Le Festival du film insulaire de l’île de Groix, qui fête ses vingt-cinq ans du 19 au 23 août 2026, est privé de 10 % de son budget, accusé par le département du Morbihan de “prises de position relevant du débat politique”. Au-delà du cas particulier, cette décision appelle une réflexion qui dépasse le seul budget culturel : elle interroge le rôle même de l’élu face à la création artistique …
Le Festival international du film insulaire de Groix lance un appel aux dons après le retrait de sa subvention départementale
Le Festival international du film insulaire de Groix passe à l’action après la perte d’une subvention de 20 000 € du Département du Morbihan, qui estime que l’évènement est devenu « politique ».
Après la stupeur est venu le temps de l’action pour le Festival international du film insulaire de Groix (56). Vendredi 26 juin, le Conseil départemental du Morbihan, réuni en session, a annoncé qu’il ne voterait pas de subvention pour le Fifig parce que ce dernier aurait, selon la majorité, opéré un « glissement vers un festival politique ». Cette aide financière de ce partenaire historique du festival s’élève à 20 000 € et correspond à 10 % du budget de l’évènement, dont les finances sont déjà fragiles.
Les membres du bureau de l’association ont donc décidé de lancer un financement participatif afin de ne pas trop couper dans la programmation mais aussi d’assurer sa pérennité. « Depuis quand parler du changement climatique, de la montée des eaux, de la raréfaction des ressources, de la surexploitation des milieux, du tourisme de masse, de la biodiversité, de l‘érosion des littoraux, des migrations et de la disparition des cultures insulaires ne relève-t-il plus de la culture ? », questionne le Fifig dans son appel à l’aide sur la plateforme Helloasso.
Beaucoup de soutiens
« Nous avons reçu beaucoup de soutiens depuis vendredi. Il y a aussi quelques actions qui se mettent en place mais qui ne sont pas de notre initiative : tribune, pétition… Nous sommes en train de réfléchir à comment nous mettre en lien avec d’autres acteurs culturels qui ont vécu la même chose. Le Fifig est une problématique locale mais c’est aussi une caisse de résonance avec ce qu’il se passe au niveau national. Dans d’autres départements aussi, il y a des coupes », résume Mathieu Martin, un des deux coprésidents du festival.
Pratique
Don en ligne sur Helloasso : « Soutien au Fifig suite au retrait de la subvention du conseil départemental 56 »
Fifig privé de subvention du Département du Morbihan : la cagnotte lancée par le festival a dépassé 5 000 € en un jour
Le Festival international du film insulaire de Groix se voit privé de 10 % de son budget, après la perte d’une subvention de 20 000 € du Département du Morbihan, qui estime que l’événement est devenu « politique ». Les organisateurs lancent une cagnotte participative. Un article de Nadine Boursier paru dans Ouest-France du
Après le choc, la protestation et l’appel aux dons des organisateurs du Festival international du film insulaire de Groix (Fifig). Le Conseil départemental a annoncé, vendredi 26 juin en session, qu’il ne votera pas de subvention pour ce festival, comme pour Les Galettes du monde à Auray. David Lappartient, le président depuis 2021 (LR puis divers droite), estime que le Fifig ne porte pas les valeurs du Morbihan. Nous n’avons pas l’obligation de les financer.
Dans un courrier envoyé aux organisateurs, le Président (qui ne souhaite pas s’exprimer davantage) explique cet arbitrage, sous contrainte budgétaire
. Il évoque notamment une évolution observée ces dernières années
, considérant que la manifestation s’est progressivement éloignée de la finalité culturelle […] pour intégrer de manière plus affirmée des prises de position relevant du débat politique. […]
Le Département estime ne pas avoir vocation à associer son image, son soutien financier à des démarches susceptibles d’être perçues comme participant à de potentielles controverses politiques nationales ou internationales.
Cette motivation est sans précédent
, réagissent dans un communiqué, publié ce 30 juin, les organisateurs du Fifig, festival qui rassemble environ 10 000 festivaliers, fin août, autour de films, expositions, spectacles, et concerts. Ils se voient là amputés de 20 000 € de subvention de ce partenaire historique, soit 10 % de leur budget, pour leur 25e édition.
« Ce n’est pas le Fifig qui politise la culture »
Le conseil d’administration, par la voix des coprésidents Christophe Dromery et Mathieu Martin, soulève une question de principe : Une collectivité publique peut-elle retirer son soutien à une manifestation culturelle en raison des sujets qu’elle choisit d’aborder ?
Le Fifig, qu’ils décrivent comme un lieu d’ouverture sur le monde, de rencontres et de dialogues entre les cultures
, ne porte aucun discours partisan, ne défend aucun parti politique
, écrivent-ils. Il défend une liberté : celle des artistes de créer, celle des citoyens de comprendre, celle de chacun de débattre et de construire son propre regard sur le monde. Ce n’est pas le Fifig qui politise la culture. C’est le Conseil départemental qui politise son financement.
Si cela n’est pas écrit, ni dit, les organisateurs soupçonnent le discours d’ouverture de l’édition de l’an dernier dans lequel ils appelaient à l’arrêt d’un génocide apparent à Gaza
et le non-enlèvement d’un drapeau palestinien posé par un activiste
.
Le festival vient de lancer un financement participatif sur helloasso. Lancée lundi 29 juin 2026, elle atteignait 5 300 €, avec 75 dons, ce mardi en milieu d’après-midi. Les gens réagissent bien, il y a une vraie incompréhension
, réagit Mathieu Martin. Des amis du festival préparent par ailleurs une pétition.

Pour signer cette pétition, c’est par ici …
Ce n’est rien, la liberté d’un festival, c’est juste essentiel…
C’est pourquoi – pour des valeurs ! – je soutiens, pleinement, totalement, le Fifig de Groix ! »
Tribune : « Nous ne devons pas renoncer à protéger la liberté de programmation et de création »

« Le conseil départemental du Morbihan vient de décider de supprimer ses subventions à deux festivals, Galettes du Monde et le Fifig, pour non-respect des valeurs du département. Au-delà du cas particulier, cette décision appelle une réflexion qui dépasse le seul budget culturel : elle interroge le rôle même de l’élu face à la création artistique.
Ce rôle, tel que je le conçois, n’est pas de désigner ce qui mérite d’être vu, entendu ou financé selon nos goûts ou nos convictions personnelles. L’élu agit selon ses convictions politiques mais son rôle est avant tout de garantir les conditions de la diffusion, de la création et de la programmation, un cadre dans lequel la liberté d’expression artistique peut s’exercer, avec les limites que la République elle-même s’est fixées : le respect de la loi, l’absence d’incitation à la haine ou à la violence.
En dehors de ce cadre, il n’appartient pas aux élus de trancher quelles expressions artistiques sont légitimes et lesquelles ne le sont pas. Car la culture n’est jamais neutre. Elle dit le monde, avec toute la diversité des voix qui le compose, elle donne à voir d’autres réalités et, oui, elle dérange parfois. C’est précisément pour cela qu’elle est un bien démocratique essentiel, et non un instrument au service des sensibilités du moment de telle ou telle majorité. Un choix de programmation vise à rencontrer son public, non à satisfaire aux conditions d’un financement.
Ainsi, qu’une programmation nous plaise ou nous heurte n’est pas la question : la question est de savoir si elle relève de la liberté de création et si elle respecte le contrat d’engagement républicain. Tant que c’est le cas, notre devoir d’élu est de la défendre, non de l’évaluer à l’aune de nos préférences.
Confondre conviction personnelle et intérêt général revient à ouvrir une brèche dangereuse. C’est faire de la subvention publique un levier de pression sur les contenus, et des artistes les otages potentiels de l’air du temps politique. C’est, in fine, fragiliser le principe même qui fonde notre démocratie : la séparation entre le pouvoir qui finance et le pouvoir qui crée. Une collectivité qui retire son soutien à une manifestation culturelle au motif que sa programmation déplaît à un élu n’exerce plus une responsabilité politique : elle fait un choix arbitraire.
Les conséquences ne se mesurent pas seulement en lignes budgétaires. Elles se mesurent dans le message envoyé aux artistes, aux organisateurs, aux publics : celui d’une culture sous surveillance, où chaque choix de programmation devra désormais s’interroger non sur sa cohérence avec son projet culturel, mais sur sa compatibilité avec les sensibilités des exécutifs politiques en place. En créant un précédent, on prend le risque qu’il se reproduise sous d’autres majorités, contre d’autres expressions demain, peut-être contre celles que nous défendons aujourd’hui
Défendre la liberté de création n’est pas un acte de complaisance envers tel ou tel contenu. C’est un acte de fidélité envers les principes qui nous gouvernent. C’est cette exigence, a fortiori quand elle ne s’adresse pas à nos propres convictions et goûts personnels, qui doit guider l’action publique en matière culturelle. » Gaëlle Le Stradic vice-présidente de la Région Bretagne en charge de la Culture,
+ À lire aussi sur le sujet dans Le Télégramme
La liberté de création n’a jamais signifié le droit à la rente publique. Quand Auguste accordait sa protection à Virgile, quand Louis XIV ouvrait les portes du Palais-Royal à Molière, nul ne confondait le mécène et le censeur. Cet amalgame est pourtant devenu le fonds de commerce de certains politiques peu scrupuleux en matière d’honnêteté intellectuelle qui, aussitôt qu’une collectivité révise une subvention, crient à la censure et à la radicalisation.
Mettons les choses à plat : une subvention est un choix — politique au sens le plus rigoureux — qu’opère une collectivité au nom des contribuables qui l’ont désignée par le vote et qu’elle représente. Décider d’attribuer, de maintenir ou de supprimer un financement public, c’est précisément ce pour quoi un exécutif est élu. Un Département ou une Région qui révise ses critères d’attribution culturelle ne se radicalise pas : il gouverne. Confondre les deux délibérément, c’est, de plus, un aveu de faiblesse politique puisque toute argumentation est exclue. Et finalement, comme dit le proverbe enfantin, « C’est celui qui dit qui est ! »
Parce que qui se radicalise au juste ? Ceux qui font des choix budgétaires assumés devant leurs électeurs sans craindre de remettre en question leur mandat ? Ou ceux qui estiment que l’argent public est acquis de droit à certains acteurs culturels et que toute remise en cause d’une subvention constitue une atteinte à la démocratie ?
La vraie radicalisation est pourtant bien dans cette conviction, en réalité profondément antidémocratique, que certaines associations auraient vocation à se présenter à guichet ouvert devant les collectivités et à repartir avec leur dû, sans critères, sans bilan, sans transparence.
Exiger de connaître les bases sur lesquelles les subventions sont attribuées, d’avoir connaissance d’un bilan évalué et rendu public ne sont pas pourtant pas des attaques contre la culture, elles sont le minimum démocratique que tout contribuable est en droit d’attendre, sans tabou.
Molière ne demandait pas à Louis XIV un chèque automatique renouvelable. Il demandait une protection, et il savait qu’elle supposait une qualité, une utilité pour le bien commun. « Macte nova virtute », écrit Virgile dans l’Énéide, « Progresse par ta valeur ». Ce que la puissance publique doit dire à la culture qu’elle accompagne, ce n’est pas « Voici ton dû », c’est « Montre ce que tu apportes ». Enfin, quel manque de respect pour les électeurs qui savent pourtant pour quoi ils votent : pas pour une rente de situation mais pour des élus capables de distinguer ce qui mérite d’être soutenu, et pourquoi.
Contester cette évidence démontre deux choses : une conception discrétionnaire de l’argent public considéré davantage comme une ressource que certains auraient vocation à capter durablement, à l’abri de tout contrôle, plutôt que comme un bien commun à gérer avec discernement. Pire, un positionnement dogmatique qui se résume par « Je suis d’accord avec vous sous condition que vous ne me donniez pas tort ». Une leçon de démocratie en somme. » Agnès Le Brun, élue régionale
Dans le Morbihan, la droite sucre les subventions d’un festival de cinéma jugé trop politique …

Le Morbihan fait son cinéma. La 25e édition du Festival international du film insulaire de Groix (Fifig) aura lieu cette année sans le soutien du département morbihannais. L’événement, programmé du 19 au 23 août, et qui met cette année un coup de projecteur sur les îles imaginaires, a perdu 10 % de son budget le 26 juin, révèle le Télégramme, lors d’une délibération du conseil départemental sur l’octroi de subventions au Fifig – lequel rassemble chaque été près de 10 000 spectateurs.
Dans un courrier du 9 juin reproduit par Télérama, le président du département David Lappartient (divers droite) a défendu la position de la collectivité. Il a estimé que le soutien financier au festival (à hauteur de 20 000 euros) n’allait pas dans le sens du «respect du contrat d’engagement républicain», puisque ce dernier avait intégré «de manière plus affirmée des prises de position relevant du débat politique», et «des démarches susceptibles d’être perçues comme participant à de potentielles controverses politiques nationales ou internationales».
Plusieurs semaines plus tard, le festival a réagi dans un communiqué, affirmant qu’il «ne porte aucun discours partisan» et «ne défend aucun parti politique». Et les organisateurs de s’emporter face à une autorité publique qui estime que le festival «s’est progressivement éloigné de la finalité culturelle» : «Ce n’est pas le Fifig qui politise la culture. C’est le conseil départemental qui politise son financement.»
«C’est un festival engagé au sens le plus noble du terme»
«Depuis quand parler du changement climatique, de la montée des eaux, de la raréfaction des ressources, de la surexploitation des milieux, du tourisme de masse, de la biodiversité, de l’érosion des littoraux, des migrations, de la disparition des cultures insulaires ne relève-t-il plus de la culture ?» ont-ils ajouté. Mathieu Martin, l’un des coprésidents de l’événement contacté par Télérama se demande même si cette décision n’intervient pas tout simplement «une vengeance pour avoir pris position contre l’extrême droite il y a quelques années», ou bien «pour avoir ouvert l’édition de l’an dernier avec un petit discours sur le génocide à Gaza».
«Une décision brutale et incompréhensible, sans motif précis et objectivement étayé», se sont insurgés Rozenn Métayer et Chafik Hbila, deux conseillers départementaux cités par Ouest France. Ils appellent le département à réexaminer sa décision. «Le Fifig n’a aucun lien avec un quelconque parti politique et n’intervient dans aucune campagne électorale, ont tenu à rappeler ces élus de l’opposition. C’est un festival engagé au sens le plus noble du terme : un lieu de réflexion sur les transformations sociales, environnementales et démocratiques auxquelles sont confrontées les îles du monde entier.»
Dans le viseur de la majorité républicaine
Le département du Morbihan s’est également désengagé du financement d’un autre festival. Organisé fin août à Sainte-Anne-d’Auray et mêlant musique et gastronomie bretonne, Galettes du monde a notamment programmé le rappeur Médine – une tête d’affiche dans le viseur de la majorité de droite.
«En s’attaquant à plusieurs festivals morbihannais et à la culture, David Lappartient […] se radicalise et adopte des méthodes d’extrême droite, s’est agacé le député écologiste Damien Girard sur Instagram samedi. Il accuse le Fifig de pratiquer la “cancel culture”. En réalité, c’est lui qui tente d’annuler une culture qui le dérange.»
A suivre …



