À Elne, près de Perpignan, la mairie d’extrême droite débaptise le cinéma René Vautier …

A Elne dans les Pyrénées-Orientales, le nouveau maire d’extrême droite vient de rayer le nom du cinéaste résistant et anticolonialiste René Vautier de la salle municipale, rebaptisée « La Bobine illibérienne ». Quelle mémoire choisit-on  de transmettre aux générations futures ? Céder un centimètre à ceux qui veulent gommer les résistants et les anticolonialistes de l’espace public, c’est ouvrir la voie à l’effacement méthodique de toute trace de dissidence …


Elne, petite ville de près de 9 500 habitants dans les Pyrénées-Orientales, ancien bastion communiste, vient de basculer à l’extrême droite. Et la nouvelle municipalité ne perd pas de temps pour l’afficher. À peine élu, le maire Steve Fortel, étiqueté « divers extrême droite » par la préfecture et ancien membre du Front national, avait déjà fait retirer les couleurs du drapeau arc-en-ciel du passage piéton menant au cinéma municipal. Six mois plus tard, c’est au cinéma lui-même qu’il s’attaque.

Lors du conseil municipal du 22 septembre, la majorité a voté le changement de nom de la salle, baptisée depuis vingt ans René Vautier. À sa réouverture prévue le 3 octobre, les 150 fauteuils de la salle ne porteront plus le nom du cinéaste communiste et anticolonialiste mais celui, terne et sans âme, de « La Bobine illibérienne ». Dans le même mouvement, la municipalité met fin à plus de deux décennies de collaboration avec l’association Cinémaginaire pour reprendre la salle en régie municipale, confiée à un prestataire privé, L’Yre Cinémas, qui opère déjà d’autres établissements du département.

Effacer un résistant sous couvert de neutralité …

Qui était René Vautier, que l’on cherche aujourd’hui à faire disparaître des murs d’Elne ? Un homme entré en Résistance à seize ans, cité à l’ordre de la Nation en 1944, mentionné par le général de Gaulle pour faits de résistance, décoré de la croix de guerre en 1945. Un cinéaste qui a ensuite rejoint clandestinement les maquis algériens en 1956 pour soutenir la lutte pour l’indépendance, et qui avait réalisé dès 1950 Afrique 50, premier film anticolonialiste français, interdit de diffusion pendant près de quarante ans. Son film Avoir vingt ans dans les Aurès, consacré aux jeunes appelés de la guerre d’Algérie, avait été récompensé à Cannes. En 1973, il avait même entamé une grève de la faim pour défendre la liberté de création face à la censure. Un parcours de résistant et de créateur engagé, tout simplement.

C’est précisément cet engagement que le maire d’extrême droite ne supporte pas. Il l’a lui-même reconnu sans détour devant le conseil municipal : « Si demain je dois retirer d’autres noms de rues ou d’endroits de gens qui ont soutenu le FLN, je le ferai. » L’aveu est net. Sous prétexte de vouloir « ne pas politiser la culture » et de donner « un nouvel élan » à la salle, c’est bien la mémoire de la décolonisation et de l’antifascisme que l’on cherche à faire disparaître de l’espace public. Le conseiller municipal d’opposition Roland Castanier ne s’y trompe pas : ce qui dérange le maire, c’est le lien du cinéaste avec la guerre d’Algérie, et donc avec toute l’histoire de la décolonisation.

Un coût qui dément l’argument de la rentabilité …
L’argument financier avancé par la mairie ne tient d’ailleurs pas davantage. Selon Roland Castanier, la gestion associative par Cinémaginaire coûtait au maximum 20 000 euros par an à la commune. Le nouveau fonctionnement en régie municipale, lui, coûtera environ 50 000 euros. Le « déficit de rentabilité » invoqué pour justifier la rupture avec l’association masque donc mal une décision avant tout idéologique, payée par les Elnois eux-mêmes.

Du côté de l’opposition, la colère est vive. Le conseiller Abdoul Diop a dénoncé le remplacement du nom d’« un cinéaste engagé » par « un nom terne, sans relief et qui manque d’inspiration » pour une ville au patrimoine pourtant riche. Nicolas Garcia, ancien maire communiste d’Elne, rappelle les mots mêmes de René Vautier lors de l’inauguration de la salle en 2005, qui appelait les habitants à faire vivre l’esprit de résistance par les discussions autour des films projetés. Un esprit de dialogue et de mémoire collective que la nouvelle municipalité entend désormais remplacer par un droit de regard direct sur la programmation, au risque, selon Roland Castanier, d’évincer purement et simplement les films politiques de l’affiche.

Une famille et des citoyens mobilisés …

La fille du cinéaste, Moïra Chappedelaine-Vautier, elle-même productrice, a découvert le changement de nom par les habitants d’Elne, sans avoir été consultée. Elle y voit bien plus que la disparition du nom de son père : « la mort d’un symbole, d’une vision humaniste ». Elle dénonce la rapidité avec laquelle l’extrême droite s’en prend à la culture et à la liberté d’expression, et rappelle l’œuvre de son père comme « un outil d’émancipation, de transmission et de résistance face aux injustices et au silence imposé ».

Face à cette entreprise d’effacement, une pétition citoyenne a été mise en ligne et le Parti communiste français annonce des initiatives dans les prochains jours pour empêcher que cette décision, prise en catimini sans aucune concertation avec les habitants ni avec la famille du cinéaste, ne passe inaperçue.

Ce qui se joue à Elne dépasse largement le seul nom d’une salle de cinéma. C’est la question de savoir qui a le droit d’écrire l’histoire, et quelle mémoire on choisit de transmettre aux générations futures. Céder un centimètre à ceux qui veulent gommer les résistants et les anticolonialistes de l’espace public, c’est ouvrir la voie à l’effacement méthodique de toute trace de dissidence. La vigilance et la mobilisation citoyenne restent, plus que jamais, les meilleurs remparts face à cette offensive.

Sources : Page Facebook de l’Encre Libre + L’Humanité, France 3 Occitanie, ICI Occitanie, L’Indépendant


« On efface tout une histoire », ce cinéma change de nom jugé « trop politisé », la mairie veut aussi reprendre en main la gestion de la salle contre l’avis de l’opposition

À Elne, près de Perpignan, le cinéma René Vautier va changer de nom et de gestion. La nouvelle municipalité met fin à plus de vingt ans de collaboration avec l’association Cinémaginaire et reprend la salle en régie municipale. Une décision qui suscite les critiques de l’opposition et l’inquiétude des cinéphiles et visiteurs. Un article signé Elsa Panadès publié le par FR3 Occitanie 

Elne (Pyrénées-Orientales) - À sa réouverture, le 3 octobre 2026, la salle de cinéma de 150 places ne portera plus le nom du cinéaste René Vautier mais celui de "La Bobine illibérienne".
Elne (Pyrénées-Orientales) – À sa réouverture, le 3 octobre 2026, la salle de cinéma de 150 places ne portera plus le nom du cinéaste René Vautier mais celui de « La Bobine illibérienne ». • © FTV Laura-Laure Galy

Le cinéma municipal d’Elne, commune de près de 9 500 habitants dans les Pyrénées-Orientales, va changer de nom et de fonctionnement. À sa réouverture, le 3 octobre 2026, la salle de 150 places ne portera plus le nom du cinéaste René Vautier mais celui de « La Bobine illibérienne ».

La municipalité met également fin à plus de vingt ans de collaboration avec l’association Cinémaginaire et reprend la gestion du cinéma en régie municipale. Des décisions qui suscitent de vives critiques de la part notamment des élus d’opposition.

« Un effacement de l’histoire » selon l’opposition

Le nom de René Vautier va bientôt disparaître de la façade du cinéma d’Elne. La nouvelle majorité municipale d’extrême droite a décidé de rebaptiser la salle « La Bobine illibérienne ».

Pour Roland Castanier, Conseiller municipal d’opposition, ce changement constitue un « effacement de l’histoire ». L’élu communiste estime notamment que l’engagement anticolonialiste du cinéaste et son travail sur la guerre d’Algérie sont au cœur du désaccord avec la municipalité.

« Ce qui gêne Monsieur Fortel, c’est le rapport avec la guerre d’Algérie. Et ce rapport de la guerre d’Algérie, évidemment, est lié à l’histoire de la décolonisation », affirme-t-il. L’élu rappelle également le parcours de René Vautier, résistant à 16 ans et décoré de la Croix de guerre en 1945.

« Vautier, ça, c’est un grand monsieur. (…) Donc, en tant que citoyen et en tant que patriote, on ne peut pas lui faire un seul reproche », estime Roland Castanier.

De son côté, le maire d’extrême droite, Steve Fortel, assume pleinement ce changement de nom. Lors du dernier Conseil municipal, il a expliqué vouloir dissocier culture et politique et considère cette nouvelle appellation comme un nouveau départ.

« Je ne veux pas faire de politique avec la culture et René Vautier, encore une fois avec tout le respect que j’ai pour les engagements qui sont les siens, c’est un homme marqué politiquement », déclare l’édile. « Et en plus, c’est un nouveau départ. Donc, nous en profitons pour changer le nom du cinéma ».

À Elne, près de Perpignan, le cinéma René-Vautier va changer de nom et de prestataire.
À Elne, près de Perpignan, le cinéma René-Vautier va changer de nom et de prestataire. • © FTV Laura-Laure Galy

Des noms de rues pourraient-ils aussi changer ?

Dans son intervention, Roland Castanier évoque également les échanges intervenus en Conseil municipal sur d’éventuelles futures modifications de noms de rues. Selon l’élu d’opposition, Steve Fortel aurait indiqué qu’il pourrait envisager de débaptiser certaines rues.

« Le maire dit par exemple qu’il pourrait envisager de débaptiser des noms de rue qui seraient liés, par exemple, au FLN ou à des histoires particulières qui le gênent », rapporte Roland Castanier, élu municipal d’opposition. Selon lui, cette perspective donne au changement de nom du cinéma une portée plus large. Il estime que la municipalité cherche à revenir sur certains marqueurs historiques.

La fin de plus de 20 ans avec Cinémaginaire

Le changement de nom s’accompagne d’une refonte intégrale quant au fonctionnement de la salle. Après plus de vingt ans de collaboration, la commune vient de mettre fin à son partenariat avec l’association Cinémaginaire.

La convention du gestionnaire arrivait à échéance fin juillet 2026. Selon Bernard Arnault, président de l’association, les discussions pour son renouvellement ont notamment achoppé sur les conditions financières.

L’association employait une salariée chargée notamment des projections cinq jours par semaine, week-ends compris et souhaitait que la commune prenne davantage en compte ses frais d’exploitation.

La municipalité a finalement choisi de reprendre directement la gestion du cinéma en régie municipale. Pour l’acquisition des films et le conseil à la programmation, elle s’appuiera désormais sur L’YRE CINEMAS, qui travaille notamment avec les salles Clap Ciné de Canet-en-Roussillon et de Leucate.

Outre le changement de nom, la mairie d'Elne met également fin à 20 ans de contrat avec l'association Cinémaginaire.
Outre le changement de nom, la mairie d’Elne met également fin à 20 ans de contrat avec l’association Cinémaginaire. • © FTV Laura-Laure Galy

Pour Bernard Arnault, le désaccord ne serait toutefois pas uniquement financier. « Au départ, je pensais que c’était financier, mais je me rends compte, d’après les retranscriptions des Conseils municipaux, qu’on n’est pas en odeur de sainteté sur cette nouvelle municipalité », déclare-t-il.

Des films pour provoquer le débat

Pendant ses vingt années de collaboration avec la commune, Cinémaginaire défendait une programmation comprenant notamment des documentaires, des films engagés, des festivals et des séances accompagnées de débats. « L’objectif », explique Arnault, « était de faire de la salle un lieu d’échange, au-delà de la simple projection d’un film ».

On essaie que les gens en discutent, en parlent, et après s’approprient ce qu’ils veulent. Et s’ils ne sont pas d’accord, ils ne sont pas d’accord, ce n’est pas un problème, mais au moins on a discuté, il s’est passé quelque chose dans la salle. Bernard Arnault, président de l’association Cinémaginaire.

Une conception du cinéma que l’association craint de ne plus retrouver avec la nouvelle organisation municipale. « La programmation qu’on avait mise en place : documentaire, écologie, tous ces problèmes sociétaux qui sont quand même importants » poursuit le président de Cinémaginaire, « les gens ont envie d’en parler, de discuter. Je pense que ça va être un peu fini ».

De son côté, la municipalité défend, elle, un nouveau projet pour la salle et ambitionne notamment d’en augmenter la fréquentation. Actuellement, selon les chiffres avancés par la commune, environ neuf billets seraient vendus en moyenne pour chaque séance, dans une salle de 150 places.

Le cinéma d'Elne doit rouvrir le 3 octobre 2026, sous son nouveau nom "La Bobine illibérienne" et avec une nouvelle organisation.
Le cinéma d’Elne doit rouvrir le 3 octobre 2026, sous son nouveau nom « La Bobine illibérienne » et avec une nouvelle organisation. • © FTV Laura-Laure Galy

Des tarifs revus à la hausse

La mairie prévoirait également de revoir les tarifs du cinéma à la hausse. L’objectif affiché est notamment d’éviter une concurrence jugée déloyale vis-à-vis des salles privées. Cette nouvelle organisation devrait représenter pour la commune un coût d’environ 50.000 euros par an, soit plus du double du budget précédent. Le cinéma doit rouvrir le 3 octobre, sous son nouveau nom et avec cette nouvelle organisation. La programmation complète n’a pas encore été dévoilée mais la polémique reste à l’affiche de la commune.

Propos recueillis par Julia Taurinyà et Laura-Laure Galy.


PRENEZ LE TEMPS DE LIRE LA LETTRE-INFO des MUTINS de PANGEE
Cette semaine, ils nous parlent d’une histoire qui leur semble importante : à Elne, dans les Pyrénées-Orientales, le nouveau maire a fait retirer le nom de René Vautier du cinéma municipal qu’il avait lui-même inauguré il y a vingt et un ans.
Ce n’est pas qu’une histoire de plaque ou de nom. Ça parle de cinéma, de mémoire, de ce qu’on choisit d’effacer ou de transmettre — et aussi de la manière dont l’extrême droite exerce le pouvoir lorsqu’elle arrive aux responsabilités … 👉 À lire, et à partager largement :
http://r.info.lesmutins.org/…/DDYUmFnHHLFnMIMXCHZcJy77B..


Une pétition est à signer en ligne , c’est par ici …