Rendements en chute libre, évaporation record : le bilan des méga-bassines de l’été 2026 …

Qu’en est-il des dizaines de bassines déjà construites ? Peut-on mesurer leur efficacité et leur utilité dans ce contexte caniculaire ? Comment a été utilisée l’eau de ces réserves depuis le début de l’été 2026 ? Entre opacité totale sur le partage de l’eau et évaporation monstre, les premiers chiffres que diffuse le Média indépendant BONPOTE montrent une solution loin d’être satisfaisante …

©Crédit Photographie : DAMIEN MEYER / AFP La bassine de Sainte Soline en 2023 pour le média Bonpote.com

Une enquête signée Thibaut Schepman publiée par le média indépendant BONPOTE le 15

Le bon sens serait de stocker de l’eau en hiver, pour arroser les cultures en été. Défendue par le syndicat agricole majoritaire FNSEA, cette solution technique est relayée par un large bloc politique réunissant l’extrême droite du Rassemblement national, l’extrême droite de la droite de Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy mais aussi la droite et la majorité présidentielle.

Ensemble, ce bloc politique vient de voter une loi d’urgence facilitant la construction d’ouvrages de stockage de l’eau et limitant le débat démocratique à leur sujet. Alors que l’on vient de vivre un hiver extrêmement pluvieux suivi d’une fin de printemps et d’un été caniculaire, tous crient à l’unisson pour aller encore plus loin afin de s’adapter à la sécheresse qui mine le monde agricole.

Lire la suite de cette enquête sur le site Bonpote.com , c’est par ici …


 

+ En complément sur Reporterre …

Sainte-Soline à sec mi-juillet : évaporation ou infraction ?

Un article signé Sylvain Lapoix dans Reporterre du 17 août 2026 …

La mégabassine de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, le 18 juillet 2024. – © Christophe Archambault / AFP

Remplie par les seules pluies hivernales, la réserve d’eau de Sainte-Soline a vu ses stocks à sec en moins de deux mois de fortes chaleurs. Si l’évaporation apparaît possible, la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres affirme avoir utilisé l’eau pour irriguer, bien que la justice ait suspendu ses autorisations. La Rochelle (Charente-Maritime), correspondance

Censée permettre à l’agriculture de lutter contre les sécheresses liées au changement climatique, la mégabassine de Sainte-Soline s’est retrouvée à sec au moment même où elle était censée être la plus utile.

Interdite d’utilisation depuis une décision de justice le 18 décembre 2024, la réserve de substitution (nom technique des mégabassines) a vu disparaître 54 000 m3 d’eau collectés lors des pluies hivernales en moins de deux mois. Rien qu’entre le 15 juin et le 20 juillet, 40 000 m3 — la consommation annuelle de plus de 900 personnes — ont été dissipés, pschit !

Qu’est devenue l’eau de Sainte-Soline ? Évaporée à la faveur des canicules, comme nous l’écrivions dans la première version de cet article ? Ou pompée pour irriguer malgré la décision de justice, tel que l’affirme la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres (Coop de l’eau 79), qui, après nous avoir laissés sans réponse, est revenue vers nous pour contester la thèse de l’évaporation.

1 000 m3 d’eau chaque jour

Remplie en temps normal par pompage des nappes phréatiques durant les périodes dites de « hautes eaux » (automne et hiver), Sainte-Soline à l’arrêt n’a été abondée cette saison que par les eaux de pluie. Mais quelles pluies ! Si d’après Météo-France, 2025-2026 fut le huitième hiver le plus pluvieux jamais enregistré, au maximum de ce remplissage naturel le 17 mars, la bassine stockait seulement 55 210 m3, soit plus de 12 % de son remplissage maximal historique de 450 000 m3.

Cependant, à compter du mois de mai, la courbe a chuté de plus en plus vite. Au 20 juin, le département des Deux-Sèvres est passé en vigilance canicule orange, puis rouge le lendemain. Le 22 mai, la station Météo-France de Niort (la plus proche de la bassine) a affiché 41 °C. Le 20 juillet, les sondes n’ont plus détecté de trace d’eau. En moyenne durant le mois passé, la bassine a perdu plus de 1 000 m3 d’eau chaque jour.

Baisse du volume de remplissage de la mégabassine de Sainte-Soline. Système d’information sur l’eau du Marais poitevin

Première hypothèse donc, l’évaporation. 40 000 m³ évaporés : ce scénario ferait la démonstration en conditions réelles de la vulnérabilité des mégabassines pour stocker l’eau à usage agricole face à un climat qui se réchauffe et à des vagues de canicule de plus en plus précoces et fréquentes. De quoi appuyer l’argument des opposants aux mégabassines qui critiquent les risques d’évaporation massifs dans les stockages d’eau en surface, là où les nappes phréatiques préservent la ressource.

Directrice de recherche au CNRS, spécialiste des réservoirs d’eau, Laurence Habets considère l’hypothèse d’une évaporation massive crédible : « C’est tout à fait possible, cela correspond aux valeurs obtenues dans certains lacs : ce sont des puits de chaleur. C’est pendant les périodes de sécheresse, où chaque goutte compte, que ces flux d’évaporation sont les plus marqués. »

Contacté par Reporterre, François Geay, directeur de l’Établissement public du Marais poitevin, qui a pour charge la gestion de l’eau sur le territoire, confirme que le taux d’évaporation constitue « un des paramètres [de] performance » des réserves. Estimés entre 2 et 10 % pour les années précédentes, « ces taux seront de nouveau évalués en fin de campagne 2026 mais il est évidemment très fortement probable que les températures records mesurées cette année conduisent à une évaporation plus élevée que la normale », reconnaît-il.

Les défenseurs des mégabassines, eux, estiment que le risque d’évaporation est faible. La Coop de l’eau 79 avance des estimations « de l’ordre de 3 à 4 % » du volume stocké. « La pluviométrie compense largement l’évaporation », énonce ainsi l’organisation sur son site.

Un pompage de 46 000 m3 d’eau « à la légalité très incertaine »

Suite à la publication d’une première version de cet article, la Coop de l’eau 79 a contacté Reporterre pour rectifier : le chiffre de la baisse de niveau « correspond à l’utilisation du volume stocké ». Les dizaines de milliers de mètres cubes ne se seraient pas évaporés mais auraient servi à deux agriculteurs irrigants. Quid alors de l’interdiction d’utilisation ? En mars encore, des membres de la même Coop de l’eau 79 se plaignaient de cette décision de justice face aux caméras de TF1 : « C’est complètement aberrant de ne pas pouvoir utiliser cette eau. »

« Nous avons mené des discussions en interne ainsi qu’avec l’État début mai et obtenu l’autorisation d’utiliser l’eau stockée », indique à Reporterre François Pétorin, membre de la Coop de l’eau 79. Interrogé sur la forme de l’autorisation, cet administrateur indique ne pas disposer de document en attestant. Et, à l’heure où nous écrivons ces lignes, la préfecture des Deux-Sèvres n’a pas confirmé ces échanges ou l’existence de cette autorisation. « Les adhérents à la Coop de l’eau raccordés à Sainte-Soline ont été invités à se prononcer au cas par cas : deux d’entre eux se sont réparti 46 000 m3 prélevés dans l’eau stockée, détaille François Pétorin. Après relecture par nos juristes de la décision, l’utilisation de cette eau n’apparaît pas illégale. »

« La légalité de cette pratique est très incertaine »

Marie Bomare, juriste pour Nature Environnement Charente-Maritime, qui a porté le contentieux à la cour administrative d’appel de Bordeaux, a une tout autre lecture de la décision de justice : « La cour a suspendu l’autorisation environnementale, laquelle concerne le pompage dans les nappes phréatiques et l’utilisation. Par ailleurs, cette décision a été motivée par la dégradation du milieu d’espèces animales protégées par les cultures irriguées : c’est bien l’irrigation qui est en cause. La légalité de cette pratique est très incertaine. »

« Les politiques de financement de stockage hors sol que souhaitent nous vendre le gouvernement et ses partenaires agro-industriels ne répondront pas aux enjeux de notre territoire ni aux difficultés de la grande majorité de nos paysannes face à la sécheresse », déclare à Reporterre un porte-parole du collectif Bassine non merci des Deux-Sèvres.

Au-delà de Sainte-Soline, toutes les réserves de substitution du bassin affichent des taux de remplissage critiques. Premier ouvrage mis en service, la bassine de Mauzé affichait au 14 août moins de 3 000 m3 de stock, un dixième de son remplissage moyen les années précédentes à la même date. La réserve de Priaires, dernière construite, est à sec depuis le 8 août. Censés être mis à l’abri de la sécheresse par ces ouvrages, les agriculteurs raccordés aux mégabassines ont encore un mois d’irrigation de grande culture à tenir.


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