En Bretagne, des festivals sont confrontés à la baisse des budgets. C’est le cas du Festival International du Film Insulaire de Groix qui se déroule du 19 au 23 août 2026 : le Département du Morbihan a choisi de couper les subventions. Un choix motivé par des raisons politiques : son président estime que le festival ne respecte pas les valeurs du département. L’île de Groix serre les coudes et se bat pour son festival de cinéma …
Groix. Hache de guerre déterrée entre le Morbihan et les organisateurs du festival du film insulaire.
Un article signé Romuald Bonnant publié le

Pour son édition 2026, le FIFIG, le Festival International du Film Insulaire de Groix n’a pas reçu les 20 000 euros de subventions du département du Morbihan. Les organisateurs parlent de censure et le président du Département invoque un glissement politique.
Pour la première journée de projection du FIFIG, le Festival International du Film Insulaire de Groix, il y a foule devant le « Cinéma des familles », l’unique cinéma de l’île.
On est sur une toute petite île qui a réussi à faire un festival de niveau international. Claude Duty réalisateur et festivalier
Dans la longue file d’attente, de nombreux habitués qui sont très attachés à l’événement culturel. « On est sur une toute petite île qui a réussi à faire un festival de niveau international. Ce qui est extraordinaire » se réjouit Claude Duty, réalisateur et spectateur impliqué. Un peu plus loin, Jacotte Sausois, festivalière depuis de nombreuses années, sourit « C’est un festival qui est intéressant, où il y a à la fois des jeunes et des vieux comme moi. Des gens qui aiment le cinéma. »
Subvention de 20 000 euros annulée
Seulement voilà, en juin dernier, les organisateurs du festival ont reçu un courrier inattendu de la part de David Lappartient, président du Conseil Départemental du Morbihan. Une missive pour les informer que la collectivité territoriale ne subventionnera pas l’édition 2026 comme elle le fait depuis 25 ans.. En tout, 20 000 euros, soit 10 % du budget total du festival. Motif avancé « des contraintes budgétaires » mais aussi « un festival qui ne porte pas les valeurs du Morbihan. »
Nous avons été assez choqués de cette prise de position. Christophe Dromery Coprésident Festival International du Film Insulaire de Groix
Un courrier qui a indigné Christophe Dromery, coprésident du FIFIG. « Si le fait de s’exprimer sur la vie insulaire, sur les contraintes et les nouvelles contraintes, avec le réchauffement climatique, si cela devient politique. Alors très bien ! Nous avons été assez choqués de cette prise de position. »
Une culture qui le dérange. Damien Girard député 5ème circonscription du Morbihan
Une décision qui a mené à une levée de boucliers de la part de nombreux élus locaux bretons sur la gauche de l’échiquier. À l’image du député écologiste morbihannais Damien Girard estimant que David Lappartient « tente d’annuler une culture qui le dérange. »
Le festival a glissé vers un festival qui est dans le champ politique. David Lappartient Président Conseil Départemental du Morbihan
Au moment où le festival commençait, le président du département du Morbihan a choisi de s’exprimer sur le réseau social X.
/regions/2026/08/20/6a870d5fbf49e032609279.png)
Face caméra, dans son bureau, il persiste et signe. « Il n’y a pas un droit systématique à la subvention… Nous assumons totalement les décisions que nous avons prises. » Il ajoute, au sujet du FIFIG « le festival a glissé vers un festival qui est dans le champ politique, un engagement de nature politique, bien loin de l’ambition des créateurs de ce festival. »
La riposte solidaire sur l’île
Sur l’île, en quelques jours, la solidarité s’est mise en place. Une pétition a recueilli 25 000 signatures et une cagnotte a permis de récolter 17 000 euros. Les commerçants se sont mobilisés comme Quentin Mézière, caviste sur Groix. « Nous avons mis à disposition des chambres gratuitement pour les équipes du jury. Et la guinguette a fait des raps gratuits. De son côté, François Stéphant, président de l’association économique de l’île de Groix, ajoute « On a acheté les tee-shirts du festival pour donner un peu plus. »
Derrière les associations, il y a des gens qui travaillent. Jeanne Hardy coprogrammatrice du festival
Malgré tout, le festival a dû s’adapter et réduire la voilure. Un spectacle a dû être annulé. E les quelques salariés du FIFIL, tous intermittents sont inquiets pour la suite. C’est le cas de Jeanne Hardy, co-programmatrice du festival. « J’habite Groix. Je suis tellement heureuse d’avoir un travail sur Groix. Je crois que c’est important de rappeler que, derrière les associations, il y a des gens qui travaillent. J’espère que les choses peuvent changer, que les pouvoirs publics peuvent l’entendre ça aussi. »
Une édition 2026 sur les « îles imaginaires »
En attendant de connaître les suites pour 2027, l’édition 2026 du Festival International du Film Insulaire de Groix propose des films, des expositions, des débats, des rencontres et des concerts autour des « îles imaginaires ».
« Une culture sous surveillance n’est pas possible » : des discours engagés à la soirée d’ouverture du Fifig à Groix
La 25e édition du Festival international du film insulaire de Groix (Fifig), consacrée aux îles imaginaires, a démarré ce mercredi 19 août. En fanfare et avec des discours officiels défendant la liberté de création. Un article publié par Ouest-France le
Ce mercredi 19 août 2026, un public nombreux est venu assister à la soirée d’ouverture de la 25e édition du Festival international du film insulaire de Groix (Fifig), au Tiki, après une déambulation du bourg à Port-Lay menée par la fanfare béninoise Olaïtan et par le cercle celtique de Groix. En cette édition particulière, amputée des 20 000 € de subventions habituelles du département, les discours étaient attendus.
Le maire Erwan Tonnerre a d’abord pris la parole, très heureux
, pour remercier tous ceux qui nous rendent fiers d’être insulaires ». « Le Fifig nous offre un moment précieux
, a embrayé Rozenn Métayer, conseillère départementale de gauche de Groix. Attaquer un évènement chargé de valeurs humaines, ça fait mal.
La socialiste Gaëlle Le Stradic, vice-présidente à la Région, a aussi critiqué la décision du Département, tout en réaffirmant le soutien de la Région au Fifig. Mon rôle, c’est de protéger les artistes et de leur garantir une création libre. Ce n’est pas aux politiques de décider de la teneur de la programmation. La culture n’est jamais neutre puisqu’elle raconte le monde. Une culture sous surveillance n’est pas possible. Il nous faut être extrêmement vigilants à refuser les pressions qui viennent de certaines instances politiques.
S’appuyant sur le thème de cette 25e édition, les îles imaginaires, elle appuie : L’imaginaire c’est ce qui permet de résister quand le réel se rétrécit. Merci au Fifig.
Des barnums prêtés par Lanester
Le député écologiste Damien Girard a, lui aussi, défendu la liberté de création. La culture est indispensable à la démocratie. […] Il faut les protéger, ne pas supprimer de subvention de façon arbitraire.
Hélène Fribourg, représentante du ministère de la Culture, directrice régionale adjointe des affaires culturelles de Bretagne, a enfoncé le clou : La culture comme élément de compréhension du monde, c’est ce que fait le Fifig à travers sa programmation. Bravo.
Fort de 2 500 messages de soutien reçus
, le co-président du festival Christophe Dromery ne conçoit pas une culture sous contrôle. La liberté culturelle se défend toujours, rien n’est acquis définitivement. Notre festival est devenu un bien commun. Nous continuerons à faire vivre librement ce festival ! Merci à la mairie de Groix qui nous offre gratuitement le lieu de Port Lay, et à la ville de Lanester qui offre les barnums refusés par le département
.
Jeanne Hardy, programmatrice, invite, elle, à repenser les îles, des endroits où on peut penser autrement
.
Festival du 19 au 23 août. Renseignements sur le site www.filminsulaire.com.

Discours prononcé par le député Damien Girard lors de l’ouverture du FIFIG, qui fête cette année ses 25 ans.
« Quel plaisir d’être ici, à Groix, pour ouvrir cette nouvelle édition du FIFIG.
Je veux commencer par vous dire simplement : merci.
Merci à toutes celles et ceux qui font vivre ce festival. À ses organisateurs, à ses salariés, à ses partenaires et surtout à ses bénévoles. Merci également à la commune de Groix et à toutes celles et ceux qui, année après année, permettent que se reproduise ce petit miracle : faire d’une île un lieu de rencontre avec les îles du monde.
Cette édition n’est pas tout à fait une édition comme les autres : le FIFIG fête ses 25 ans. Un quart de siècle à faire de Groix, chaque été, une fenêtre ouverte sur toutes les îles et sur le monde.
Et puisque cette édition nous emmène vers les îles imaginaires, je me dis qu’il fallait sans doute être un peu rêveur, il y a 25 ans, pour imaginer qu’un festival consacré aux cinémas insulaires puisse s’enraciner ici, durer, grandir et rayonner aussi largement.
C’est aussi à cela que servent les imaginaires : à rendre possible ce qui ne l’était pas encore.
Cette édition est aussi particulière parce quelques semaines avant son ouverture, le Conseil départemental du Morbihan a décidé de supprimer la subvention qu’il accordait au FIFIG depuis de nombreuses années.
Je l’ai dit à ce moment-là et je le redis ici : je considère cette décision comme profondément injuste et inquiétante.
Pas parce qu’une subvention publique serait un droit acquis pour l’éternité / Elle ne l’est pas.
Mais parce que l’argent public ne peut pas davantage devenir un instrument permettant de récompenser les cultures qui plaisent et de sanctionner celles qui dérangent.
La liberté de création suppose précisément que les artistes puissent questionner, bousculer, provoquer parfois.
La culture n’a jamais eu vocation à être docile.
Elle nous confronte à d’autres regards sur le monde, et c’est précisément pour cela qu’elle est indispensable à une démocratie.
Ce qui se joue ici dépasse d’ailleurs la seule question de la liberté de création. C’est aussi une autre de nos grandes libertés républicaines qui est en jeu : la liberté associative.
La loi de 1901 est l’une des pépites de notre République.
Elle repose sur une idée extraordinairement moderne et profondément démocratique : permettre à chacune et chacun de se réunir librement avec d’autres et d’agir ensemble pour quelque chose qui nous dépasse.
Faire vivre un festival.
Créer un club sportif.
Protéger un espace naturel.
Accompagner des personnes isolées.
Faire vivre une école de musique.
Défendre des droits.
Organiser une fête de village.
En somme : prendre une part de l’intérêt général entre ses propres mains.
Et en Bretagne, nous savons particulièrement ce que cela signifie et nous devons en être fier.
Le CESER de Bretagne vient justement de consacrer une importante étude à ce qu’il appelle « l’intelligence associative ». Près de 200 acteurs de nos territoires ont été rencontrés. Sa conclusion : les associations sont une liberté fondamentale, une forme de démocratie du quotidien, capables de comprendre le réel et de le transformer au service du bien commun.
Dans certains de nos territoires, notamment ruraux et insulaires : sans les associations, une partie de ce que nous considérons comme des services essentiels à la vie quotidienne n’existerait tout simplement plus.
Et pourtant, ce monde associatif est aujourd’hui fragilisé.
Les financements s’érodent. Les trésoreries sont sous tension. Des activités disparaissent. Près de 12 300 emplois associatifs ont été perdus en France en 2025.
errière ces chiffres, il y a des femmes et des hommes. Mais il y a aussi tout ce que ces emplois permettaient : accompagner, créer, éduquer, soigner, faire du sport, défendre l’environnement, organiser la solidarité ou faire vivre la culture.
C’est pourquoi je crois que nous devons aujourd’hui mieux protéger la liberté associative.
Cela signifie évidemment garantir des financements à la hauteur de ce que les associations apportent à notre société.
Mais cela signifie aussi les protéger contre l’arbitraire.
Une collectivité doit pouvoir faire des choix budgétaires. Elle doit pouvoir définir des priorités. Elle doit pouvoir évaluer l’utilisation de l’argent public.
Mais lorsqu’une association agit dans le cadre de la loi, une subvention ne devrait jamais pouvoir être retirée brutalement parce que sa programmation, son expression ou son engagement déplaît au pouvoir politique du moment.
Les règles doivent être connues.
Les critères doivent être objectifs.
Les décisions doivent être motivées.
Et les associations doivent pouvoir les contester.
C’est précisément le sens de la proposition de loi à laquelle je travaille actuellement : mieux sécuriser les relations entre la puissance publique et le monde associatif et protéger celui-ci contre les décisions arbitraires.
Dans les prochains mois, je viendrais à la rencontre du monde associatif dans chacune des communes de ma circonscription, pour partir du réel : comprendre les difficultés, mesurer la vitalité associative et confronter cette proposition à l’expérience de celles et ceux qui font vivre les associations au quotidien.
Finalement, les îles imaginaires auxquelles vous consacrez cette édition nous disent quelque chose de très concret.
Une société sans associations, sans artistes qui dérangent, sans bénévoles qui inventent, sans lieux où l’on débat et où l’on rencontre ceux qui ne nous ressemblent pas serait peut-être une société parfaitement ordonnée.
Mais ce serait surtout une société bien triste, une île bien triste.
Alors continuons à en imaginer d’autres.
Des îles ouvertes.
Des îles vivantes.
Des îles où l’on crée.
Des îles où l’on débat.
Des îles où l’on accueille.
Et des îles où personne ne décide à la place des artistes de ce qu’ils ont le droit de nous montrer.
Merci à vous tous de faire vivre, année après année, ce petit bout d’utopie bien réelle qu’est le FIFIG. Longue vie au FIFIG, vive Groix, et vive la liberté de créer et de s’associer. »
Source : facebook de Damien Girard , Député breton – Groupe Écologiste et Social Conseiller municipal et communautaire – Lorient en commun
Lire par ailleurs sur PrendreParti à propos du FIFIG …
Le Festival du Film Insulaire de Groix dans le viseur de la majorité départementale du Morbihan
