Un géant de l’île de Pâques chilienne veille sur la Vallée des Saints bretons …

Il s’appelle Mana Tapu Ao. Du haut de ses 6 mètres 20, ce géant Moaï veille depuis mi-octobre 2025 sur la Vallée des Saints de Carnoët dans les Côtes-d’Armor. Durant un mois, ce sont des mains bretonnes et chiliennes qui l’ont façonné sur le site costarmoricain. Le fruit d’un partenariat noué il y a 8 ans entre la Bretagne et l’île de Rapa Nui dans l’océan Pacifique …

 

EN IMAGES. Un géant de l’île de Pâques débarque dans la Vallée des Saints

Écrit par Valérie Chopin  pour France3 Bretagne le

Il s’appelle Mana Tapu Ao. Du haut de ses 6 mètres 20, ce géant Moaï veille depuis mi-octobre sur la Vallée des Saints de Carnoët dans les Côtes-d’Armor. Durant un mois, ce sont des mains bretonnes et chiliennes qui l’ont façonné sur le site costarmoricain. Le fruit d’un partenariat noué il y a huit ans entre la Bretagne et l’île de Rapa Nui dans l’océan Pacifique.

Les deux sites ont beau être distants de plus de 13.000 kilomètres, ils ont un point commun auquel tient beaucoup Sébastien Minguy, le directeur de la Vallée des Saints : « Tout le monde ici appelle la Vallée des Saints, l’île de Pâques bretonne ! Il s’avère qu’on a un vrai lien historique puisque c’est que le propriétaire du site costarmoricain qui, en 1786 a cartographié pour la première fois l’île de Pâques. C’est pour ça qu’on fait aujourd’hui le Moaï de la fraternité » explique-t-il, ravi de voir ses efforts de rapprochement se concrétiser.

Un Moaï chilo-breton

Ce géant de granit a été façonné par quatre sculpteurs : deux Bretons (Kito et Vincent Lemaçon) et deux Chiliens (Alberto Ika Araki, José Ika Sanchez). Et ce ne fut pas une mince affaire… Déjà du fait des dimensions de la statue en question : 6,20 mètres de hauteur, 10,1 tonnes pour le Moaï sans compter son « chapeau » (qui s’appelle un « pukao » autrement dit, chignon pour les Rapa Nui) de 3,5 tonnes et son socle de 8,8 tonnes.

Dessins du Moaï breton, la 208ème statue de la Vallée des Saints de Carnoët (Côtes d'Armor)
Dessins du Moaï breton, la 208ème statue de la Vallée des Saints de Carnoët (Côtes d’Armor) • © R. Massini / France 3 Bretagne

Une difficulté supplémentaire est lié aux échanges entre ces quatre sculpteurs de langues et cultures différentes, qui auraient pu constituer des freins à ce travail en commun : « On parle avec les mains, on est tous sculpteurs donc on se comprend très bien » sourit Kito Antoine. « Il suffit de faire un trait si on ne comprend pas. Tout passe. »

Tous ont néanmoins dû s’expliquer, échanger tant bien que mal pour avancer : « Je ne connaissais pas grand-chose » reconnaît Vincent Lemaçon. « Je me rends compte à quel point c’est compliqué et hypergéométrique. Un Moaï, en fait, c’est une multitude de facettes géométriques. »

Une vidéo de 1mn 53s à visionner par ici …
La 208ème statue de la Vallée des Saints ne représente pas un Moaï, mais un géant de l’île de Pâques dans le Pacifique. Sa place sera à l’entrée du site costarmoricain.©A. Conanec, R. Massini, R. Gurgand / France 3 Bretagne

Côté chilien, les Chiliens ne sont pas peu fiers de voir aujourd’hui un Moaï en Bretagne : « Le Moaï représente l’esprit de nos ancêtres » explique Alberto Ika Araki. « Réaliser ce travail ici c’est une grande fierté. De partager notre culture avec la France… »

Belle illustration de ce mélange : les yeux de Mana Tapu Ao. « Ce qu’il faut savoir c’est que chez nous l’œil est fait en corail, c’est pour cela qu’il doit être tout blanc ! » explique Alberto à Tito. La version bretonne, elle, est en marbre, blanc donc mais un peu différent…

L'oeil du Moaï breton n'est pas en corail comme les yeux des géants dans le Pacifique, mais en marbre.
L’oeil du Moaï breton n’est pas en corail comme les yeux des géants dans le Pacifique, mais en marbre. • © R. Massini / France 3 Bretagne

208ème statue… différente !

La 208ème statue de la Vallée de Carnoët ne symbolise pas un saint breton, contrairement aux 207 autres déjà installées. « Elle a un tout autre rôle » explique Sébastien Minguy.« Le Moaï va être mis à l’entrée du site, sur un espace dédié à Paul Antoine Fleuriot de Langle, le propriétaire du site qui a cartographié pour la première fois l’île de Pâques. Cela permettra aux gens de découvrir ce lien historique qui existe depuis plus de 230 ans. »

Lire aussi : La Vallée des Saints, déjà 10 ans et bientôt 100 statues

Le directeur de la Vallée des Saints s’amuse à rappeler que « quand on a créé ce projet de Vallée, en 2008 à Saint-Pol de Léon, on a appelé ça « l’île de Pâques du 3ème millénaire », mais ce n’est que dix ans après qu’on a découvert que ce site de Carnoët avait un véritable lien avec l’île de Pâques ! C’est assez fou… »

Maintenant que le chantier est achevé, le Moaï de la fraternité va effectuer un tour de Bretagne. Il rejoindra d’abord Brest et son jardin des explorateurs le 19 novembre, puis Quemper-Guézennec, en hommage au navigateur Paul Antoine Marie Fleuriot de Langle, avant un passage à Piré-Chancé, en Ille-et-Vilaine, puis Lorient, avant de trouver définitivement sa place, à l’entrée de la Vallée des Saints.

La Vallée des Saints de Carnoët dans les Côtes d’Armor compte désormais 208 statues, des saints et un Moaï.© R. Massini / France 3 Bretagne

« C’est un peu un rêve » : un moaï de l’île de Pâques a pris place à la Vallée des Saints

Un moaï de l’île de Pâques décore désormais la Vallée des Saints, à Carnoët (Côtes-d’Armor). Fruit d’un long partenariat entre la Bretagne et l’île chilienne, cette sculpture géante a été construite par deux Rapa Nui et deux Bretons. Une cérémonie de fermeture s’est déroulée vendredi 17 octobre 2025, en présence d’une délégation chilienne.

La fin du chantier de moaï, réalisé par deux sculpteurs Rapa Nui et deux sculpteurs Bretons, a été célébrée vendredi 17 octobre 2025, à la Vallée des Saints, à Carnoët (Côtes-d’Armor).
La fin du chantier de moaï, réalisé par deux sculpteurs Rapa Nui et deux sculpteurs Bretons, a été célébrée vendredi 17 octobre 2025, à la Vallée des Saints, à Carnoët (Côtes-d’Armor). | OUEST-FRANCE

« C’est un peu un rêve », admet Sébastien Minguy, le directeur général de la Vallée des Saints, ce site de 200 sculptures situé à Carnoët (Côtes-d’Armor) et surnommé « la petite île de Pâques ». Après plus de sept années de préparation et un court mois de chantier, le moaï chileno-breton est debout. Ce Moaï de la Fraternité – Mana Tapu Ao, comme il a été intitulé, fait 6,20 m de haut et est taillé entièrement en granit, à l’exception de ses yeux, lesquels sont en marbre.

« Aujourd’hui, c’est un moment très important pour la diversité culturelle : nous travaillons pour que les jeunes Bretons et les jeunes Rapa Nui puissent échanger. C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source », a ainsi déclaré Luis Ramirez, président de l’association Breizh Chile Rapanui.

Lire aussi : Les chercheurs continuent à faire parler les statues géantes de l’île de Pâques sur France 5

Le bloc rose sur la tête du moaï de la Vallée des Saints (Côtes-d’Armor) n’est pas un chapeau mais un « pukao », un chignon. | OUEST FRANCE

« Je remercie tous ceux qui ont sculpté le visage de nos ancêtres »

Quelques semaines plus tôt a eu lieu la cérémonie d’ouverture du chantier, menée par les deux sculpteurs Rapa Nui, Alberto Ika Araki et José Ika Sanchez, arrivés à la Vallée des Saints au début du mois de septembre.
« On a remercié et sollicité les esprits pour qu’ils nous autorisent à faire le moaï. Si on ne ferme pas aujourd’hui, la légende dit qu’il peut arriver des malheurs », explique Kissy Ika Chavez, représentante de la municipalité de Rapa Nui, et fille de José Ika Sanchez.

Les géants emblématiques de l’Île-de-Pâques, faits en pierre volcanique, sont plus que des sculptures, ils représentent des personnages sacrés. | OUEST FRANCE

À la suite des discours et d’un chant traditionnel Rapa Nui, la délégation venue de l’île de Pâques a entamé son rituel. Après avoir brassé un feu avec de la terre, un représentant d’une communauté autochtone a remercié « tous ceux qui ont sculpté le visage de nos ancêtres ». Invitant ensuite la foule à se tenir la main, il a remercié les esprits, Dieu et la pierre d’avoir accepté d’être sculptée. « Chacun va prendre un morceau de patate douce et de poulet pour que le mana, la puissance, entre en nous », a-t-il ensuite proposé.

Une importante délégation Rapa Nui a traversé l’Atlantique pour découvrir le moaï de la Vallée des Saints (Côtes-d’Armor). | OUEST FRANCE
Des patates douces, du poulet et du porc ont été distribués au public venu assister à la cérémonie de clôture. | OUEST FRANCE

« On ne connaissait pas les moaï et les Rapa Nui ne connaissaient pas le granit »

« Il est réussi, parce qu’il ressemble à mon petit frère », rigole Kissy Ika Chavez au pied de la statue. Orné d’un pukao, un chignon, en granit rose de 3,8 tonnes, le moaï a les yeux tournés vers le ciel. Derrière son buste de plus de 11 tonnes, plusieurs symboles Rapa Nui sont gravés dans la pierre : la pluie, le soleil et l’arc-en-ciel.

« Un moaï, ça se travaille de façon géométrique, il doit être très symétrique », enseigne Vincent Lemaçon, qui a passé un mois à travailler sur le moaï avec son confrère français, Christophe Antoine, dit Kito, et les deux Rapa Nui. « Au début, sur l’énorme bloc de granit, on a tracé des lignes et on a beaucoup mesuré. C’était très éprouvant physiquement, on travaillait tous les jours », développe le sculpteur, qui a fignolé les derniers détails la veille, à 19 h. « C’était très émouvant, confie Vincent Lemaçon. On ne connaissait pas les moaï et les Rapa Nui ne connaissaient pas le granit, on s’est aidés mutuellement. C’était un vrai challenge. Et pour les Rapa Nui aussi, car sur leur île, ils ne peuvent plus sculpter des moaï géants, car ils n’ont plus le droit d’extraire le basalte. »

Un feu avait été allumé pour remercier les esprits. | OUEST FRANCE

«  Nous qui recevons 50 % de visiteurs venus d’autres régions de France, d’Europe mais aussi du monde entier, on souhaite que le moaï soit le gardien de l’entrée pour les temps à venir », a promis Sébastien Minguy. Il voyagera vers Brest (Finistère) le 19 novembre, avant d’atterrir à Quemper-Guézennec (Côtes-d’Armor), en hommage au navigateur Paul Antoine Marie Fleuriot de Langle, puis à Piré-Chancé (Ille-et-Vilaine) et à Lorient (Morbihan).

Financé par la fondation du groupe Aéroports de Paris, qui possède entre autres l’aéroport de Santiago, la capitale du Chili, ce projet a aussi été soutenu par 35 donateurs privés et recherche toujours des dons.