Grève des Dockers dans plus de 100 ports européens contre la militarisation …

Une centaine de ports maritimes étaient en activité réduite le 30 octobre dans pas moins de 22 pays. En cause : un appel à la grève lancé initialement par le Conseil européen des dockers, notamment en Turquie en Inde ou au Maroc. Un mouvement international qui vise à s’opposer à la guerre et à la militarisation grandissante des infrastructures portuaires …

« Nos ports sont utilisés comme des pions dans des conflits géopolitiques » : pourquoi les dockers français et européens sont en grève

Les personnels ont déclenché une mobilisation de 24 heures pour protester contre la militarisation des ports, contre le budget du gouvernement et pour soutenir la grève nationale du 5 novembre. Un article rédigé par franceinfo avec AFP 

 Un terminal du port de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le 30 octobre 2026. (THIBAUD MORITZ / AFP)
Un terminal du port de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le 30 octobre 2026. (THIBAUD MORITZ / AFP)

En France, ils « vont être à l’arrêt à 95% ». Les ports sont perturbés, vendredi 30 octobre, par une grève de vingt-quatre heures des dockers(Nouvelle fenêtre), à l’appel de la Fédération nationale des ports et docks CGT, qui représente près de 90% des salariés du secteur. Aucun chargement ou déchargement ne doit être effectué, selon la consigne.

Quelque 14 000 travailleurs, dont 7 500 dockers, sont concernés par l’appel à la grève à Dunkerque, Calais, Boulogne-sur-Mer, Le Havre, Rouen, Paris (Haropa), Cherbourg, Saint-Malo, Roscoff, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne, Port-Vendres, Sète, Fos-sur-Mer, Marseille, Toulon, Nice, Bastia, Ajaccio et sur l’île de La Réunion. Le mouvement concerne également d’autres pays européens, comme la Grèce et l’Italie. Franceinfo revient sur les raisons de cette mobilisation.

Une protestation contre la militarisation des ports

Le premier appel à la grève pour vendredi a été lancé dans un cadre européen, par l’European Dockworkers Council (EDC), et au niveau international par d’autres fédérations de dockers, notamment en Turquie et Inde. « La récente stratégie des ports de l’Union européenne confirme une tendance inquiétante vers la déréglementation, la militarisation de nos infrastructures et la soumission de nos droits de travail aux intérêts de l »économie de la guerre' », a expliqué l’EDC sur Facebook.

Dans sa stratégie maritime industrielle de l’UE(Nouvelle fenêtre) adoptée le 4 mars, la Commission évoque en effet la « forte dimension militaire » du secteur. « Le coût et le conditionnement de l’envoi de matériel militaire sont bien moindres par la mer que par transport aérien », explique à France 3 Normandie(Nouvelle fenêtre) Florian Manet, expert en gouvernance et sécurité maritime. « Les Etats européens doivent être prêts à pouvoir se projeter militairement en cas de besoin. »

Les syndicats européens s’opposent à un projet qui favorise la « mobilité militaire », en facilitant le transit de matériel de défense via les infrastructures civiles de transport. « Nous ne pouvons pas permettre que nos ports soient utilisés comme des pions dans des conflits géopolitiques », défend l’EDC. Les représentants syndicaux de 35 ports européens ont ainsi signé, le 19 mai à Istanbul (Turquie), une déclaration commune pour refuser que les dockers « deviennent un lien dans la chaîne des guerres ». La déclaration appelle aussi à « l’arrêt immédiat du génocide à Gaza », ajoute dans La Marseillaise(Nouvelle fenêtre) Serge Coutouris, secrétaire général adjoint de la Fédération CGT des ports et docks.

Une opposition au budget du gouvernement

La CGT conteste des mesures du projet de budget du gouvernement français. Elles « détruisent nos systèmes de solidarité », affirme le syndicat dans un communiqué. « Le futur projet de budget Lecornu, qui souhaite imposer de nouveaux efforts au peuple français, illustre parfaitement les orientations antisociales et antidémocratiques pendant que les dividendes des actionnaires augmentent à coups de milliards », peut-on encore lire dans le communiqué de la Fédération nationale des ports et docks CGT.

Un soutien à la grève nationale du 5 novembre et à la jeunesse

Les dockers ont aussi annoncé s’associer à l’appel national à la grève, le 5 novembre, lancé par la CGT et toutes les grandes centrales syndicales du privé et du public. Ils réclament « l’augmentation du smic« , des « augmentations de salaires et non des primes non cotisées », et affirment se mobiliser pour « l’avenir du service public d’éducation », la Sécurité sociale, les hôpitaux et les retraités.

Le syndicat fait également part de son soutien à la mobilisation des lycéens et étudiants. « Le président de la République et son gouvernement, complices du système capitaliste, utilisent une fois de plus la répression par la force et la violence, contre la jeunesse qui exprime à juste cause son besoin d’un avenir meilleur », écrit encore la CGT Docks.


Les ports européens perturbés par une grève des dockers mobilisés contre le transit d’armements

Une centaine de ports maritimes sont en activité réduite ce 30 octobre dans pas moins de 22 pays. En cause : un appel à la grève lancé initialement par le Conseil européen des dockers, et au niveau international par d’autres fédérations de dockers, notamment en Turquie en Inde ou au Maroc. Un mouvement international qui vise à s’opposer à la guerre et à la militarisation grandissante des infrastructures portuaires. Publié par RFI le 

Port du Havre, le 30 octobre 2026.
Port du Havre, le 30 octobre 2026. AFP – GUILLAUME SALIGOT

Au Havre, dans le nord-ouest de la France, il n’y avait aucun camion devant les deux portes d’entrée du port ce vendredi 30 octobre, a constaté l’AFP. « Il n’y a ni chargement ni déchargement », a affirmé François Brisot, secrétaire général CGT des travailleurs portuaires du Havre. Haropa Port, qui gère Le Havre et Rouen, affirme pourtant que les impacts sur l’activité sont limités, avec une escale de navire de croisière annulée et huit escales retardées au Havre, premier port français pour le trafic de conteneurs.

À Dunkerque, le terminal à conteneurs n’est pas touché par la grève. En revanche, les terminaux pour le vrac, les liquides divers, les carburants ou d’autres marchandises non transportées en conteneurs, sont totalement bloqués. Au port de Nantes Saint-Nazaire, dans l’ouest, « neuf navires étaient à quai (…) et n’ont pas pu être traités », ont relevé les autorités portuaires, en notant que la grève a été annoncée « très en amont » et que le trafic maritime s’est « ​​​​​​​organisé en conséquence ».

Le transit de matériel militaire en ligne de mire

À l’origine de la mobilisation des dockers, il y a ce projet de règlement européen qui prévoit de faciliter le transit de matériel de défense via les infrastructures civiles de transport. « L’Europe se penche dans le cadre du renforcement de sa défense et de sa protection, en lien avec l’Otan, sur toute la partie logistique qui permettrait en cas de problème de pouvoir beaucoup plus rapidement que ce n’est possible aujourd’hui d’acheminer des renforts sur le flan Est pour tenir nos camarades russes en respect », estime Vincent Groizeleau, rédacteur en chef du magazine Mer et Marine.

La CGT dénonce une « militarisation des ports »

En France, le syndicat de la CGT dénonce une « militarisation des ports » qui s’organise selon eux sous l’impulsion de la Commission européenne. La CGT, dont la représentativité est de 95% parmi les dockers qui chargent et déchargent les marchandises, et de 87,5% parmi l’ensemble des salariés de la manutention portuaire au niveau national, refuse que le travail des dockers contribue matériellement à des opérations militaires ou à l’envoi de matériel dans des zones de conflit. Lors d’une déclaration signée le 19 mai à Istanbul, les représentants syndicaux de 35 ports européens avaient affirmé leur refus que les dockers « deviennent un lien dans la chaîne des guerres ». Ce mouvement international est aussi l’occasion de dénoncer « ​​​​​​​les conditions de travail » dans le secteur et réclamer des hausses de salaires.