Dernière séisme en date dans le monde de l’édition : mardi 14 avril à midi, Olivier Nora, patron des éditions Grasset, a été brutalement licencié par Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Hachette Livre. La méthode confirme, l’autoritarisme du milliardaire breton et son cap à l’extrême droite toutes. Réaction des écrivains français Sorj Chalandon dans L’Humanité et d’Hervé Hamon sur ses réseaux …

Pour Hervé Hamon, Vincent Bolloré est un fou furieux d’extrême droite. Mais, en tant que patron, Bolloré est parfaitement incompétent. Lisez plutôt, sa chronique , cela s’appelle « Croque-mitaine » :
« C’est quoi, le métier d’éditeur ?
Il en existe deux versions : le marionnettiste, pour qui l’écrivain n’est qu’un personnage de saison, qu’il manipule devant un public ébahi ; et puis le passeur, qui est au service de la littérature, des idées, et qui n’aurait jamais le fantasme de s’en croire l’auteur. Olivier Nora appartenait à la deuxième catégorie. Il savait que l’édition n’est qu’une pompe, qui aspire et qui refoule, et que le cœur, le vrai cœur de la machine, ce sont les écrits, les essais, les travaux de recherche, les romans.
Ce qui fait une maison d’édition, ce qui incarne son âme, c’est son catalogue, ce sont ses auteurs. Éditer n’est pas débiter du papier, fût-ce des best-sellers, éditer, c’est construire patiemment une œuvre commune ˗ une œuvre diverse ˗, c’est pratiquer une « politique d’auteurs », leur être fidèle au fil de leurs succès et de leurs tentatives infructueuses, c’est investir dans des inconnus, c’est avoir la passion de sortir un ouvrage auquel le public ne souscrira pas, bref, c’est le contraire d’une entreprise « normale », c’est toujours risqué, et c’est de longue haleine.
En virant Olivier Nora, en provoquant du même coup le départ de 170 auteurs, au bas mot, M. Bolloré a démontré, une fois de plus, non seulement sa brutalité, non seulement son sectarisme, mais sa royale incompétence. Il possédait un joyau de l’édition. Il l’a détruit car une maison d’édition sans écrivains, ce n’est rien. Il avait déjà révélé ses talents chez Fayard en remplaçant Soljenitsyne par Zemmour, et Kadaré par Bardella. Cette fois, nous sommes au comble de l’impéritie.
Je me rappelle que, lorsque je collaborais au quotidien « Le Télégramme », Hubert Coudurier, directeur de la rédaction, avait eu le malheur d’y écrire ˗ ce qui avait révolté une ample partie des collaborateurs ˗ que Bolloré promouvait le débat d’idées. La preuve est donnée que ce prétendu « bâtisseur » n’est qu’un serial-destructeur. «
L’avis de l’actionnaire majoritaire publié dans le Jdd dans la rubrique « Enquête » : un bon résumé du journalisme vu par Bolloré !

