Léonore Moncond’huy, maire issue du mouvement « Poitiers Collectif »

Elle fait partie des maires élus lors de la « vague verte » du 28 juin : l’écologiste Léonore Moncond’huy, 30 ans, a mis fin à plus de 40 ans de socialisme en devenant maire de Poitiers. Jeune mais pas nouvelle en politique, elle est issue du mouvement « Poitiers Collectif » qui vise la réappropriation des institutions locales par les habitants … Objectifs : faire de la politique autrement, avec des outils de fonctionnement démocratiques et transparents. 

Élue maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy s’est adressée aux Poitevins devant la mairie. Une vidéo de 8’18 »  réalisée par La Nouvelle République

Elections municipales à Poitiers : « Les gens ont envie de politique et d’écologie, mais plus des formes traditionnelles des partis », estime Léonore Moncond’huy

INTERVIEW A 30 ans, Léonore Moncond’huy (EELV) a renversé le maire sortant de Poitiers Alain Claeys et mis fin à 43 ans de règne du Parti socialiste dans la ville
Propos recueillis par Mickaël Bosredon pour 20 minutes.fr

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Léonore Moncond'huy, maire EELV de Poitiers (Vienne)
Léonore Moncond’huy, maire EELV de Poitiers (Vienne) — ©Yann Gachet, ville de Poitiers

Elle a été la toute première surprise de la soirée du deuxième tour des municipales du 28 juin dernier. Dès 19h30 ce dimanche soir, le maire sortant de Poitiers Alain Claeys (PS), en place depuis 2008, reconnaissait sa défaite. Une très lourde défaite. Léonore Moncond’huy, tête de liste EELV de Poitiers Collectif, mettait ainsi fin à 43 ans de règne du Parti socialiste dans cette ville de 90.000 habitants. Surtout, son résultat n’était que le premier  de la vague verte historique qui allait déferler sur plusieurs grandes villes de France ce soir-là.

Agée de 30 ans, Léonore Moncond’huy a grandi à Poitiers, avant de partir quatre années à Paris, pour réaliser deux ans à Sciences-Po puis deux ans dans un master de coopération internationale, secteur dans lequel elle travaillait comme coordinatrice de projets jusqu’à son élection. Conseillère régionale depuis 2015, elle est aussi présidente du groupe écologiste de Nouvelle-Aquitaine. « Cela m’a donné l’expérience des compromis, inhérents à l’exercice des responsabilités » dit-elle.

Mais elle insiste surtout sur son « engagement en faveur de l’éducation populaire », et rappelle fièrement son adhésion « depuis l’âge de 11 ans dans un mouvement de scoutisme, qui porte l’ouverture d’esprit. »
Alors que se joue ce vendredi le troisième tour de l’élection, à savoir l’élection à la communauté urbaine du Grand Poitiers, 20 Minutes a interrogé celle qui a été l’une des grandes sensations de ces municipales de 2020.

Votre victoire à Poitiers a surpris beaucoup de monde, vous aussi ?

Ce qui m’a surprise surtout, c’est la netteté du résultat (42,85 % des voix en sa faveur, contre 35,6 % pour Alain Claeys). On pensait que ce serait très serré, dans un sens comme dans l’autre, mais la victoire a été assez nette. Cela s’explique par une dynamique lancée depuis deux ans, avec un fort ancrage local et un travail de réseau. On avait aussi un réservoir de voix à gauche. Et puis, sur la fin de la campagne nos adversaires ont voulu donner de nous une image erronée, nous caricaturer avec un côté extrême gauche, finalement cela nous a plutôt été bénéfique.

Vous cochez toutes les cases du renouveau de la classe politique en France, non ?

C’est vous qui le dites ! Pour moi, le renouveau de la classe politique en France c’est surtout avoir une démarche citoyenne. Je suis maire de Poitiers aujourd’hui, mais la démarche dont je suis issue s’appelle Poitiers Collectif, qui s’inscrit dans le mouvement des villes municipalistes (qui vise la réappropriation des institutions locales par les habitants), qui veut faire de la politique autrement, avec des outils de fonctionnement démocratiques, transparents. Dans notre mouvement, plus de la moitié de nos candidats n’était pas adhérents d’un parti politique. On veut s’émanciper de la logique nationale des partis, et je pense que ce genre de fonctionnement très ouvert correspond à un besoin citoyen. C’est comme cela qu’on fera revenir les gens à la politique, parce que beaucoup de gens ont envie de politique et d’écologie, mais n’ont plus envie des formes traditionnelles des partis.

Le mouvement écologiste a été plébiscité durant ces municipales, mais surtout dans les grandes villes quand même ?

L’écologie a gagné la bataille culturelle et les esprits, en milieu rural aussi. La vague verte se manifeste effectivement essentiellement dans les grandes villes, mais dans une grande partie des petites communes, l’écologie est aussi au cœur des projets municipaux, sans que ce soit forcément EELV derrière.

La prochaine bataille, c’est la communauté urbaine, dont les élections se déroulent ce vendredi. Finalement, n’est-ce pas là que tout se joue ?

Ces élections à la communauté urbaine nous occupent beaucoup en effet. J’ai fait le choix de ne pas me présenter à la présidence, car nous portons aussi un projet collectif pour la gouvernance de cette communauté urbaine. Il y a 40 communes et on veut rompre avec cette habitude qui veut que le ou la maire de Poitiers soit aussi le président du Grand Poitiers. Donc nous soutenons Florence Jardin (la maire socialiste de Migné-Auxances), et je viserai une vice-présidence. Nous voulons un fonctionnement plus partenarial.

Parmi les premières mesures que vous voulez mettre en place, quelles sont les grandes priorités ?

Il y a l’urgence, qui est la gestion de la crise. Nous portons des mesures économiques à l’échelle de la communauté urbaine, avec un objectif de zéro perte d’emploi, en nous saisissant des moyens donnés par l’Etat. Nous allons prendre des actions en faveur des publics les plus démunis aussi, et dès cet été on aimerait mettre en place un programme de vacances pour tous à Poitiers, ainsi qu’une animation de la ville. Parallèlement, il faut engager les plans structurants à l’échelle du mandat : un plan sur la mobilité, sur la transition énergétique pour viser un patrimoine municipal à énergie positive.

Sur la mobilité, vous voulez restructurer les transports du Grand Poitiers, cela passe par quoi au juste ?

Nous voulons que chaque habitant du Grand Poitiers ait une alternative à la voiture individuelle. Cela passe par l’extension du réseau de bus, car les communes sont très mal desservies, il faut aussi travailler sur le vélo, et nous voulons un réseau ferroviaire en étoile autour de Poitiers. Sur le plan vélo, nous voulons nous appuyer sur ce que fait Chambéry, qui consacre 22 euros par an et par habitant au vélo, pour améliorer la sécurité des pistes cyclables, et créer de nouvelles pistes, notamment entre la gare et le centre-ville, l’université, le Futuroscope… Nous voulons penser la ville en fonction des usages du vélo.

Que dites-vous aux secteurs économiques, comme celui de la promotion immobilière, qui sont inquiets de cette vague verte dans les grandes villes ?

A ceux qui ont peur d’un projet écologiste, je dis que l’on peut concilier un projet ambitieux sur les questions environnementales tout en proposant un projet économique sérieux. Sur l’immobilier, nous portons un projet de sobriété foncière, parce qu’il faut protéger les terres agricoles, et parce que chaque fois que l’on construit une zone commerciale, on menace le commerce de proximité. Est-ce que ça veut dire qu’on menace le secteur du bâtiment ? Pas du tout. Nous soutenons la requalification des friches industrielles, pour rénover un bâtiment existant, plutôt que de construire sur un terrain nu. Nous aurons donc toujours besoin de chantiers et de corps artisanaux. Mais pour cela, il faut rendre moins chère la requalification des friches, et cela passe par la mobilisation de fonds régionaux et européens.


Qui est Léonore Moncond’huy, la nouvelle maire écologiste de Poitiers ?

Elle fait partie des maires élus lors de la « vague verte » du 28 juin : l’écologiste Léonore Moncond’huy, 30 ans, a mis fin à plus de 40 ans de socialisme en devenant maire de Poitiers. Jeune mais pas nouvelle en politique, la nouvelle édile affiche pragmatisme, et sens du collectif.

À 30 ans, Léonore Moncond'huy est devenue la première femme maire de Poitiers.
À 30 ans, Léonore Moncond’huy est devenue la première femme maire de Poitiers. © Maxppp / PHOTOPQR/LA NOUVELLE REPUBLIQUE

Elle était la première « surprise de la netteté de la victoire« , le 28 juin. Au soir du second tour des élections municipales à Poitiers, la liste écologiste « Poitiers Collectif » menée par Léonore Moncond’huy l’emporte avec près de 43% des voix, et mille voix d’avance sur le maire socialiste sortant Alain Claeys, en poste depuis 2008. Plus encore, c’est un bastion socialiste depuis 1977 qui tombe entre les mains des écologistes. Léonore Moncond’huy devient donc à 30 ans maire de cette ville de près de 90.000 habitants. Et s’amuse de l’attention médiatique nationale que cela provoque : « ça place Poitiers sur la carte !« , se réjouit-elle.

Fille d’enseignants, elle est née et a grandi à Poitiers. Elle y commence ses études, une licence de lettres, et ne quitte sa ville que pour poursuivre son parcours académique à Paris : Sciences Po pour un premier master en affaires publiques, un second à l’université Paris V en coopération internationale. Un parcours somme toute classique, pour une femme politique ? Si elle reconnait que Sciences Po est un « label important« , Léonore Moncond’huy préfère mettre l’accent sur son parcours associatif et militant.
Son premier engagement dit-elle, bien avant la politique, c’est « l’éducation populaire« , à travers le scoutisme, dès le plus jeune age, un mouvement dans lequel elle est toujours engagée. Elle s’investit ensuite dans les instances lycéennes, puis universitaires, elle fait partie du conseil communal des jeunes à Poitiers. L’engagement va jusqu’au milieu professionnel, puisqu’elle travaille notamment à l’Unicef, sur le thème du développement de l’éducation dans le monde. Alors plus que le goût de la politique, Léonore Moncond’huy assure avoir « l’envie d’agir, d’avoir la possibilité de faire changer les choses. »

Engagée depuis 5 ans chez EELV

La nouvelle maire de Poitiers, encartée chez Europe-Ecologie-Les Verts, n’a d’ailleurs pas toujours été fan des partis politiques, « une forme enfermante » pense-t-elle. Du moins jusqu’en 2015, où elle franchit le pas. Elle s’engage chez Europe-Ecologie-Les Verts, qui lui propose d’être tête de liste dans la Vienne pour les élections régionales en Nouvelle-Aquitaine. « On m’a fait confiance », répète celle qui à l’issue de la victoire de la liste d’union de la gauche, devient présidente du groupe écolo à la région. « On m’a donné une place sans que j’ai eu à faire mes preuves avant. J’ai vraiment apprécié cette attitude d’ouverture. »

Une ouverture qui lui permet une liberté revendiquée, celle notamment de lancer en 2018 avec d’autres l’aventure « Poitiers Collectif », « une démarche citoyenne, avec une logique d’indépendance vis-à-vis des partis« , affirme Léonore Moncond’huy, qui semble toujours préférer le « nous » au « je« , et qui estime que son rôle est de « faire des ponts » entre des citoyens hors des partis, et les structures traditionnelles. Une façon de faire qui selon elle a clairement contribué à sa victoire.

Pragmatique

Même si elle ne semble pas aimer le terme, la nouvelle maire de Poitiers affiche un certain pragmatisme lorsqu’il s’agit de se tourner vers les jours et semaines à venir. D’abord parce qu’il faut s’occuper d’une autre élection, plus politicienne, à l’échelle communautaire. « Une grande partie du programme sur lequel on a été élu ne pourra être mis en place que si on a une majorité aussi au conseil communautaire. Ça prend énormément de temps« , souffle Léonore Moncond’huy. Si elle se dit impatiente de pouvoir démarrer concrètement son mandat, elle est lucide sur les circonstances : « les premières semaines seront encore marquées par la crise« , prédit la maire qui sait qu’elle devra « accorder la priorité à la solidarité et à l’économie, car la crise a fragilisé beaucoup de familles. » L’édile pense aussi à ses administrés qui ne pourront pas partir en vacances, et souhaite mettre en place certaines activités, « comme des spectacles de rue, ou des marchés éphémères« .

Consciente du moment, et consciente aussi du temps que prendront certaines mesures : « les mesures écologiques ne sont pas celles qui se verront le plus rapidement. Un plan vélo ça ne se fait pas en trois mois« , concède Léonore Moncond’huy.

« Nous n’avons jamais fait de la jeunesse un argument de campagne »

Désormais plus jeune maire d’une ville de plus de 80.000 habitants, Léonore Moncond’huy sait qu’elle incarne le renouvellement. Mais elle insiste : « nous n’avons jamais fait de la jeunesse un argument de campagne. » En revanche, elle aimerait en un sens faire office d’exemple : « si notre démarche peut entrainer d’autres jeunes qui veulent s’engager en politique, d’autres femmes aussi, c’est tant mieux. Ce n’était pas l’objectif à la base, mais c’est tant mieux si ça peut avoir cet effet là. »

Élue formellement maire par le conseil municipal vendredi, Léonore Moncond’huy s’installera pour la première fois dans son bureau de maire de Poitiers ce lundi, consciente qu’elle devra pour les six prochaines années faire des sacrifices : « il y a plein de choses auxquelles je vais devoir renoncer. Mon travail, d’abord. Et puis j’aime beaucoup les langues étrangères. J’étudiais l’arabe, et là je crains de devoir arrêter, même si ce sera un crève-cœur, on ne peut pas tout faire« , sourit-elle.


Léonore Moncond’huy, du scoutisme à la mairie de Poitiers

Par Nicolas Massol pour Libération du
Leonore Moncond’huy. Photo Claude Pauquet. VU

La victoire de Léonore Moncond’huy fait remonter des souvenirs de cinéma. Dans M. Smith au Sénat de Frank Capra, un jeune scout idéaliste et un brin naïf, incarné par James Stewart, se voit propulsé au Congrès où il a l’intention de défendre son projet de colonie de vacances en pleine nature. Elue dimanche à la mairie de Poitiers, Léonore Moncond’huy, qui a fêté ses 30 ans pendant le confinement, est toujours administratrice régionale des Eclaireuses et Eclaireurs unionistes de France. Et dans son programme figure «le droit aux vacances pour tous». Mais «le scoutisme est une pédagogie qui pousse à prendre des responsabilités» pas un havre de naïveté, explique l’édile à Libération. Et de fait, la tombeuse d’Alain Claeys, dernier maire d’un bastion conquis en 1977 par le PS, n’a pas l’air ahuri tombé de la lune de James Stewart. «J’ai coché toutes les cases de l’engagement militant», reconnaît-elle.

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Ça débute par le scoutisme, puis les manifs au lycée, le service civique, un master d’affaires publiques à Sciences-Po Paris. Elle devient coordinatrice de projets pour l’Unicef, est embauchée par EE-LV pour les municipales de 2014 et rempile l’année suivante pour les régionales cette fois sur la liste : 25 ans, profil société civile. Elle est élue et s’encarte dans la foulée chez les Verts. «Je suis passée de l’autre côté, mais j’ai toujours eu à cœur d’être un pont entre militants et société civile», se justifie-t-elle. A la région, elle obtient une délégation à la vie associative et au volontariat. «Quand elle est arrivée, c’était déjà une militante aguerrie en matière d’écologie», se souvient un de ses collègues PS. «Elle avait des réseaux solides dans le monde associatif, renchérit Alain Rousset, président du conseil régional. Elle s’est fait beaucoup de contacts grâce à son mandat.» Sur sa liste, on trouve les militants associatifs par grappes. Et beaucoup de profs. «Notre succès, c’est d’avoir su mobiliser les méthodes de l’éducation populaire dans une campagne politique», veut-elle croire. Construire un collectif, agiter les mains au lieu d’applaudir, organiser une élection sans candidat : la nouvelle édile connaît les codes de la participation citoyenne.

Lorsque Libération l’avait rencontrée la première fois, à une grosse semaine du second tour, Léonore Moncond’huy était loin d’une posture triomphale. L’alliance avec l’autre liste de gauche avait capoté, certains à droite commençaient à manifester leur soutien à Claeys, arrivé en tête le 15 mars. La tête de liste verte jouait, elle, sur le mode du «on a déjà gagné, on a créé un beau collectif». Comme si l’aventure était déjà allée au-delà de ses espérances. «Je ne m’attendais pas à une telle victoire», confesse-t-elle : près de 43 % face à un baron et en triangulaire puisque LREM avait fait le choix de se maintenir. La vague verte ? Oui mais «la politique nationale a assez peu de sens à l’échelle locale». Macron et la Convention citoyenne ? «Clairement, il a raté le coche de l’écologie.» Mais elle préfère le mot «alternative» à «opposante» – son côté scout. Elue maire, elle ne brigue pas la gouvernance de l’agglomération, cherchant un maire du Grand Poitiers à qui proposer le job – son côté collectif, vivement critiqué pendant la campagne. Mais comment changer les choses sans avoir la main sur la mobilité, l’eau, la gestion des déchets ? «On aura une minorité de blocage, tempère-t-elle, rien ne pourra se faire sans nous.» Dimanche, elle a reçu des messages de «tout le monde». De Yannick Jadot mais pas encore d’Eric Piolle. Chaque chose en son temps.

Nicolas Massol

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