« En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif … » Cette phrase est extraite de la Tribune signée par 600 professionnels du cinéma pour questionner la concentration du cinéma français aux mains de Bolloré. Le PDG de Canal+ les a tous blacklistés …
Décryptage résumé dans cette vidéo de 3′ signée TV5Monde .
Le témoignage de Laurant Slama, l’un des réalisateurs signataires ( 1’43 »)
Lire la Tribune du Collectif « Zapper Bolloré » parue dans Libération du 11/05/2026 …
Depardon, Binoche, Haenel… 600 professionnels du cinéma dénoncent l’emprise de Bolloré sur le septième art
A la veille du Festival de Cannes et alors que l’homme d’affaires projette d’acquérir 100 % des parts d’UGC d’ici à 2028, le collectif Zapper Bolloré refuse la prise de contrôle du milliardaire d’extrême droite sur la chaîne de fabrication des films et l’imaginaire collectif.
Derrière son costume d’homme d’affaires, le milliardaire ne cache pas qu’il mène un «projet civilisationnel», réactionnaire d’extrême droite. (Julien de Rosa/AFP)« En octobre 2025, le groupe Canal + a acquis 34 % du capital d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises, avec la perspective d’acquérir 100 % des parts d’ici à 2028. C’est une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion de Vincent Bolloré.
Par l’intermédiaire de Vivendi, Vincent Bolloré détient déjà la chaîne Canal + et ses filiales, dont Studio Canal, numéro 1 de la production de cinéma européenne. Avec l’ajout des 55 cinémas UGC de France et de Belgique, notamment celui des Halles à Paris, le plus fréquenté d’Europe avec plus de 2,5 millions d’entrées annuelles, Bolloré sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran.
Derrière son costume d’homme d’affaires, le milliardaire ne cache pas qu’il mène un «projet civilisationnel», réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d’édition. Si l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas.
La concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré lui donne toute liberté d’agir le moment venu. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Le démantèlement du CNC et de l’audiovisuel public fait partie du programme du RN. Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ?
Non à l’uniformisation des films
La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d’idées. En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif.
Nous, producteur·ices, distributeur·ices, exploitant·es, cinéastes, technicien·nes, travailleurs et travailleuses du cinéma, et avant tout citoyen·nes, ne voulons plus rester spectateur·ices
Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré, mais nous voulons sortir ensemble du silence imposé insidieusement à notre secteur.
Construisons ensemble un mouvement capable de défendre notre indépendance et la possibilité de créer, de diffuser et de programmer librement, comme certain·es s’emploient déjà à le faire.
Rassemblons-nous contre le rachat d’UGC et contre l’emprise grandissante de l’extrême droite sur notre profession. »
Signé : Le Collectif Zapper Bolloré et près de 600 professionnel·les du cinéma dont :
Swann Arlaud Comédien Marine Atlan Réalisatrice et cheffe opératrice François Aymé Exploitant de cinéma Mona Bauer Réalisatrice Stéphane Batut Directeur de casting Julie Bergeron Productrice Juliette Binoche Comédienne et réalisatrice Claire-Emmanuelle Blot Programmatrice Rémi Bonhomme Producteur Caroline Bonmarchand Productrice Damien Bonnard Comédien Thibaut Bracq Programmateur Jean-Charles Canu Attaché de presse Alexia Chassot Scripte Pascale Consigny Cheffe décoratrice Anaïs Couette Assistante réalisateur·ice Inès Daïen Dasi Productrice Amrita David Monteuse Raymond Depardon Réalisateur Pierre Desprats Compositeur Victoire du Bois Comédienne Clément Dussart Délégué général Sepideh Farsi Réalisatrice Jean-Manuel Fernandez Projectionniste Yann Gonzalez Réalisateur Stéphane Goudet Directeur artistique Adèle Haenel Comédienne Zita Hanrot Comédienne Arthur Harari Réalisateur Tom Harari Chef opérateur Clotilde Hesme Comédienne Samuel Kircher Comédien Ariane Labed Comédienne et réalisatrice Jimmy Laporal-Trésor Réalisateur Cécile Lestrade Productrice Florence Loiret Caille Comédienne Boris Lojkine Réalisateur Emmanuel Marre Réalisateur Nina Meurisse Comédienne Anna Mouglalis Comédienne Valentina Novati Productrice et distributrice Claudine Nougaret Productrice Julie Paratian Productrice Laura Pertuy Journaliste et programmatrice Frédéric Pierrot Comédien Agathe Poche Monteuse son Vimala Pons Comédienne Nelly Quettier Monteuse Marine Riou Directrice de cinéma Laurent Sénéchal Monteur Jean-Pascal Zadi Comédien et réalisateur…
La liste complète des signataires est ici
Canal+ assigné en justice pour discrimination envers les signataires de la tribune anti-Bolloré, avec qui le groupe affirme ne plus vouloir travailler
« Canal+ comparaîtra devant la justice pour avoir violé la loi », affirment la CGT Spectacle et la Ligue des droits de l’homme. Un article publié par Franceinfo avec AFP …
La Ligue des droits de l’homme (LDH) et la CGT Spectacle ont annoncé engager une action en justice à Nanterre contre Canal+, samedi 23 mai. Ils dénoncent une discrimination du patron du groupe envers les signataires d’une tribune anti-Bolloré, avec qui il a affirmé ne plus vouloir travailler. « Canal+ comparaîtra devant la justice pour avoir violé la loi », affirment la CGT Spectacle et la LDH dans un communiqué, où ils dénoncent le « choix brutal de discriminer » de Maxime Saada, président du directoire de Canal+.
« La discrimination est établie », a affirmé samedi sur franceinfo Arié Alimi, avocat et vice-président de la LDH. Selon lui, cette prise de position de patron de Canal+ a un effet immédiat sur le secteur. « A partir du moment où [les dirigeants de Canal+] sont affirmatifs, il y a un caractère performatif. La discrimination est consommée dès lors que les boîtes de production (…) seront réticentes, voire ne travailleront plus avec les signataires pour éviter de ne pas avoir de financement », selon l’avocat.
La tribune anti-Bolloré publiée le 11 mai dans Libération(Nouvelle fenêtre) dénonçait « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le cinéma par l’intermédiaire de Vincent Bolloré, qui fait déjà l’objet d’une fronde dans l’édition menée par quelque 200 auteurs publiés chez Grasset. Les signataires s’alarmaient également de la volonté du groupe Canal+ de s’emparer de la totalité du capital d’UGC, le réseau de salles de cinéma dont il a acquis 34% en septembre. La célèbre salle de concert parisienne L’Olympia est aussi détenue par le groupe Canal+. Vincent Bolloré est en outre propriétaire de plusieurs médias, notamment CNews, Europe 1 et Le JDD.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait dénoncé plus tôt un « climat de peur » dans le cinéma français. Sur franceinfo, la dirigeante syndicale avait salué « le courage de celles et ceux qui osent briser l’omerta ». La CGT Spectacle prévoit par ailleurs un rassemblement le 30 mai devant l’Olympia, salle appartenant au groupe Bolloré, pour « exiger des mesures pour protéger notre démocratie ».
A suivre …
