En 2019, 100 femmes remplissant les critères officiels pour obtenir une rue à leur nom (re)trouvent une place à Genève. Tous les 15 jours, 10 plaques sont apposées dans un quartier différent. Un projet de l’association féministe L’Escouade. Eddy Mottaz / Le Temps

Patrimoine chilien retrouvé

Les archives offrent des recensions, admiratives, de quelques-uns de ses concerts à Genève donnés avec ses enfants Isabel et Angel, musiciens eux aussi. «[…] spectacle d’un intérêt exceptionnel, écrit ainsi un certain P. B. dans le Journal de Genève en 1963 déjà, qui a précisément le grand mérite de ne jamais céder, si peu que ce soit, aux impératifs de ce soi-disant folklore sud-américain qui a, depuis longtemps, envahi les music-halls du monde entier. Violeta Parra a refusé les facilités de l’exotisme pour tenter de restituer, dans leur beauté originelle, les chants et les danses de son pays.» «Aujourd’hui, et grâce à ses efforts, d’inestimables trésors du folklore chilien ont pu être sauvés», s’enthousiasme aussi la Gazette de Lausanne à l’occasion d’une exposition à Saint-Prex en août 1965.

L’un des enregistrements de Violeta Parra conservés par le Musée d’ethnographie de Genève. (MEG)

Violeta Parra est l’une des autrices de la Nueva Canción Chilena – la nouvelle chanson chilienne, issue du folklore entendu dans son acception la plus noble. Née dans une famille très pauvre de dix enfants, elle apprend toute jeune à chanter, à jouer de plusieurs instruments (guitare, flûte, tambour) et à composer (à l’oreille). Elle se fait connaître en chantant boléros et valses avec une de ses sœurs dans les restaurants de Salvador, puis, à la suggestion de son frère, «l’antipoète» Nicanor Parra, lui aussi une figure majeure de la culture sud-américaine, elle part à l’aventure dans les montagnes collecter avec un magnétophone le répertoire populaire, contribuant ainsi au processus de création de l’identité nationale chilienne. Plus de 3000 chansons seront réunies dans un livre, Cantos folklóricos chilenos, et elle enregistre ses premiers disques de musique traditionnelle en solo. «Violeta a tenté en 1963 de donner ses enregistrements aux Archives internationales de musique populaire du Musée d’ethnographie mais la personne à l’accueil n’étant pas immédiatement enthousiaste, elle s’est vexée et est repartie avec ses bandes», se souvient Claudio Venturelli. Le MEG conserve quatre enregistrements: les originaux ont été récupérés par Angel, qui a beaucoup œuvré pour la préservation de la mémoire de sa mère.

Une chanteuse engagée

Si Violeta Parra est devenue une icône au Chili et en Amérique du sud, c’est aussi qu’elle a toujours pris la défense des plus pauvres et des plus faibles, révoltée par l’injustice sociale. C’est elle qui a incité Victor Jara, également défenseur du patrimoine folklorique chilien, à poursuivre une carrière de chanteur. «La bonne bourgeoisie ne l’appréciait pas tellement, elle s’en prenait à l’armée, à la police, aux grands propriétaires. C’était une femme du peuple qui chantait pour le peuple», analyse Claudio Venturelli. Un petit musée de Santiago très actif est aujourd’hui consacré à «la Violeta», comme elle est surnommée au Chili.

Sa chanson Gracias a la vida est devenue un classique, reprise par Joan Baez, Mercedes Sosa ou même U2. La mélodie fait partie de son dernier disque, enregistré après son retour au Chili et dédié à Gilbert Favre après leur séparation. Le grand chapiteau qu’elle monte dans la banlieue de Santiago devait accueillir un centre des arts, mais le succès est mitigé. Un an plus tard, après plusieurs tentatives, elle se donne la mort. «Quand je dis à des migrants chiliens que j’ai connu Violeta, je vois leur regard s’allumer», sourit Anne Divorne, l’amie de la rue Voltaire. Le squat est aujourd’hui devenu une école. La présidente chilienne Michelle Bachelet y a inauguré une plaque à la mémoire de la chanteuse en 2017, pour le centenaire de sa naissance.


Quelques dates

4 octobre 1917: naissance à San Carlos au Chili de Violeta del Carmen Parra Sandoval.

1952 : parcourt le Chili à la recherche de son patrimoine musical.

1954: enregistre ses premiers disques de Nueva Canción Chilena. Premiers voyages en Europe.

1963-1965: réside à Genève, voyage fréquemment à Paris.

5 février 1967: se suicide à Santiago.


Pour en savoir plus:

– Un roman dessiné a été consacré à Violeta Parra

– Un film lui a été consacré:Violeta, par Andrés Wood (2012).