Depuis l’annonce, lundi 3 août 2026, de l’autorisation préfectorale pour la construction de la méga ferme aquacole Pure Salmon en Gironde, les réactions se multiplient. Cette autorisation intervient alors qu’une proposition de loi soutenue par une centaine de députés, a été déposée depuis mars 2025 à l’Assemblée nationale, afin de réclamer un moratoire de dix ans sur ces fermes-usines de saumons …
« C’est l’aveu qu’il y a des vraies menaces » : le projet Pure Salmon indigne ce député écologiste, malgré les garde-fous préfectoraux …
Un reportage signé Morgane Jacob et Marie-Noëlle Missud pour FR3 Nouvelle-Aquitaine du

Parmi les opposants à ce projet, le député de Charente-Maritime, Benoît Biteau. L’écologiste était sur le plateau d’ICI 19/20 Poitou-Charentes, mercredi 5 août 2026.
Le projet est inédit en France et pourrait conduire à la production annuelle de dix millions de tonnes de saumon. Située au Verdon-sur-Mer, en Gironde, la future méga ferme aquacole Pure Salmon vient d’obtenir l’autorisation de la préfecture de ce département.
Des deux côtés de l’estuaire de ce fleuve, les opposants se mobilisent, dans un contexte politique et climatique brûlant. L’annonce préfectorale intervient juste après le mégafeu qui a ravagé 42 000 hectares en Gironde, occurrence indéniable des effets du changement climatique.
Pour le député écologiste Benoît Biteau, élu dans la deuxième circonscription de Gironde, cette décision ne va pas dans le bon sens. Il s’est exprimé mercredi 5 août 2026, sur le plateau d’ICI 19/20 Poitou-Charentes.
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Quelle est votre réaction après cette autorisation préfectorale ?
Ma réaction, c’est d’abord de la surprise. On vient de vivre une canicule sans précédent. C’est sans précédent depuis qu’on enregistre des données météo dans ce pays, et on voudrait déployer un équipement avec des bassins posés sur le sol qu’il va falloir maintenir entre 12 et 14 degrés sous des canicules de 40 à 50 degrés. Donc déjà, sur le plan énergétique, c’est absolument délirant et ça va participer à accélérer le dérèglement climatique, mais surtout ça va coûter horriblement cher.
Donc on aura sûrement des saumons made in France, mais qui seront hors de prix, en tout cas beaucoup plus chers que ceux qui viennent de Norvège, aussi surprenant que cela puisse paraître.
Quand on va devoir aller chercher de la sardinelle, qui est au cœur du régime alimentaire des Africains de l’Ouest, pour nourrir des saumons qu’on va servir sur des canapés dans des pince-fesses huppés, je dis qu’on n’est plus dans la souveraineté alimentaire. Benoît Biteau Député écologiste de la Charente-Maritime
Et puis, on est dans un contexte politique un peu particulier, où on a une ministre de l’écologie qui a failli démissionner, qui a été retenue par le président de la République, par le Premier ministre, avec des garanties sur certains sujets. Et « Radio Moquette » me dit que Pure Salmon était dans les sujets sur lesquels il y avait des promesses. Donc je ne sais pas ce que fait la préfète quand elle délivre des autorisations sur ce projet-là.
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Justement, la préfète prévoit une surveillance très serrée, une installation progressive pour en vérifier les effets. Cela ne vous rassure pas ?
Non, mettre autant de restrictions dans un arrêté préfectoral, c’est l’aveu qu’il y a des vraies menaces. Il y a des vraies menaces qu’il va falloir lever les unes après les autres. Ces menaces, on les avait identifiées, y compris les décideurs locaux, notamment des commissions locales de l’eau qui avaient été consultées sur ce projet-là et qui avaient dit : « Attendez, nous, avant de vous engager là-dedans, on a besoin d’une étude étayée du Bureau des ressources géologiques et minières pour s’assurer qu’il n’y a pas de danger sur la ressource en eau potable pour les Médocains. »
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L’usine est située en Gironde, de quelle manière son fonctionnement pourrait affecter la Charente-Maritime ?
Le fonctionnement pourrait affecter la Charente-Maritime parce que les rejets, que ce soit les effluents d’élevage, que ce soit la sortie des cuves avec des antibiotiques et potentiellement de la bactério (sic), vont sortir dans l’estuaire de la Gironde et le panache de l’estuaire de la Gironde va arroser tous les pertuis charentais où on produit de l’huître de Marennes-Oléron, de la moule de bouchot de Charron et donc là, potentiellement, on a un risque pour d’autres activités économiques. Les 250 emplois de Pure Salmon ne vont pas peser lourd si on met en difficulté les 1 000 entreprises ostréicoles, par exemple, qu’il y a sur le bassin ostréicole de Charente-Maritime, donc on est en train de prendre des risques qui sont complètement inconsidérés.
Le fait d’avoir du saumon 100% français, vous disiez, ce n’est pas suffisant en tout cas ?
Mais quand on parle de souveraineté alimentaire et qu’on commence à la qualifier de souveraineté alimentaire nationale ou de souveraineté alimentaire locale, on n’est déjà plus dans la souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire s’approche à l’échelon planétaire et quand on va devoir aller chercher de la sardinelle, qui est au cœur du régime alimentaire des Africains de l’Ouest, pour nourrir des saumons qu’on va servir sur des canapés dans des pince-fesses huppés, je dis qu’on n’est plus dans la souveraineté alimentaire.
Et puis, on a créé un parc naturel marin sur ce périmètre-là, pour protéger l’estuaire, pour vérifier que les efforts qu’on a faits depuis toutes ces années soient vraiment tenus. Là, on ne consulte même pas le conseil de gestion du parc naturel marin. Donc là, de toute façon, il y a un vice de procédure. La préfète aurait dû consulter et demander l’avis conforme du conseil de gestion du parc naturel marin.
Retrouvez l’interview de Benoît Biteau, dans son intégralité : durée de la vidéo : 00h03mn33s, c’est par ici …



