Clin d’oeil à la mobilisation lycéenne contre la loi Debré en 1973 …

Octobre 2026, les lycéen.nes se battent  pour pouvoir étudier dans des conditions décentes … « Foi d’ancien « meneur », c’est plutôt rassurant en ces temps troublés de voir défiler dans la rue cette jeunesse volontaire, antifasciste et joyeuse. » L’écrivain Hervé Bellec se souvient de son engagement de lycéen breton contre La Loi Debré qui visait, en 1973, à supprimer les  sursis militaires … 

Le témoignage de l’écrivain Hervé Bellec, l’un des meneurs en 1973 de la mobilisation lycéenne à Rostrenen pour le maintien , des sursis militaires …

Manif lycéenne à Rostrenen en 1973 ( Hervé est au deuxième rang, entouré de ses potes)

« Au printemps 1973, mes parents ont reçu une lettre du lycée où j’étais alors en classe de première. Elle commençait ainsi : « Il semblerait que votre fils fasse partie des meneurs lors des récentes manifestations qui ont fortement perturbé la vie de l’établissement.»

Avec une dizaine de comparses, j’étais proprement viré du bahut à moins que, précisait la lettre, à moins que je fasse amende honorable. Il va sans dire que l’ambiance à la maison s’en est également trouvée fortement perturbée. Les parents avaient dû s’humilier sous le diktat du directeur pour me réintégrer. Nous étions dans une institution catholique du centre-Bretagne et c’était sans doute la première fois que les curés qui nous encadraient assistaient à une grève lycéenne qui pour eux tenait du blasphème. De mémoire d’homme, la paisible ville de Rostrenen n’avait jamais connu de tels débordements. Je ne sais pas si à l’époque on utilisait le mot « débordement » mais en tout état de cause, les poubelles étaient encore en fer et il eut été plus difficile de les brûler pour bloquer les rues. On se contentait de bottes de paille.

Michel Debré, alors ministre d’État sous le règne de Pompidou et que les caricaturistes affublaient automatiquement d’un entonnoir sur la tête, proposait de limiter le sursis militaire pour les étudiants, ce qui mit illico le feu aux poudres. Notre slogan préféré était alors « Le sursis, on s’en fout, on veut pas d’armée du tout ». Il y avait aussi « Debré, ah si ta mère avait connu l’avortement ! », rapport au débat sur l’IVG qui enflammait à la même époque les consciences. Disons le franchement : on s’est bien marré !

Le ministre de l’intérieur était alors Raymond Marcellin, par ailleurs ancien vichyste et maire de Vannes, et sa méthode se résumait à l’utilisation massive de la matraque sur le crane de ceux que de Gaulle regroupait élégamment sous le terme générique de « Chienlit ». Pour ma part, j’ai évité les coups mais c’est tête basse et cœur gros que j’ai repris le droit chemin. J’ai eu mon bac l’année suivante, mention AB s’il vous plaît. La Révolution attendrait.

Je lis les journaux, je jette un œil dans la rue, je respire l’acre fumée de la colère. Les lycéens et les lycéennes se battent aujourd’hui pour des conditions d’études qui soient correctes, contre des classes surpeuplées et pour des chiottes décentes. L’avenir leur fout les jetons et je les comprends, oui je les comprends ! Parcoursup est un labyrinthe obscur, les algorithmes font désormais la loi, mais si la réponse des gouvernants n’a guère changé depuis 1973, les forces de l’ordre ont fait en revanche de sérieux progrès question équipement. On les croirait tout droit sortis d’un jeu vidéo, genre RoboCop.
Cette bonne vieille matraque a été remplacée par des grenades assourdissantes, des tasers… et on l’a vu, ces armes mutilent et parfois tuent.
Je sais, les violences engrangent les violences et la casse ne sert à rien mais, foi d’ancien « meneur », c’est plutôt rassurant en ces temps troublés de voir défiler dans la rue cette jeunesse volontaire, antifasciste et joyeuse. »
Hervé Bellec,
le 11 octobre 2026 ( source facebook, c’est par ici … )
+ Parmi les commentaires suscités par ce post, celui de Carole : « Je la trouve rassurante cette jeunesse qui se bat pour pouvoir étudier dans des conditions décentes.
Je la trouve rassurante cette jeunesse qui se bat contre le fascisme et le racisme…, alors que l’on essaie de nous faire croire qu’elle vote pour un âne antisémite parce qu’il mange des bonbons sur tic-toc
Je la trouve rassurante cette jeunesse, qui au contraire, nous montre son intelligence et ses valeurs
Je suis effrayée par cette police qui mutile sa jeunesse
Et encore plus effrayée par un état qui ne soutient pas cette jeunesse, avenir de la nation, et glisse allègrement dans des méandres nauséabonds »

Même détermination en mars 1973 dans les rues de Brest : les meneurs de l’époque reconnaîtront leurs écritures …


La mobilisation lycéenne contre la loi Debré en 1973

Proposé par Institut national de l’audiovisuel
Date de diffusion : 21 mars 1973

Contexte historique

Au printemps 1973, les lycéens se mobilisent contre la suppression des sursis militaires décidée par la loi Debré. Cette loi de réforme sur le service national, promue par le ministre de la Défense nationale, Michel Debré, avait été adoptée par l’Assemblée nationale, le 10 juin 1970. Elle prévoyait notamment l’abrogation des sursis pour études au-delà de 21 ans, proposition faite par la Commission Armées-Jeunesse, organisme consultatif composé de représentants de l’armée et d’organisations de jeunesse (dont l’UNEF). Le départ au service militaire avait désormais lieu à 20 ans, l’appel pouvant être avancé à 18 ans, et reporté à 21 ans pour les jeunes faisant des études supérieures courtes.

Cette mesure de suppression des sursis n’entrant en vigueur qu’en 1973, ce n’est qu’à ce moment que les lycéens se mobilisent. Dès la fin février, ils se mettent fréquemment en grève dans toute la France, et tout au long du mois de mars occupent leurs établissements et organisent d’importantes manifestations : le 22 mars (200 000 manifestants à Paris) et le 2 avril plus de 500 000 jeunes descendent défilent dans 236 villes (dont 200 000 à Paris). A la crainte de voir leurs études interrompues par le service militaire – qui, depuis 1970 a été réduit à 12 mois – s’ajoute un certain antimilitarisme diffusé par les mouvements d’extrême-gauche, Ligue communiste en tête. S’opposant à la réforme des premiers cycles instituant un nouveau diplôme, le DEUG, les étudiants se joignent à se mouvement.

Finalement, la loi Debré n’est pas abrogée et seuls quelques aménagements sont prévus. C’est cependant la première fois depuis mai 1968, que la jeunesse descend massivement dans la rue. Ce mouvement n’est en outre pas sans effet sur le développement d’une contestation de l’armée par certains appelés en 1974-1975 à travers les comités de soldats.

Éclairage média

Ce sujet diffusé lors du journal de 20 heures du 21 mars 1973 sur la 1ère chaîne de l’ORTF revient sur la manifestation lycéenne contre la loi Debré qui a eu lieu le même jour à Paris. Le commentaire du journaliste n’a pu être conservé, et seul subsiste le son direct des trois interviews réalisées. Celles-ci, qui alternent avec les images de mobilisation des lycéens, sont réalisées dans des contextes très différents : Michel Field, alors un des leaders du mouvement lycéen, s’exprime au milieu d’une foule de jeunes manifestants, tandis que le général Baudoin, secrétaire de la Commission Armées-Jeunesse, et Olivier Mayer ont été interrogés pour leur part hors de toute agitation.

Le reportage s’emploie à montrer les différents aspects de la mobilisation lycéenne. Il présente en premier lieu la manifestation du jour, et apparaît en cela, emblématique des reportages sur les démonstrations de rue. Les plans se portent successivement sur les deux principaux acteurs, les CRS et les lycéens : en position d’attente, les CRS demeurent immobiles, alors que les lycéens défilent. Ce sujet illustre aussi les autres formes de lutte des lycéens contre la loi Debré : l’occupation des établissements – les jeunes ne sont d’ailleurs pas insensibles à la présence de la caméra – et les graffitis qui prennent essentiellement pour cible Michel Debré.


Loi Debré de 1973 selon wikipédia …

La loi dite Debré est promulguée le 10 juin 1971 et entre en application progressivement à partir de 1971 est une loi de réforme sur le service militaire promue par Michel Debré, alors ministre de la Défense nationale. Adoptée par l’Assemblée nationale et promulguée le , elle prévoit de ramener la durée du service à un an et la limitation des sursis d’incorporation pour études, ceux-ci ne pouvant plus être prolongés au-delà de 21 ans ; le départ au service militaire à 20 ans, pouvant être avancé à 18 ans et reporté à 21 ans pour ceux faisant des études supérieures courtes[1].

La proposition vient de la Commission Armées-Jeunesse. C’est un organisme consultatif créé en 1955 et placé auprès du ministère de la défense. Il vise à favoriser la connaissance entre les armées et les jeunes. Il est composé à l’époque en majorité par des représentants des jeunes (étudiants, ouvriers, agriculteurs), une quinzaine de militaires et cinq représentants d’associations étudiantes (dont l’Union nationale des étudiants de France – UNEF). Les avantages présentés de la réforme entendaient un renforcement du lien entre les études supérieures et l’emploi, et un rajeunissement du service militaire.

Contestation lycéenne et estudiantine

Ce n’est qu’à l’entrée en vigueur des dispositifs de la loi au printemps 1973 que les lycéens se mobilisent, principalement contre la suppression des sursis militaires[2].

Dès la fin février les grèves s’enchaînent dans toute la France, des lycées se mettent en grève[3]; au mois de mars des établissements sont occupés, d’importantes manifestations s’organisent[4]. Les lycéennes participent au mouvement[5]. Le à Paris on estime à 200 000 les manifestants. Le , plus de 500 000 jeunes défilent dans 236 villes de France, dont 200 000 toujours à Paris Ils craignent de voir leurs études interrompues par le service militaire réduit à 12 mois depuis 1970. L’ambiance globale est à l’antimilitarisme, diffusé par les mouvements d’extrême-gauche, Ligue communiste en tête[6].

Cependant, les slogans spontanés, antimilitaristes et anti-autoritaires, outrepassent souvent la doxa marxiste. ««Sursis ou pas, on partira pas!», «Les sursis on s’en fout, on n’veut plus d’armée du tout», crient maintenant les manifestants.», constate Le Monde[7]. Les étudiants se joignent au mouvement, mécontents de la réforme des premiers cycles instituant le Diplôme d’études universitaires générales – Deug.

Michel Debré est remplacé par un nouveau ministre des Armées, Robert Galley[8]. La loi Debré est maintenue avec quelques aménagements. C’est la première fois depuis que la jeunesse descend massivement dans la rue.