Le Manifeste de l’Orchestre du Nouveau Monde investit la rue …

« Nous utilisons la musique non comme un objet sacré de beauté mais comme un objet de lutte ancré dans l’actualité. » A l’heure des mobilisations, l’Orchestre du Nouveau Monde a lancé un appel pour « faire de la musique classique la caisse de résonance de la résistance populaire dans les cortèges ». De la contestation à l’émotion partagée, la musique devient une manière de résister et de rassembler …

Le Manifeste de l’Orchestre du Nouveau Monde …

« Qui sommes-nous ?
Notre collectif est né de la volonté de créer un orchestre de résistance face aux défis du monde, engagé pour la justice sociale et climatique. Nous constituons une alternative au modèle dominant du monde de la musique classique.
En tant que musicien·ne·s militant·e·s amateur·ices et professionnel·le·s, étudiant·e·s et jeunes travailleur·euse·s, nous partageons tou.te.s un même objectif : bâtir un espace de réflexion ouvert et d’expérimentation de nouveaux modes d’action dans la lutte.

Que voyons-nous ?
Nous sommes affligé·e·s de voir l’urgence écologique et sociale reléguée au second plan dans l’espace médiatique et politique. Nous évoluons dans un système capitaliste mondialisé qui n’a de cesse de creuser les inégalités, de surexploiter nos ressources naturelles et d’encourager, pour sa survie, la construction de systèmes d’oppression.
Nous reconnaissons que le monde actuel de la musique classique manque d’accessibilité et d’inclusivité. Aujourd’hui, la musique classique jouit d’un statut intouchable alors qu’elle véhicule des symboles d’un autre temps. Nous déplorons son cloisonnement dans les centre-villes bourgeois, l’accès inégal à la pratique instrumentale, la volonté d’uniformisation et d’élitisme qui se perpétue au sein des conservatoires et la marginalisation des femmes aux postes reconnus et de pouvoirs.

Que pensons-nous ?
Nous souhaitons combattre les rapports de domination et de discrimination, qu’ils soient genrés, culturels, politiques ou économiques. Nous militons pour le respect des droits humains, pour plus d’équité et de solidarité sociale et environnementale. Nous pensons que le capitalisme, en sacrifiant les ressources humaines et naturelles sur l’autel du profit, est à l’origine des injustices sociales et écologiques actuelles. Nous croyons en la nécessité d’une convergence des luttes et comptons participer à un rapport de force contre les conservatismes.
Nous voulons un nouveau monde plus empathique, pour la paix, la dignité, la solidarité et le partage des richesses au sein d’écosystèmes préservés. Nous croyons en la force de la culture, de l’art comme bien commun et de l’imaginaire pour émanciper et unir les esprits dans l’espoir d’un avenir plus lumineux et juste en plaçant l’empathie au cœur.

Comment agissons-nous ?
Notre action commence dans le quotidien de notre orchestre. Nous nous efforçons d’être un exemple de pratiques éthiques et durables. Nous privilégions les lieux de concert engagés et nous minimisons notre empreinte carbone. Cela passe aussi par des finances saines excluant les industries que nous combattons.
L’influence est une de nos forces. Grâce à notre communauté et notre visibilité, nous diffusons des messages et mettons en valeur des initiatives correspondant à nos valeurs sociales et écologistes.
Nous utilisons la musique non comme un objet sacré de beauté mais comme un objet de lutte ancré dans l’actualité. Par la désobéissance civile, nous interpellons sur des urgences actuelles avec des actions fortes, pacifiques et inélégantes. Par les interventions en milieu scolaire, nous faisons en sorte d’éveiller une conscience civique et environnementale chez les nouvelles générations. Par les manifestations, nous occupons la rue car occuper la rue, c’est occuper l’espace médiatique. Par nos concerts, nous tentons de représenter une autre musique classique, reconnectée au réel.

Avec ces initiatives, ces luttes auxquelles nous donnons nos voix, le nouveau monde n’est pas seulement possible, il existe déjà. »

Source : site internet de L’Orchestre du Nouveau Monde


Extrait d’un pod-cast diffusé  le Culture …

La musique, une force de résistance ?

Dans l’avalanche de commentaires que suscite le mouvement social actuel, il y a un phénomène qui est sans doute insuffisamment analysé, mais dont les images sont devenues virales sur les réseaux sociaux : au milieu des manifestations, jouant parfois sous les gaz lacrymogènes, des dizaines de musiciens ont pris l’habitude d’accompagner la lutte en formant un orchestre : « l’Orchestre du Nouveau Monde ».

Etrange vision : dans l’univers sonore bruyant des manifestations, de la musique s’élève. Elle ne s’élève pas pour s’opposer à la rumeur qui l’entoure, mais pour accompagner la lutte. Car ce collectif symphonique s’est donné comme mission de démocratiser la musique classique en l’incorporant aux contestations sociales. La musique est-elle intrinsèquement politique ? Si oui, est-elle toujours d’essence démocratique ? N’a-t-elle pas aussi été utilisée à travers l’Histoire pour manipuler ou envoûter des foules ? Comment analyser cette micro-société que constitue un orchestre, groupe humain où la solidarité se révèle créatrice ? A moins que la musique n’instaure un autre rapport au monde – où l’expérience de l’universalité est vécue en première personne comme une donnée intime. La musique, une force de résistance ?

L’Orchestre du Nouveau Monde : quand la musique classique investit la rue

Au cœur des mouvements sociaux contemporains, l’émergence de l’Orchestre du Nouveau Monde insuffle une dynamique inédite en mariant les luttes contestataires aux répertoires classiques et populaires. En jouant au milieu des manifestations, souvent sous les tensions des forces de l’ordre, ce collectif de jeunes musiciens parvient à fédérer des publics variés en associant habilement l’indignation face à l’injustice et la force festive du collectif. Charlotte Ginot-Slacik explique la force de cet orchestre  » qui associe deux émotions qui sont deux émotions extrêmement fortes et que parfois, et à tort sans doute, on pense de façon antinomique. C’est un orchestre qui associe la joie et la colère. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que l’Orchestre du Nouveau Monde revendique le fait de rompre avec la pratique des salles de concert. Déjà, on n’est pas assis, on est dans la rue.« 

Les pouvoirs politiques de la musique : entre mobilisation et dérive totalitaire

Si la musique possède un formidable pouvoir de communion et de résistance en transformant les émotions individuelles en énergie collective, l’histoire démontre qu’elle peut également servir d’outil de manipulation de masse. De l’utilisation du Va Pensiero lors du Risorgimento italien aux détournements tragiques de la Neuvième symphonie de Beethoven ou de Carmina Burana par les régimes fascistes, les œuvres musicales échappent souvent à leurs créateurs pour épouser des causes parfois contradictoires. Francis Wolff rappelle que « le pouvoir, justement, mobilisateur d’une musique, de créer des rassemblements et de créer une émotion collective, est indépendante du sens dans lequel va cette émotion collective et parfois va dans des sens tout à fait contraires, hélas. »

L’orchestre, microcosme social et tension démocratique

L’orchestre symphonique fonctionne comme une machinerie de précision rigoureusement hiérarchisée, dictée par la complexité technique des partitions, tout en offrant à chacun de ses membres une place essentielle au sein du collectif. Cette organisation hautement codifiée soulève des questions philosophiques sur la nature de la démocratie, oscillant entre la discipline nécessaire à l’exécution de l’œuvre et l’aspirations égalitaire de la création partagée. Charlotte Ginot-Slacik qui dirige l’Orchestre français des Jeunes dit souvent « que l’orchestre n’est pas en soi un dispositif démocratique et que notre enjeu à toutes et à tous, c’est de mettre de la démocratie partout autour et partout dedans. Aujourd’hui, dans un monde où nos places semblent parfois vides, absurdes, où des jeunes n’arrivent pas à trouver une place, à l’orchestre, tout le monde a sa place. »

Francis Wolff, Pourquoi la musique, Fayard, 2015
Emission intégrale à écouter par ici …

Pour aller plus loin : tribune de l’Orchestre du Nouveau Monde dans Libération : Musiciens et musiciennes, portons nos instruments au cœur des mobilisations !


Lire par ailleurs  sur PrendreParti à propos de l’Orchestre du Nouveau Monde  …

L’Orchestre du Nouveau Monde galvanise les manifestations lycéennes parisiennes …