
Au départ de la manifestation du 6 novembre, sur la place de Liberté, à Brest, un manifestant suscite la curiosité. Avec sa casquette violette vissée sur la tête, une boucle d’oreille en forme de pastèque symbolisant la cause palestinienne et son gilet rouge siglé CGT sur le dos, l’auteur-compositeur Yann Tiersen est venu faire vibrer le cortège derrière les platines de la camionnette de la CGT …
« Être ici, c’est ce qui compte le plus » : du disque d’or aux platines de la CGT, Yann Tiersen radicalement engagé .
S’il s’est fait connaître dans le monde entier avec la bande originale du film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » qui l’a mis à l’abri du besoin, l’icône d’Ouessant assume depuis plusieurs années un engagement politique fort : maillot « Mélenchon 2027 » sur le dos au Festival Interceltique de Lorient, tournées anticapitalistes en voilier, vidéos sur les réseaux sociaux pour soutenir « partout la gauche radicale internationale ». L’homme défend ses idées.
Ce jeudi, dans les rues de Brest, Yann Tiersen, dans le convoi CGT, a livré un DJ set électro et engagé. « J’essaye d’apporter ce que je peux en manif. Je suis un militant comme les autres et la musique, c’est ce que je sais faire », confie-t-il simplement.
« Il faut choisir son camp »
Sur son t-shirt, on peut lire : « Fight any form of racism, zionism, imperialism », traduisez « combattre toutes les formes de racisme, de sionisme et d’impérialisme ». « Il y a une grosse entreprise de propagande qui est insupportable », reprend le compositeur.
« Il y a un état d’urgence en ce moment avec le massacre des services publics et l’urgence climatique. En fait, il n’y a plus d’artiste ; il y a juste une personne et le militantisme. Personnellement, en tant que citoyen, être ici, c’est ce qui compte le plus. »
L’artiste, qui s’était déjà engagé en 2002 contre le Front national, ne mâche pas ses mots. « Ne pas s’engager, c’est s’engager. Il faut choisir son camp. On sait que l’ultralibéralisme et l’ultracapitalisme, ça mène au chaos et à la fin du monde. C’est énorme mais c’est la vérité », émet Yann Tiersen, qui confie tout de même être optimiste pour les prochaines élections.
« Ils ont une audience et donc de l’influence »
Aux premières loges, derrière la camionnette, Marie et Catherine, syndiquées CGT dans l’enseignement privé, saluent cette prise de position. « Je trouve ça important que les artistes s’engagent avec tout ce qui se passe en ce moment », commence Marie. « Tout est politique. Donc, c’est bien qu’un artiste vienne donner de son temps. Et peut-être que ça peut faire venir du monde ! »
Pour elle, les personnalités suivies par beaucoup de monde sur les réseaux sociaux devraient davantage s’exprimer politiquement. « Il faut qu’ils s’affirment, surtout dans la lutte contre l’extrême droite, les footballeurs, les sportifs… Ils ont une audience et donc de l’influence. »
À la croisée des chemins, nous choisissons le nôtre. Contre le fascisme, contre le capitalisme, contre le racisme, nous allons nous battre, lutte aprè lutte.
Devant le château, Annaëlle fait une pause avec ses amis, en marge du cortège. L’étudiante en deuxième année de biologie à l’UBO reconnaît être plus à l’aise quand elle connaît le positionnement politique des personnalités qu’elle suit sur les réseaux sociaux.
« Je ne pourrais pas suivre un influenceur dont je ne connais pas les opinions et qui donc, potentiellement, soutient un parti avec lequel je suis en total désaccord. J’apprécierai beaucoup moins son travail si j’apprends que, par-derrière, il a des idées racistes. Il faut que les personnalités publiques poussent les gens à se politiser un minimum », déclare l’étudiante. Pour son ami Mathis, l’engagement des sportifs, comme le basketteur Victor Wembanyama, permet aussi « d’ouvrir une première porte pour se politiser ».
« L’art c’est politique »
Au rythme des basses, les morceaux s’enchaînent sous un soleil doux. L’ambiance est festive et légère. Cannelle et son amie savourent le concert ambulant qui touche à sa fin. « L’art, c’est politique », commence la jeune femme. « Donc c’est la moindre des choses que les gens qui sont engagés et qui font de l’art viennent manifester. Regardez ce que ça donne, les gens sont très heureux ! », sourit-elle.
En début d’après-midi, la manifestation se termine au carrefour de Segalen. Les premières fumées de gaz lacrymogène commencent à piquer les yeux. Mais Yann Tiersen continue de mixer, avant de prendre le micro : « À la croisée des chemins, nous choisissons le nôtre. Contre le fascisme, contre le capitalisme, contre le racisme, nous allons nous battre lutte après lutte », scande le musicien, le bras levé. Il est largement applaudi par le cortège.
