Au Chili, le président ultraconservateur José Antonio Kast cherche à reprendre la main au nom de la lutte contre le crime organisé. Il entend réformer la Constitution et faire approuver un paquet de mesures sécuritaires controversé. La création d’un nouvel “état d’exception” de 240 jours suspendant les libertés publiques inquiète la presse mais recueille le soutien d’une majorité des Chiliens …
Chili : le président Kast mène une offensive sécuritaire sur fond de baisse de sa popularité

Un article signé Théo Conscience publié dans RFI du
Deux semaines déjà avant le dépôt de ce projet, le président chilien avait annoncé un paquet législatif de trente réformes pour lutter contre le crime organisé. Avec le projet qu’il a déposé au Sénat lundi, il va encore plus loin et propose de modifier la Constitution du pays. José Antonio Kast souhaite notamment créer un nouvel état d’exception, en plus des quatre déjà prévus par la Constitution chilienne.
Ce nouvel état d’exception pourrait être décrété sur tout ou partie du territoire par le président, en cas de menace grave contre la sécurité publique, pour une durée de 120 jours renouvelable une fois sans passer par le Parlement. Pendant ces presque 8 mois potentiels, le président pourra restreindre ou suspendre des libertés individuelles comme le droit de circuler ou de se réunir, et pourra intercepter, ouvrir ou enregistrer toutes les communications en dehors du cadre judiciaire.
Un éventail sécuritaire
Le projet de réforme prévoit aussi la création d’un registre national des organisations criminelles et terroristes au Chili, sur le modèle de ce qui existe aux États-Unis. Ainsi que la création d’un régime pénitentiaire différencié et beaucoup plus sévère pour les personnes appartenant à ces organisations criminelles. À l’origine, le président chilien voulait aussi priver ces dernières des prestations sociales liées à la santé, à l’éducation et au travail, jusqu’à 15 ans après la fin de leur peine. Il a dû y renoncer devant les réticences de ses alliés de droite au Parlement.
Du côté de l’opposition de gauche, on s’interroge sur la nécessité de passer par une réforme constitutionnelle pour s’attaquer au problème de l’insécurité. Pedro Arraya Guerrero, sénateur du Parti pour la démocratie, une formation de centre gauche, pointe du doigt la fragilité du projet : « Je crois que le président Kast est très mal conseillé en matière de sécurité, dénonce-t-il. La réforme constitutionnelle qu’il a présentée ne va pas résoudre les problèmes des gens. C’est une pâle copie du Patriot Act aux États-Unis. On dirait que les conseillers du président ont utilisé l’intelligence artificielle pour faire la même chose qu’aux États-Unis en ignorant le fonctionnement des institutions chiliennes. »
L’opposition discrète face au soutien populaire
Jusqu’ici, les critiques de l’opposition restent relativement mesurées, car l’agenda du président en matière de sécurité est largement soutenu par la population. Dimanche 16 août, un sondage de l’Institut Criteria indiquait que 75% des Chiliens approuvent les propositions de l’exécutif en matière de lutte contre la délinquance. Ce n’est pas un hasard si José Antonio Kast avait fait de ce sujet son principal cheval de bataille en tant que candidat. Et alors que sa popularité dégringolait depuis son arrivée au pouvoir au mois de mars, le président chilien a décidé de reprendre la main en lançant une offensive communicationnelle sur le thème de la sécurité.
Le 5 août, il a présenté en grande pompe son plan de lutte contre le terrorisme et le crime organisé avec un message à la nation retransmis en direct à la télévision. Depuis, le président et son ministre de l’Intérieur s’affichent au sein d’opérations de police avec à chaque fois le même message : « la donne a changé ».
Vendredi 14 août, le gouvernement a retransmis en direct un transfert de prisonniers dans une prison de haute sécurité, avec des images de détenus assis les uns derrière les autres, la tête baissée. Une mise en scène qui rappelle celle utilisée par le président du Salvador, Nayib Bukele. Si la violence et les homicides ont augmenté au Chili ces dernières années, le pays reste cependant l’un des plus sûrs d’Amérique latine.
Au Chili, “une Constitution de la sécurité” pour combattre le crime et toute contestation …

Pour combattre l’insécurité, le président ultraconservateur José Antonio Kast entend réformer la Constitution et faire approuver un paquet de mesures controversé. La création d’un nouvel “état d’exception” de 240 jours suspendant les libertés publiques inquiète la presse mais recueille le soutien d’une majorité des Chiliens. Extraits d’un article du Courrier international publié le 20 août 2026 …
Reconnaître la “sécurité publique” comme un des devoirs constitutionnels de l’État, déployer l’armée pour des tâches de maintien de l’ordre ou encore mettre en place un “registre des organisations criminelles et terroristes” assorti de la création d’un “délit d’appartenance” à celles-ci… Après être parvenu à approuver en moins de trois mois un grand paquet de réformes économiques, le président du Chili, José Antonio Kast, s’attelle à une nouvelle “méga réforme” visant à s’attaquer, cette fois, à l’insécurité.
Lundi 17 août, le dirigeant ultraconservateur a déposé au Sénat un projet de réforme de la Constitution en huit points allant dans ce sens. Et celui-ci fait depuis couler beaucoup d’encre dans la presse locale. La proposition la plus controversée est la création d’un nouvel “état d’exception en matière de sécurité publique”, applicable en cas de “grave atteinte à la sécurité publique résultant de l’action d’organisations criminelles” sur décision exclusive du président de la République pour une durée de 120 jours reconductible.
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