Près de 200 acteurs ont donné mardi soir un spectacle surprise dans les rues de Besançon pour « enterrer les morts » et « réveiller les vivants », plusieurs mois après le début de l’épidémie de coronavirus, a constaté une journaliste de l’AFP.
Sur des notes de Vivaldi, porté par quatre silhouettes vêtues de noir et munies de masques de protection sombres, un cercueil s’est avancé doucement au centre de la place de la Révolution, dans le centre de la capitale franc-comtoise, devant des passants intrigués.

Des dizaines d’autres acteurs, également vêtus et masqués de noir, se sont rassemblés autour du cercueil en respectant la distanciation physique, la matérialisant d’un cercle de farine blanche, symbole de l’isolement généré par le confinement.

Des acteurs brandissant des drapeaux portant les inscriptions « Enterrer les morts » et « Réveiller les vivants » -allusion aux paroles « Enterrer les mots et réparer les vivants » dans la pièce « Platonov » (1923), du Russe Anton Tchekhov -, ont ensuite couru sur la place, avant une séquence de danse.

« On enterre ce qu’on vient de traverser », explique Stéphanie Ruffier, une enseignante de théâtre qui a participé à la représentation.

Selon elle, ce happening est né de « l’envie » ressentie par des acteurs et des actrices du monde du spectacle vivant, durement touché par les restrictions liées à la pandémie de coronavirus.

Certains voulaient « pleurer leurs morts », d’autres « vivre un rituel du nouveau monde », poursuit la jeune femme, mais tous se sont retrouvés pour « poser un acte poétique » dans l’espace public, a-t-elle estimé.

Une centaine de personnes, visiblement ravies, ont profité de la performance, alors qu’une patrouille de police leur demandait dans le calme d’essayer de respecter les distances de sécurité.


Enterrer les morts, réveiller les vivants…

mardi 26 mai 2020, par Dominique Villy

Le théâtre est en grand danger et ils veulent prouver qu’ils sont encore capables d’en faire.
Ils espèrent que l’événement sera couvert par la presse.
L’Oeil de Dom y était…  Toutes les photos par ici …

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Les mots de Jacques Livchine

 

« Tout le confinement j’étais sur la position :
Faut que tout le système théâtral s’effondre …
Et puis Christophe du Pudding a écrit une lettre remplie de sang neuf …

Il sentait que c’était le moment …

4 mai 2020
Pas question de se voir, sauf un petit zoom,
on convoque les compagnies les plus proches pour le 12 mai, lendemain du déconfinement.
12 mai 2020 :
on se dit que c’est le maquis, la résistance, il veut qu’on l’appelle sanglier 39.
On s’y croit. Réunion secrète et cachée dans un jardin au bord du Doubs.
La police rôde.
On se compte : 18. Bien cachés.
On définit les grands axes d’un acte poétique radical poétique, non annoncé, non autorisé, place de la Révolution à Besançon.
Beaucoup d’idées, qui tels les spermatozoïdes ne terminent pas leur course royale.
Faut être humble dans ces collectifs, c’est toute une ébullition, on commence par de très mauvaises idées qui finalement s’affinent.
Un petit groupe de 4 est chargé d’enrichir l’action.
19 Mai :
Nous sommes 56 dans un nouveau jardin en pente.
On se retrouve, on ne se connait pas tous.
La mort est au dessus de nos têtes.
On vient d’enterrer Danièle des manches à balais, cérémonie interdite, on a forcé les pompes funèbres à faire une halte sur le parking. Hervée de Lafond hurle sa haine :
Danièle on te rend hommage sur un parking !
Le projet prend forme : un rituel sacré, autour d’un cercueil, des musiques émouvantes. Mathilde propose la farine, on lui dit : montre voir, elle s’exécute, Catherine F. nous propose un chant funèbre polonais, elle le chante illico. On valide.
Tout le monde s’active au scénario,
on l’appellera : Enterrer les morts Réveiller les vivants.
Pourquoi pas “enterrer les Mortes. “ Enervement.
Laurent responsable des drapeaux, écrira ce qu’il veut.
26 mai 2020 : 16 H 45.
Avenue du chardonnet. Sanglier 39 a tracé le plan de bataille.
Nous sommes plus de cent, habillés en noir armés de farine.
18 H Place de la Révolution.
Tension, attente, puis quinze minutes de pure splendeur. Superbe, au delà de nos espérances.
On a tous les larmes aux yeux. L’image est incroyable, le covid-19 nous a dicté la mise en scène, nous sommes tous espacés, enfermés à l’intérieur de notre cercle de farine.
C’est une sorte de sacre du printemps, c’est unique, non ce n’est pas un happening ou un flash mob, c’est un énorme moment de théâtre, c’est un hymne à la vie, un hymne à la jeunesse.
Cela ne se raconte pas. Cela marquera les mémoires.
Nous sommes une force gigantesque, les compagnies du tiers -théâtre rassemblées, genre saxifrages, herbes sauvages qui poussent partout, capables de transpercer les pavés.
Aucun théâtre national, aucun CDN, aucune Comédie Française ne serait capable d’offrir un moment de poésie aussi fort.
Nous n’étions pas deux cents, nous étions mille, dix mille ….
Les Renseignements généraux débarquent au domicile de l’une d’entre nous : c’est qui les meneurs ?
C’est le moment où jamais de sortir l’adage franc comtois : qui c’est le chef ? et nous de répondre : nous sommes tous chefs !
Faut envoyer au Préfet nos revendications, : il n’y en a pas, on écrit :
On voulait simplement dire à nos tutelles, et aux institutions théâtrales :
nous sommes les forces créatives de la Franche Comté, nous sommes capables de produire de la beauté dans l’espace public, dans le respect des gestes barrières.
E mouvoir, rendre hommage aux morts, exprimer notre fraternité et notre envie de revivre au plus vite.
Nous sommes les conjurés des jardins.
Rien de plus.

De la grande musique, du théâtre, de la danse, de l Art.  »

“j’ai appelé les bourreaux pour en périssant mordre la crosse de leurs fusils, j’ai appelé les fléaux pour m’étouffer avec le sable, le sang”. Arthur Rimbaud