Le plan algues vertes de la Baie de la Forêt affiche, après six années consécutives de baisse des échouages, un bilan positif partagé par Concarneau Cornouaille Agglomération (CCA) et la Communauté de Communes du Pays Fouesnantais. Les deux collectivités engagent désormais un nouveau plan d’actions pour la période 2026-2028, dans la continuité des efforts menés depuis 2012.

Un phénomène mieux maîtrisé grâce à une mobilisation collective

Si vous vivez sur le territoire de la Baie de la Forêt, cette avancée vous concerne directement. La baie fait partie des huit baies bretonnes confrontées aux marées vertes, un phénomène qui pose des enjeux sanitaires et environnementaux importants. Depuis 2012, CCA et la CCPF ont construit une stratégie associant collectivités, partenaires institutionnels et agriculteurs volontaires.

Un tournant a été pris en 2018 avec un plan d’actions renforcé et l’expérimentation d’un volet réglementaire, à l’initiative de la Préfecture du Finistère. Une méthode fondée sur un contrat de confiance entre agriculteurs et collectivités s’est mise en place, notamment via les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) : 1,25 million d’euros ont ainsi été octroyés par l’Agence de l’eau sur cinq ans à 28 agriculteurs volontaires.

Roger Le Goff et Guy Pagnard (vice-président de CCA) soulignent qu’il a fallu du courage politique et de l’humain pour obtenir l’engagement des agriculteurs, ainsi qu’un important travail de terrain mené par les équipes des deux collectivités.

Des résultats tangibles et mesurables

Sur les 131 exploitations agricoles du territoire, près de 71 % sont aujourd’hui engagées dans l’un des dispositifs du PLAV. Trois indicateurs illustrent les progrès accomplis.

  • Une eau moins chargée en nitrates : leur teneur a baissé de près de 40 % depuis 2010, passant de 40-45 mg/l à 25-30 mg/l aujourd’hui.
  • Des échouages en forte baisse : moins de 250 tonnes d’algues vertes échouées en moyenne depuis 2020, contre 12 000 tonnes en 2009.
  • Une qualité des masses d’eau en amélioration : selon les indicateurs européens de la Directive Cadre sur l’Eau, l’état des masses d’eau est passé de médiocre à moyen (moyenne glissante sur six ans), avec une tendance proche du bon état.

Un nouveau plan d’actions pour 2026-2028

Ces résultats restent fragiles. Le phénomène des algues vertes dépend de nombreux facteurs, l’azote agissant comme levier principal, aux côtés des conditions météorologiques. Pour consolider les acquis, CCA et la CCPF s’engagent dans un nouveau plan d’actions 2026-2028, qui prolonge le précédent (2022-2025). Il comprend un volet connaissance destiné à approfondir la compréhension des résultats obtenus, la Baie de la Forêt servant de laboratoire d’observations pour les autres baies bretonnes.

L’État accompagne cette dynamique par un volet réglementaire : une Zone Soumise à Contraintes Environnementales a été instaurée en 2022 par arrêté préfectoral, fixant des objectifs environnementaux propres à chaque baie. En septembre 2026, l’État évaluera individuellement les exploitations agricoles pour vérifier l’atteinte de ces objectifs.

Le budget prévisionnel 2026-2028 s’élève à 630 000 euros, financé à 78 % par des subventions de l’Agence de l’Eau Loire Bretagne, de l’État, de la Région Bretagne et du Département du Finistère.

Le PLAV en quelques chiffres

  • Superficie du bassin versant : 15 347 ha
  • Surface Agricole Utile : 7 000 ha
  • Nombre d’exploitations agricoles : 131
  • Collectivités concernées : 8 communes (Fouesnant, La Forêt-Fouesnant, Saint-Évarzec, Pleuven, Saint-Yvi, Melgven, Concarneau, Trégunc) et 2 communautés (CCA, CCPF)

  • Algues vertes. Pourquoi l’état de la rade de Brest continue de se dégrader, sous les radars

    L’arrivée de 80 tonnes par jour de nitrates dans la rade de Brest (Finistère) engendre une production soutenue d’algues vertes dès les premières chaleurs. Mais peu viendront s’échouer sur les plages. Un article signé Emmanuelle François dans l’Ouest-France du 

    Difficile d’accéder au fond pour le suivi des impacts, en raison de « deux mètres d’algues vertes » dans l’anse du Poulmic, dans la rade de Brest (Finistère) en juillet 2023.
    Difficile d’accéder au fond pour le suivi des impacts, en raison de « deux mètres d’algues vertes » dans l’anse du Poulmic, dans la rade de Brest (Finistère) en juillet 2023. | ALAIN PIBOT/OFB

    Alors que les algues vertes commencent à se répandre sur les plages de la baie de Douarnenez (Finistère), la rade de Brest n’en voit pas tellement la couleur. Pourtant, elles sont bien là, et depuis plusieurs années, scientifiques et gestionnaires alertent sur les conséquences désastreuses de ces algues proliférantes qui étouffent la biodiversité dans le fond de la rade.

    Chaque année, la rade reçoit 26 000 tonnes de nitrates en provenance majoritairement des activités agricoles, rappelle Yves-Marie Paulet, président du comité scientifique de TerraRade (*). Ces nitrates sont charriés par l’Aulne et l’Elorn. L’apport d’azote provenant des stations d’épuration, quant à lui, est estimé à 3 % du flux total parvenant en rade de Brest.

    Quelques algues vertes sur la plage du Moulin-Blanc, au Relecq-Kerhuon (Brest), fin mai 2026. | OUEST-FRANCE

    Pourquoi ne ramasse-t-on pas alors plus d’algues vertes sur la plage du Moulin-Blanc ? D’abord, en raison du courant. À chaque marée, environ un tiers de l’eau sort de la rade : le renouvellement est très élevé. Ensuite : il n’y a pas de vraie plage en rade de Brest (la plage du Moulin-Blanc est artificielle) et pas tant de houle. Même s’il y a la production, elles ne viennent pas s’accumuler sur les plages là où, au premier coup de chaud qui arrive, tout est ramassé sur la plage de Ris à Douarnenez, poursuit Yves-Marie Paulet.

    « Un impact majeur sur les écosystèmes »

    Pour Alain Pibot, qui a longtemps été gestionnaire de la rade de Brest pour l’Office français de la biodiversité (OFB), ce n’est pas du quai, ou du ponton, ou du navire que vous voyez les algues vertes, mais en plongeant, dit celui qui alerte depuis 2022 les élus et l’agence de l’eau sur le sujet. Cette pollution génère un impact majeur sur les écosystèmes et les activités économiques telles que la conchyliculture, qui s’arrêtera progressivement si rien n’est fait pour assainir cet écosystème. Globalement, toute la rade sud est concernée, là où les écosystèmes étaient les plus incroyablement riches.

    Gérant des viviers de Kéraliou entre 2006 et 2023, Thierry Larnicol a vu l’écosystème se dégrader, au fil des années. Vers 2004-2005, il y avait encore sept pêcheurs de palourdes sur la baie de Lanveur, sur une immense vasière. J’achetais 40 kg de palourdes tous les qinze jours. Les pêcheurs à pied ont arrêté : les nutriments et l’érosion ont étouffé la ressource. Ça ne se voit pas, parce que personne ne va sur une vasière.

    Des cages de conchyliculteurs envahis par les algues vertes dans la rade de Brest (Finistère), en juillet 2023. | ALAIN PIBOT/OFB

    En parallèle, la production de moules s’est arrêtée, et les algues ralentissent la croissance de l’huître. Le constat est dramatique, mais que pèse la conchyliculture en rade de Brest ? À peine 35 emplois. On n’est responsables de rien, mais on paie pour tout. Thierry Larnicol s’est reconverti en lançant une société qui apporte aux entreprises et aux collectivités des solutions technologiques pour améliorer la qualité de l’eau.

    Une étude pour quantifier la présence d’algues vertes

    Le 12 mai dernier, trois associations environnementales (Force 5, Sauvegarde du Trégor et Agir pour un environnement et développement durable), ont écrit au préfet de région pour lui demander de passer la baie de Morlaix, l’anse du Moulin de la rive à Locquirec et la rade de Brest en baie algues vertes. Sans réponse à ce jour. Sans ce classement, la rade de Brest est considérée comme étant en bon état, alors que tous les indicateurs montrent qu’elle est dans un état très inquiétant, souligne Yves-Marie Paulet.

    Un hippocampe moucheté dans la baie de Daoulas, en juillet 2022. | ALAIN PIBOT (OFB)

    Classer la rade de Brest en baie algues vertes permet un programme d’accompagnement et de l’argent pour modifier les pratiques agricoles en amont. On aurait alors, et c’est essentiel pour le contrat TerraRade, des mesures agroenvironnementales sur bassin-versant financées par l’Agence de l’eau.

    Et les choses pourraient être sur le point d’avancer. L’Agence de l’eau va financer une étude pour quantifier les algues vertes présentes dans la rade de Brest. On va pouvoir dire, en se basant sur des données scientifiques, si cette présence d’algues vertes est significative ou pas, et à quel point les milieux sont impropres à la vie animale, ou pas. L’étude devrait commencer à la rentrée.

    (*) TerraRade est un programme pluriannuel visant à améliorer la qualité de l’eau de la rade de Brest


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