Les prix au m2 ont explosé : de 2 500 € le m² en 2018, ils sont passés aujourd’hui entre 7 700 € et 9 225 € le m² ! Au Relecq-Kerhuon, près de Brest, le chantier du projet immobilier de luxe baptisé « Rosalie » par son promoteur, le groupe Océanic, continue de défigurer le site de « la Cantine du Moulin Blanc ». Le quotidien Ouest-France vient de consacrer un dossier complet à cette éruption de béton, symbole de réchauffement climatique …
Près de Brest, un projet immobilier de luxe contesté : « Le mal est fait mais la responsabilité politique reste »
Face à la populaire plage du Moulin-Blanc, au Relecq-Kerhuon (Finistère), le programme immobilier Rosalie du groupe Océanic se construit loin du projet initial. Des 53 logements initiaux à 2 500 € le m2, on est passé à 48 logements à 8 000 € le m². Entre la dépollution du site confiée au promoteur et le risque de submersion, la nouvelle municipalité se montre, à l’heure de l’urgence climatique, critique et réservée.
Le mal est fait
, résume le collectif citoyen des Amoureux et Amoureuses de la rade de Brest. Fort d’une pétition ayant réuni 3 500 signatures, il s’est beaucoup battu contre le projet immobilier de la Cantine, désormais baptisé Rosalie par son promoteur, le groupe Océanic, sur un site pollué et inondable, devant la plage du Moulin Blanc, au Relecq-Kerhuon, près de Brest (Finistère) : Mais la responsabilité politique reste.
Au Moulin-Blanc, en octobre 2023, Les Amoureux et Amoureuses de la rade de Brest, lors d’une « balade mobilisation » contre le projet immobilier de la Cantine, baptisé « Rosalie » par son promoteur, le groupe Océanic. | ARCHIVES OUEST-FRANCE
Un volet social absent
Comme le souligne le Collectif citoyen Vert Le Relecq-Kerhuon, on est loin du permis de construire initial délivré par la municipalité le 8 août 2018 ! Voulu et défendu par la majorité municipale de Laurent Péron (PS) qui a signé les trois différents permis de construire modificatifs, ce projet immobilier a connu de significatives évolutions. Comme son implantation, sa dépollution, la disparition de l’ensemble médical, la modification du nombre et de la typologie des logements… Son volet social, qui facilitait l’accession à la propriété et des locations abordables, est totalement absent.
Cette opération immobilière interroge la teneur des relations entre certains élus et des promoteurs privés. La défaite cinglante, aux élections municipales, de Laurent Péron n’est pas sans rapport avec son obstination à réaliser le projet. Le 10 novembre 2021, il signait l’acte d’acquisition alors qu’un recours restait engagé devant le Conseil d’État, prenant un lourd risque financier pour la collectivité.
La résidence Rosalie apparaît, aujourd’hui, comme une opération spéculative visant la plus grande rentabilité. Les prix au m2 ont explosé : de 2 500 € le m², on est passé, entre 7 700 € et 9 225 € le m² ! Une opération de luxe. En béton ! Ce matériau est l’un des plus gros contributeurs au réchauffement climatique et la principale cause de l’effondrement de la biodiversité
, rappelle l’architecte et militante écologiste Léa Hobson.
La municipalité très attentive à la conformité des travaux
Les élus de la métropole brestoise ont, aussi, délégué au groupe Océanic le soin de dépolluer cette zone : une poudrerie d’État puis des abattoirs municipaux l’avaient profondément souillée, y abandonnant des métaux lourds et des hydrocarbures.
Chiffrée à 1 M€, la dépollution a commencé en juin 2024. Sans aucune information sur sa maîtrise d’œuvre. Pour démonter que le chantier a été exécuté dans les règles, le groupe Océanic doit fournir à la mairie sa déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux (DAACT).
S’il avait affiché, lors de la campagne des élections municipales, son profond désaccord envers ce projet aberrant pour l’environnement
, le nouveau binôme à la tête de la mairie (liste citoyenne) ne compte pas se lancer dans une procédure contre un programme validé juridiquement ».
L’adaptation au changement climatique en question
Nous allons cependant actionner nos leviers pour s’assurer que le projet est le moins préjudiciable possible à l’environnement,
assurent le maire du Relecq-Kerhuon Erwan L’Eost et sa première adjointe Servane Metzger-Corrigou. Et qu’il devienne un lieu de vie utile et attractif, qui profite à tous les habitants, aux Kerhorres, plutôt qu’aux résidents aisés ou aux touristes seulement.
Sinon, la mairie pourrait refuser de délivrer un certificat de conformité. Et exiger du promoteur un audit indépendant démontrant qu’il a respecté toutes les exigences identifiées.Reste que le projet immobilier Rosalie se construit sur une zone submersible. Un risque de submersion marine amplifié par la montée des eaux liée au changement climatique. Ce qui inquiète les deux élus : La collectivité et les impôts des citoyens devront-ils payer, à l’avenir, le coût de l’adaptation au changement climatique comme les infrastructures de protection, des digues, contre la montée des eaux
? »
Arrivée des premiers occupants, commerces prévus… Où en est ce projet immobilier de luxe près de Brest ?
Huit ans après la délivrance du permis de construire, le projet polémique de La Cantine sort finalement de terre. Les grues vont bientôt quitter le front de mer, au Relecq-Kerhuon, et les premiers habitants sont attendus à l’été 2027. Parmi les commerces espérés, l’un est signé : Les Maraîchers, restaurant végétarien déjà présent à la Pam, à Brest, arrive au Moulin Blanc. Un article signé
Au Moulin-Blanc, le site a accueilli une poudrerie, un abattoir, une usine de surgelés… Et d’ici 2027, un ensemble immobilier de luxe les pieds dans l’eau. Au Relecq-Kerhuon, près de Brest, le projet de La Cantine a fait couler beaucoup d’encre depuis son lancement, en 2018. La résidence Rosalie entre aujourd’hui dans sa phase finale.
8 000 € le m²
La dépollution du site terminée, il reste désormais à achever le gros-oeuvre. La première grue partira en juillet 2026, et la seconde en septembre
, fait savoir Maïté Cadero, chargée de programme pour le groupe Océanic. Sauf aléa de chantier, les premiers occupants (la partie de la résidence côté Longchamp) arriveront d’ici un an, à la fin du premier semestre 2027, à l’été ou à la rentrée, et les derniers (côté Spadium), fin 2027.
Les logements sont situés en front de mer, au Moulin Blanc, côté Spadium. Coût moyen au m² : 8000 €. Certains appartements cinq pièces sont à vendre plus d’un million d’euros. | GROUPE OCÉANIC
Sur les 48 logements, du T2 au T6, au coût moyen de 8 000 € le m², 65 % ont été commercialisés.
C’est correct, par rapport au marché et à ce type de programmes, selon Patrice Azria, président du groupe, qui évoque la totalité des appartements du dernier étage vendus, à l’exception d’un T5. Profil type des acquéreurs de ces logements ayant tous vue mer :
Beaucoup de médecins, des cadres, et un peu de retraités qui habitent dans une grande maison sur la côte, et prévoient, pour leurs vieux jours, de se rapprocher de Brest. »+ Lire aussi : Projet de la Cantine au Relecq-Kerhuon : « Dans le contexte climatique, autoriser cette construction est irresponsable »
Une supérette toujours espérée
Quid des commerces, l’un des points clés du projet, dans ce secteur du Moulin Blanc peu doté ?
Dans un cahier des charges un peu harmonieux, on cherchait, pendant deux ans, une boulangerie, une brasserie, un supermarché, des commerces qui amènent de la vie sur la place publique, prévue également, rembobine Patrice Azria.
À ce stade, on a signé un restaurant, sur la partie est ».
Les Maraîchers, établissement végétarien implanté à la Pam, s’y installera, d’ici mi-2027, sur 150 m². On est également bien avancé sur un deuxième très gros restaurant (1 150 m² sur deux niveaux, dont 360 m² de surface extérieure), côté piscine, dans un esprit brasserie très abordable en rez-de-chaussée, avec quelque chose de plus élaboré à l’étage.
.
Mais si investisseurs et exploitants sont identifiés, les financements ne sont pas encore bouclés. Elena Azria, directrice du développement, précise donc que d’autres projets sont encore possibles
, dans ce bâtiment à la vue appréciable, depuis sa verrière sous plafond cathédrale.
Un restaurant de 1 150 m² sur deux niveaux, « vivant et festif », est annoncé également. | GROUPE OCÉANIC
Quels que soient les porteurs de projets, Patrice Azria, qui rêvait d’un Tour du monde bis, promet un lieu
vivant et festif. Les acquéreurs savent qu’ils seront dans une résidence dynamique, avec possiblement un peu plus de bruit le week-end. Des pistes sont également à l’étude pour un commerce de 200 m² , dans les métiers de bouche. Resteraient alors 500 m², dans laquelle une supérette est toujours espérée.
Ce serait très pratique, de pouvoir acheter un demi panier sur la route de Plougastel, observe Patrice Azria, assurant que
les quatre enseignes connues travaillent dessus, mais sans réponse formelle pour le moment.
Autre élément clé du projet, la place publique, d’environ 1 000 m² sera rétrocédée à la municipalité, chargée d’aménager (éclairage, blancs…) cette plateforme de béton. Mais la nouvelle équipe en place est très réservée sur ce projet, dénonçant, lors de la campagne « une aberration sociale et environnementale »
. On sait qu’elle s’interroge sur plein de choses, ça fait partie des débats
, répond Patrice Azria, qui évoque une prise de contact prochaine avec elle.
«Ce site a du potentiel pour la restauration» : les Maraîchers, à Brest, intègrent un projet immobilier en front de mer
Une résidence de standing est en construction sur le site de La Cantine, au Relecq-Kerhuon. Parmi les commerces prévus, un restaurant porté par Joseph Oulhen et ses trois fils, déjà à la tête des Maraîchers, à Brest, où ils servent une cuisine végétarienne. Un article signé
C’est le premier commerce annoncé au sein du projet immobilier de La Cantine, au Relecq-Kerhuon. D’ici l’été 2027, idéalement à temps pour les prochaines fêtes maritimes de Brest, Les Maraîchers s’installeront en rez-de-chaussée de cette future résidence de standing, en front de mer, au Moulin Blanc. Cet emplacement nous parlait beaucoup, il y a du potentiel pour la restauration !
, se réjouit Arthur Oulhen.
Les logements et commerce sont situés en front de mer, au Moulin Blanc, côté Spadium. | GROUPE OCÉANICLa cuisine végétarienne qu’il propose avec ses deux frères, Tom et Basile, ainsi que leur père, Joseph, est bien connue des clients de la Pam, où leur restaurant est installé depuis l’ouverture du tiers-lieu, début 2023. Au Relecq-Kerhuon, ils comptent proposer
un nouveau projet, sous un autre nom, les Lichouzes.Une terrasse vue merCes « gourmandises » y seront servies en continu, avec un service le midi et le soir, ainsi qu’une offre de coffee-shop et goûter. Tout cela
dans l’esprit de ce qu’on fait aux Maraîchers, en y ajoutant une offre de snacking de qualité, sur place et à emporter.Entre huit et dix personnes feront tourner ce nouveau point de vente, d’une surface d’environ 150 m2, plus 30 m² de terrasse, situé à l’extrémité est de la résidence (côté bar-tabac Longchamp).
Ce n’est pas le seul projet en cours de la famille, qui s’est également positionnée, dès le premier appel à candidature, sur une cellule au sein des futures halles gourmandes Saint-Louis, où sera proposée une gamme traiteur et snacking. Après un nouveau report, le bâtiment est censé ouvrir dans la foulée du restaurant du Relecq, en octobre 2027.Il y a un an, Les Maraîchers lançaient également une activité traiteur, dans un local dédié près du Phare de l’Europe.
À la Pam, on voit que pas mal de clients nous font confiance donc ça nous encourage à nous développer, sourit Arthur Oulhen.
Lire en complement le volumineux dossier consacré depuis 2015 par PrendreParti à l’histoire de ce Projet immobilier …
Brest : l’histoire du projet immobilier aberrant de La Cantine du Moulin Blanc …
