore pour que le climat se pacifie et que le Premier ministre accepte de se rendre à Brest qu’il menaçait de boycotter.

La municipalité, de gauche depuis 1989, ne souhaite pas aller contre le gros de son électorat. D’autant qu’une partie de ses élus est elle-même issue de la construction navale. En 1995, Pierre Maille, le maire socialiste de l’époque, accepte de prendre des écologistes sur sa liste à condition qu’ils ne fassent pas entrer en conseil municipal la question de la Penfeld. «Ici, on n’est pas voué à la Sainte Vierge, mais à la Marine nationale et à ce qui va avec», constate la verte Marif Loussouarn, vice-présidente de la Communauté urbaine.

Mais en dépit de ces résistances, le dossier avance. En 1998, les associatifs et les Verts obtiennent d’un Comité interministériel de l’aménagement du territoire la création d’une «Commission Penfeld», rassemblant la Marine, l’Etat et les élus locaux. Le directeur de cabinet de Dominique Voynet, alors ministre de l’Environnement, les y a bien aidés. Il se nomme Jacques Maire et est aussi élu PS de la Communauté urbaine. Mais depuis quatre ans que la commission est installée, les choses n’ont guère bougé.

Jeu de taquin.
La municipalité, toujours entre deux élections, ne veut heurter ni ses électeurs ni la Marine. Celle-ci fait traîner les choses car il en va de son rang. Et use souvent de prétextes pour tenter de convaincre le ministère de la Défense que la Penfeld lui est encore utile : les escales de la flotte de l’Otan, le transfert probable à Brest des sous-marins nucléaires d’attaque aujourd’hui stationnés à Toulon, la nécessité d’avoir de l’espace pour entreposer ses pièces de rechange, etc. «Elle sait qu’elle va devoir réduire son train de vie, mais elle a du mal, elle tombe de haut», explique un élu. Tout cela ressemble à un jeu de taquin. Mais il y a une réalité : le redimensionnement de l’Arsenal. En dix ans, le personnel a diminué de 40 % (de 7 000 à 4 000) et les surfaces occupées vont être réduites de 30 %. Pour rationaliser son activité, la Direction des constructions navales (DCN) veut quitter une grande partie de la Penfeld et se recentrer dans les bassins voisins de la Pointe et de Laninon. «Il est plus facile de travailler en pleine eau que dans le fond d’une rivière», explique Jean-Louis Rotrubin, son directeur. 50 hectares de terrain devraient ainsi être libérés en plein centre-ville. Quand ? Le calendrier dépend de l’échéance des programmes prévus pour l’Arsenal. Au total, cela devrait encore prendre une bonne dizaine d’années. Mais dès 2003, le plateau des Capucins pourrait être rendu à la vie civile, 5 hectares d’ateliers du milieu du XIXe siècle, un véritable monument historique en plein quartier de la Recouvrance. Les squatters de la rue de Saint-Malo qui passe derrière verraient bien le tout reconverti en ateliers d’artistes et en lieux de concerts et d’expositions.

Promenade des Anglais.
La ville, elle, se garde de dire quels sont ses projets. Elle attend de passer la présidentielle et l’obstacle du moment, le débat sur le nouveau statut de la DCN, présenté mercredi en Conseil des ministres et auquel s’opposent les syndicats. Pour la municipalité, ce n’est toujours pas le moment de parler de la Penfeld. Mais les fonds européens pour reconvertir ces espaces ne courent que jusqu’en 2006, le nouveau maire de Brest va donc devoir se dépêcher. «Le jour où la ville aura un projet, la Marine sera peut-être plus encline à lâcher», juge un bon connaisseur du dossier, qui ajoute : «Le fort impact touristique est au château, c’est bien ça le problème.» Et le château, la Marine n’entend pas le céder, l’essentiel du commandement opérationnel étant installé dans ses souterrains. «Certains se disent que le seul endroit au bord de la mer, c’est ici, et qu’il faudrait faire au pied du château une promenade des Anglais. Il n’en est pas question. Et ce n’est pas le 11 septembre qui nous fera changer d’avis», s’emporte le préfet maritime. Alors, la partie risque de durer encore un moment. Et la ville du bout du monde de garder paradoxalement son déficit d’image maritime et sa faible attractivité touristique ….

Jean Michel Thenard

(1) Histoire de Brest, Centre de recherche bretonne et celtique. Université de Bretagne occidentale. 303 pp., 270 F (41,16 euros).


Brest. La Penfeld, l’histoire d’un trésor fluvial à exploiter

L’exposition temporaire sur la rivière fait des bonds dans le temps. Ce point stratégique autour duquel la ville de Brest s’est développée, rendu inaccessible par l’armée, tend à se démilitariser.
Un article signé Yann Clochard dans l’Ouest-France du 

L’historien brestois Alain Boulaire, aux Capucins, où sont exposés des tableaux de projets autour de la Penfeld, près de l’entrée de l’exposition.
L’historien brestois Alain Boulaire, aux Capucins, où sont exposés des tableaux de projets autour de la Penfeld, près de l’entrée de l’exposition. | OUEST FRANCE

Il faut remonter près de 2 000 ans en arrière pour comprendre comment la Penfeld a attiré les regards. L’empire romain décide de bâtir une ville fortifiée sur l’éperon rocheux, au bout de la Penfeld, vers le IIIe siècle.

Un épisode mentionné au début de l’exposition Au fil de la Penfeld, rêver la ville. « Pourquoi se sont-ils installés là, s’interroge l’historien Alain Boulaire. Il y a une incertitude historique. On pense qu’il y avait déjà un site préhistorique à cet endroit. »

Cette cité fortifiée donnera naissance à la ville de Brest. Mais ses habitants resteront longtemps cloîtrés derrière les murs. « À partir du XVIe siècle, cela a commencé à déborder. Et le château est devenu réservé aux militaires. »

Une maquette de la ville de Brest, vers 1789. | OUEST FRANCE

« Le rocher de la rose, un secret bien gardé »

L’activité maritime est si importante sur la ria que la présence de marins multiplie par deux la population. « Brest abritait une partie de la flotte française royale. Au moment de la guerre d’indépendance américaine, c’est le premier port du monde, avec Londres. Il y avait 20 000 marins dans une cité de 15 000 habitants. »

La Penfeld fait le succès de la ville, qui résiste à tous les sièges. Grâce au « L » formé à l’embouchure, les navires ennemis ne pouvaient distinguer ce qui se cachait derrière la forteresse. « Jusqu’au XIXe siècle, il y avait le rocher de la rose. C’était un secret bien gardé. Il avait pour but de faire s’encastrer les bateaux. »

En visite en 1858, Napoléon III transforme la vie sur la Penfeld. « Il a décidé que la rive ouest serait militaire. Il a modernisé la ville en amenant le chemin de fer et en mettant le port de commerce hors de la Penfeld. »

« Une chance pour Brest »

Un premier édifice enjambe la ria. Le pont National, un pont tournant, fait le bonheur des Brestois, jusqu’à sa destruction lors des bombardements alliés, en 1944. Et c’est un pont levant qui est choisi pour le remplacer.

Avant le pont de recouvrance, c’est le pont National qui permettait aux Brestois de circuler d’une rive à l’autre. Un pont tournant qui était lui aussi emprunté par le tramway. | OUEST FRANCE

« À l’époque, on pensait qu’il y aurait une autre guerre. On a donc imaginé un pont flottant. Le plateau du pont de Recouvrance se lève mais il peut aussi descendre et être évacué par la mer, en cas de conflit, pour ne pas être détruit », souligne l’historien brestois.

La chute du Mur de Berlin marque toutefois la fin d’une ère. « Il a été demandé à l’armée de se débarrasser de choses qui ne servent à rien. Et on a considéré qu’un sous-marin nucléaire n’avait plus sa place dans la Penfeld. »

Perte du château, des Capucins : la Marine cède peu à peu du terrain. « C’est une chance pour Brest. En appartenant à l’armée, des terrains ont été préservés. Personne n’a pu construire et ce sont des espaces en plein centre-ville. » Des lieux où fleurissent divers projets. Pour écrire un autre pan de l’histoire de la Penfeld.

Le téléphérique, construit en 2016, a permis aux Brestois de voir la Penfeld autrement. | OUEST FRANCE