Avec une pétition de plus de 2 millions de signatures, la première version de la loi Duplomb avait suscité une opposition massive durant l’été 2025. Un an plus tard, le sénateur Laurent Duplomb est revenu avec une nouvelle proposition, visant à réautoriser des pesticides pour plusieurs cultures. Une stratégie de contournement démocratique, qui consiste à faire revenir par la fenêtre ce qui a été chassé par la porte ….
Au cœur du texte, la réintroduction de pesticides comme l’acétamipride et le flupyradifurone, interdits en France en raison de leur dangerosité pour les pollinisateurs, la biodiversité et la santé humaine. Le témoignage de Louis Adrien Delarue, médecin généraliste près d’Angoulème dans cette vidéo de 19’17 » produite par Reporterre.
Loi d’urgence agricole : Laurent Duplomb impose son texte
Réintroduction de pesticides interdits, accaparement de l’eau, soutien aux mégabassines et aux élevages industriels … La loi d’urgence agricole votée en commission mixte paritaire reprend les lubies de la droite sénatoriale. Un article signé Léa Guedj dans Reporterre du 16 juillet 2026 …

Après six heures de discussions à huis clos au Sénat, jeudi 16 juillet, les votes des quatorze sénateurs et députés de la commission mixte paritaire (CMP) ont approuvé une version de la loi d’urgence agricole qui reprend la plupart des articles introduits par la droite sénatoriale.
Le texte, largement préparé en amont de cette CMP par les rapporteurs, parmi lesquels le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, a été approuvé par 8 voix pour, celles des élus centristes, de la droite et de l’extrême droite, 4 voix contre, celles des parlementaires de gauche, et 2 abstentions, celles des macronistes.
Les articles ont été votés au pas de course. « La droite et l’extrême droite des deux hémicycles [ont voté] comme un seul homme », regrette Aurélie Trouvé, députée La France insoumise, qui dénonce un texte « déjà ficelé », arrivé en commission « sans négociation » possible.
Si les députés insoumis et écologistes déplorent le texte adopté, ceux de droite, ainsi que la FNSEA, eux, se réjouissent. Le syndicat productiviste a ainsi salué « l’engagement des parlementaires qui ont contribué à rendre possible l’aboutissement de ce texte attendu par le monde agricole ».
Le tout, malgré de fortes réticences exprimées jusqu’au niveau de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, et par cinq anciens ministres de l’Agriculture de différents bords politiques — du Parti socialiste au Modem jusqu’à Ensemble pour la République —, qui ont signé une tribune dénonçant les mesures sur le partage de l’eau.
Réintroduction de pesticides interdits
La majorité des sénateurs et députés ont voté pour le retour de l’acétamipride et du flupyradifurone. Ces deux pesticides pourront être réintroduits par dérogation. Après une première tentative avec la loi Duplomb, retoquée par le Conseil constitutionnel l’an dernier, Laurent Duplomb est revenu à la charge en faisant ajouter cet article au projet de loi du gouvernement.
Dans la version adoptée ce jeudi, l’usage dérogatoire de l’acétamipride, un néonicotinoïde, est réservé aux cultures de noisettes. Le flupyradifurone, lui aussi dangereux pour les abeilles, pourra être utilisé par dérogation pour les betteraves en enrobage de semences, et en pulvérisation pour les pommes et les cerises.
Dans tous les cas, « que ce soit betteraves, pommes, cerises ou noisettes, chaque production aura sa dérogation pendant trois ans, soit au flupyradifurone, soit à l’acétamipride », réagit le groupe écologiste et social, dont le député Benoît Biteau assistait aux discussions en tant que suppléant.
« On ne se préoccupe plus des pesticides qui peuvent rester longtemps dans les sols et l’eau »
La majorité des élus de la commission ont également acté qu’en cas de retrait d’une autorisation de mise sur le marché d’un produit phytosanitaire, le « délai de grâce » soit systématiquement fixé à la durée maximale autorisée. Ainsi, des pesticides interdits pourront continuer à être vendus pendant six mois et utilisés pendant un an.
« Cela signifie qu’on ne se préoccupe plus des pesticides qui peuvent être rémanents, et rester longtemps dans les sols et l’eau », regrette Daniel Salmon, sénateur écologiste d’Ille-et-Vilaine.
Toujours plus de bassines
Le doublement des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole à l’horizon 2035 a également été adopté. Les procédures pour la construction de bassines ont été simplifiées pour ce faire.
Le texte introduit un assouplissement des modalités de consultation du public, et même une suppression des réunions publiques d’ouverture et de fermeture de la consultation, ainsi que la possibilité de continuer de prélever pour stocker en bassine pendant trois ans sur autorisation du préfet, y compris si le juge l’a considérée illégale.
Autre mesure qui inquiète les Écologistes : des installations de stockage pourront être considérées comme de la compensation aux atteintes portées aux zones humides, « lorsque l’équivalence des fonctionnalités écologiques est constatée ».
« Ce texte s’adresse à une frange très restreinte du monde agricole à laquelle on donne de l’argent public pour privatiser un commun », a estimé le député écologiste Benoît Biteau.
Moins de démocratie sur l’eau
La présence des irrigants dans la gouvernance de l’eau est également renforcée. Ainsi, au sein des commissions locales de l’eau, un tiers des sièges réservés aux autres usagers sera désormais dévolu aux agriculteurs — contre la moitié dans la version défendue par le Sénat.
« En pleine sécheresse, la macronie, la droite et l’extrême droite décident de donner à l’agrobusiness un droit d’accaparer l’eau sans limite », a réagi la députée insoumise Aurélie Trouvé. Les agences de l’eau seront aussi placées sous la tutelle des ministères de l’Agriculture, de l’Économie, de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de la Santé.
« L’usage agricole productiviste passe devant tous les autres dans la gestion quantitative de l’eau, et la gestion de l’eau est totalement ramenée au dialogue entre le syndicat majoritaire et le préfet », s’est indigné Ronan Dantec, sénateur écologiste de la Loire-Atlantique.
De maigres concessions
De maigres compromis ont été concédés dans la version du texte adoptée en commission. Le principe de non-régression agricole dans la gestion de la ressource en eau, un ajout du Sénat, a ainsi disparu. Il visait à empêcher de mettre en place des limitations pour les prélèvements d’eau destinés à l’irrigation agricole, limitations qui doivent permettre d’assurer les besoins des milieux naturels et des autres usages.
La redéfinition des zones humides, qui risquait de déclasser une partie de ces zones est aussi abandonnée, mais les exigences de compensation de leur dégradation sont revues à la baisse. Un bien maigre lot de consolation.
De nombreuses autres mesures ont été adoptées grâce aux votes des élus de droite et d’extrême droite, comme la réforme des installations classées pour la protection de l’environnement, favorable à l’accélération de projets d’élevages industriels, ou encore l’article 14, qui permet de faciliter les tirs de loups.
Qu’en est-il des revenus des agriculteurs ?
Les mesures sur les revenus agricoles, encadrant les conditions de contrat entre l’exploitant et le premier acheteur, ont toutes été votées à l’unanimité des élus de la commission. Néanmoins, la mesure définissant des prix planchers pour les agriculteurs, supprimée au Sénat, n’a pas été réintroduite.
Avant la promulgation du texte, les conclusions de la CMP devront encore être présentées en séance publique à l’Assemblée nationale et au Sénat, puis soumises dans les deux cas à un dernier vote. Si le texte de la CMP venait à être rejeté lors de ces ultimes votes, une nouvelle lecture du texte serait nécessaire dans les deux chambres. La gauche, elle, a déjà promis de saisir le Conseil constitutionnel.
Pesticides interdits : « Je suis médecin généraliste et je supplie les parlementaires de ne pas voter cette loi »
Dans le cadre de la rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs d’Ouest-France », Vincent G. (Morbihan) témoigne en tant que médecin généraliste, alors que le Sénat a voté le 30 juin 2026 pour insérer dans le projet de loi d’urgence agricole une mesure décriée permettant la réintroduction de pesticides interdits . Témoignage paru dans l’Ouest France du
« Nous sommes un couple de médecins généralistes âgés de 63 ans, parents de cinq enfants, ayant exercé ensemble dans une commune du Morbihan. Quand il y a sept ans, mon épouse a développé un cancer de l’ovaire évolué, elle a dû arrêter avec regret son activité qui la passionnait, en particulier le suivi des enfants. Elle se bat avec courage mais est épuisée, étant à sa septième ligne de chimiothérapie (1) !
Elle n’avait aucun facteur de risque pour ce cancer et aucune cause génétique n’a été trouvée. Mais sa marraine et son mari, chez qui elle a vécu les trois premières années de sa vie, étaient des agriculteurs dynamiques. Adhérents à la jeunesse agricole chrétienne, lui responsable à la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), ils défendaient vraiment les petits agriculteurs. Ils ont utilisé les produits phytosanitaires qu’on leur conseillait car il fallait nourrir la France d’après guerre. Malheureusement, ils sont décédés tous les deux prématurément d’un cancer du pancréas.
« Nous sommes anéantis face à cette obstination »
Forcément, nous avons cherché à comprendre ce qui nous frappait ainsi. Nous avons interrogé différents cancérologues, qui nous ont confirmé qu’il n’y a que des causes environnementales, dont au premier chef les pesticides, qui peuvent expliquer l’augmentation actuelle des cancers et leur survenue chez des patients de plus en plus jeunes.
Nous avons donc rejoint l’association Cancer Colère car Fleur Breteau, sa fondatrice, a crié à l’Assemblée nationale ce que nous ressentions. Mais le sénateur Laurent Duplomb (co-rapporteur du projet de loi d’urgence agricole, à l’origine de la loi qui avait permis la réintroduction de l’acétamipride en juillet 2025, avant d’être censurée sur ce point en août par le Conseil constitutionnel) n’a pas écouté.
Nous sommes, en tant que médecins et malades, anéantis face à cette obstination à réintroduire l’acétamipride et le flupyradifurone (2), alors que des solutions de substitution existent d’après l’Anses et l’Inra, et que des aides aux agriculteurs impactés pourraient être instituées provisoirement. Les chiffres des betteraviers n’ont pas été à la baisse sur la dernière année, pourtant sans acétamipride !
« Penser aux patients malades et aux générations futures »
En cas de réintroduction de ces cancérigènes, il faudra créer un énième dispositif de prise en charge des victimes et répondre devant les tribunaux de l’aveuglement des législateurs qui ne pourront pas dire : « Nous ne savions pas » ou « Qui aurait pu prédire ? ».
Pourtant, l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a examiné en avril 2026 une note stipulant que l’acétamipride présente des risques préoccupants pour la biodiversité et la santé humaine. Mais où les citoyens peuvent-ils s’informer sur les résultats du travail de leurs élus ? […]
Combien de nos patient(e)s n’ont pas accès à une alimentation saine, sans pesticides et abordable ?
Je supplie donc les parlementaires, en tant que médecin de famille, de penser aux patients malades, à nos enfants et aux générations futures et de ne pas réintroduire ces deux néonicotinoïdes toxiques pour la santé humaine.
Même si nos voisins européens les utilisent, cela constituera une raison de plus pour acheter local ou français. Il faudra ensuite se battre au niveau européen contre la loi Omnibus (qui vise à « simplifier » plusieurs mesures du Pacte vert européen de 2021) pour que ces produits toxiques ne reviennent pas par des législations européennes façonnées par des lobbys sans limites financières. […]
« Il ne faut pas trembler devant des ronds-points occupés »
Le cancer qui frappe notre famille finira malheureusement par toucher toutes les familles françaises, y compris celle des parlementaires et de tous les partisans de cette réintroduction !
Il ne faut pas trembler devant des ronds-points occupés par des agriculteurs électeurs. Bien sûr, ces derniers ont des difficultés et il faudra les aider à se passer de ces pesticides car eux aussi sont concernés, en premier lieu, même si le remboursement de leurs emprunts leur fait oublier leur santé et celle de leurs proches.
Je ne compte plus les patients – le dernier un agriculteur de 48 ans parti en quatre mois d’un cancer du pancréas – touchés par cette augmentation des cancers… Pensez à nos enfants et petits-enfants. »
(1) Le site de l’Institut national du cancer précise que le protocole de chimiothérapie peut être modifié en fonction des éléments repérés lors des consultations. On parle ainsi de lignes de chimiothérapie : chaque ligne correspondant à un protocole particulier.
(2) Un amendement en cours d’étude au Parlement vise à autoriser la réintroduction à titre dérogatoire de l’acétamipride et le flupyradifurone, deux produits phytosanitaires interdits en France mais encore autorisés ailleurs en Europe.
« La loi Duplomb, c’est toujours non ! » : 150 personnes mobilisées contre la loi d’urgence agricole à Lannion
La loi d’urgence agricole sera soumise au vote des députés le 20 juillet. Elle reprend des points portés par la loi Duplomb, retoquée par le Conseil constitutionnel une première fois. On retrouve ainsi la réintroduction des néonicotinoïdes, par dérogation. Insupportable pour la nouvelle Alliance écologique et sociale du Trégor, qui appelait à se rassembler pour dire non à Lannion. Un article de publié dans L’Ouest-France du
Quelque 150 personnes se sont rassemblées ce samedi 18 juillet 2026 sur le quai d’Aiguillon à Lannion (Côtes-d’Armor) à l’appel de la toute jeune Alliance écologique et sociale qui vient d’être créée. Elle regroupe associations, organisations et syndicats, tels qu’Attac ! Solidaires, la FSU ou encore la Confédération paysanne.
Elle appelait à la mobilisation contre la loi d’urgence agricole qui sera soumise au vote des députés ce lundi 20 juillet 2026. Dans le collimateur de ces militants, les dispositions de la loi Duplomb qui ont été intégrées au texte. Il s’agit de la réintroduction sous dérogation de certains pesticides comme l’acétamipride, un néonicotinoïde et du flupyradifurone, nocif pour les abeilles.
La réintroduction des néonicotinoïdes est le symbole d’un modèle qui cherche à maximiser les profits de quelques agroindustriels au détriment de notre environnement, des paysans qui veulent travailler dans des conditions dignes et des fermes engagées dans des modèles résilients comme l’agriculture bio.
L’Alliance a interpellé le député Éric Bothorel dans une lettre ouverte. Après son passage dans les deux chambres du Parlement, ce texte est devenu méconnaissable et agrège le pire de ce que nous avons pu voir dans les textes étudiés ces dernières années : réintroduction des néonicotinoïdes, accaparement de la ressource et de la gestion de l’eau, industrialisation de l’élevage. Nous vous demandons solennellement de vous opposer à ce texte […].
Après avoir été approuvé en commission mixte paritaire qui réunit des députés et des sénateurs, le texte poursuit donc son chemin à l’Assemblée nationale. En réaction à la première loi Duplomb, une pétition avait récolté plus de deux millions de signatures. Une seconde pétition est toujours en ligne.
Lire par ailleurs les articles de PrendreParti parus durant l’été 2025 à propos de La Loi Duplomb …
Signons la Pétition « Non à la Loi Duplomb » sur la plateforme de l’Assemblée nationale !
La Loi DUPLOMB partiellement censurée par le Conseil d’état : un pied dans la porte ?
