Les CRS sont intervenus lors de la traditionnelle soirée de clôture organisée par le Collectif La Méandre en marge du Festival « Chalon dans la rue ». La Préfecture dit être intervenue « face à des individus hostiles », version contestée par l’humoriste Aymeric Lompret, figure de Radio Nova qui assistait à cette soirée. 3 jours plus tard, le Maire de Chalon sur Saône vient de sortir de son silence …
Aymeric Lompret dénonce les « violences » de CRS à une fête en marge du festival « Chalon dans la rue »
Par Timothée Barnaud dans Le Huffpost du 29 juillet 2026 …

Une nuit sous tension à Chalon-sur-Saône. L’humoriste Aymeric Lompret, figure de Radio Nova et de l’émission La Dernière, a dénoncé les « violences » de CRS subies à l’occasion d’une soirée organisée ce dimanche 26 juillet par le collectif, La Méandre, en marge du festival Chalon dans la rue.
« Le dernier jour du festival, une fête tolérée a été organisée par le collectif [La Méandre] dans leurs locaux. On y était nombreux.ses et c’était super. Jusqu’à ce que la police puis 15 camions de CRS nous rejoignent et là c’était carrément moins festif », raconte l’humoriste sur son compte Instagram ce mercredi 29 juillet, sur lequel il est très suivi (567 000 abonnés).
« Ils se sont mis à nous encercler puis à nous courir après (gaz, matraques, insultes). Et eux ils avaient dormi et ils s’entrainent toute l’année. Donc 1 – 0 pour les bleus », poursuit Aymeric Lompret, dénonçant une charge « d’une violence qu’[il] n’avait jamais vu. »
Une soirée organisée chaque année
Les organisateurs de la soirée, le collectif La Méandre, font un récit similaire de la fin de soirée. « Dimanche soir lors d’une fête de soutien au Collectif La Méandre dans nos hangars en bord de Saône, un cordon de la police nationale a coupé l’accès en créant une zone de tension aux alentours de 1h30 du matin. Après l’arrivée de 15 camions de la CRS 83 […] et un temps de temporisation et de négociation, nous avons invité le public à quitter les lieux dans le calme aux alentours de 4h30 du matin », expliquent les organisateurs sur leur compte Instagram.
Auprès du Journal de Saône-et-Loire (JSL), une organisatrice restée anonyme ajoute « qu’il s’agit d’une soirée que nous organisons traditionnellement à chaque fin de ’Chalon dans la rue’ et pour laquelle la direction du festival était informée ».
« Pourtant, quelques minutes après l’évacuation totale du public, une partie des CRS sont intervenus sur le quai sans plus aucune possibilité de dialogue et sans sommation nous forçant à nous réfugier dans nos hangars et ont chargé, violenté et tenté d’arrêter les derniers membres du collectif présents sur le quai qui prenaient en charge une personne qui était en difficulté », poursuit le collectif La Méandre sur Instagram.
La préfecture mentionne des « groupes hostiles »
Également dans Le Journal de Saône-et-Loire, la sous-préfecture de Chalon confirme et justifie l’intervention policière à cette soirée, « interdite comme les autres rassemblements musicaux en marge du festival ’Chalon’ dans la rue, par arrêté préfectoral ». Elle explique que les CRS sont intervenus pour faire cesser la fête et faire évacuer les lieux jugés dangereux, car situés proches de la Saône.
D’autres éléments ont été apportés par la préfecture de Saône-et-Loire dans un communiqué publié ce mardi 28 juillet, cité par le JSL. « Au moment des constatations, environ 500 personnes se trouvaient à l’intérieur du site, tandis qu’environ 1 500 personnes supplémentaires se tenaient à l’extérieur et tentaient d’y accéder », expliquent-ils.
« Si les organisateurs ont accepté d’interrompre l’évènement et d’évacuer les participants, des groupes hostiles se sont opposés à cette évacuation, érigeant des barricades et armés de projectiles lancés sur les forces de l’ordre », poursuit la préfecture, affirmant avoir fait le choix d’intervenir afin de « mettre fin au climat de tension et d’empêcher tout nouvel accès au site ».
« Petit texte premier degré pour dire qu’il va pas falloir s’endormir sur ce qu’il se passe en France. Il est hors de question que dans peu de temps, aller dans une fête avec des lunettes de protection soit monnaie courante. Une fête c’est avec des lunettes ananas et des paillettes », conclut Aymeric Lompret dans son post Instagram, en faisant écho aux débats récents sur la place de la fête en France et l’adoption le 21 juillet dernier de la loi Ripost instaurant une répression accrue des free parties.
A Chalon-sur-Saône, fin de soirée sous tension au port Nord pour La Méandre : « Les CRS ont chargé »

La soirée de soutien au collectif de La Méandre, au port Nord, s’est achevée dans la confusion, ce dimanche soir. En marge de la fin du festival Chalon dans la rue, le collectif organisait une fête dans les hangars du port qu’il occupe depuis plusieurs années. Plus d’un millier de personnes ont convergé vers le site pour participer à la soirée et montrer leur soutien au collectif menacé d’expulsion
« Vers 1 h 30, la police est venue bloquer les accès piétons et routiers au site, assure une organisatrice de la soirée, qui souhaite rester anonyme. Il y avait pourtant encore de nombreuses personnes qui souhaitaient rejoindre le port Nord depuis les cours du festival où les soirées se terminaient. »
Pas d’appel à la confrontation, selon le collectif
La jeune femme assure que les organisateurs de la soirée « ont demandé aux participants qui voulaient partir de le faire ». « Il a été clair qu’il n’y a pas eu d’appel à la confrontation avec les forces de l’ordre, mais au contraire d’être calme. »
Pourtant, la tension est encore montée d’un cran lorsque plusieurs fourgons de CRS, « une quinzaine », selon le collectif, sont apparus sur les abords du port et des hangars. « Ils nous ont dit que nous avions trente minutes pour couper le son et partir », reprend l’organisatrice. « Une grosse partie des participants est partie en ville, mais alors qu’il restait entre 100 et 150 personnes, les CRS ont chargé, matraqué et ont fait usage de gaz lacrymogènes. Il n’y a pourtant pas eu de débordement avant. Rien ne justifiait cette entrée en force des forces de l’ordre dans les locaux et cette violence. »
« Cela ne s’est jamais terminé comme cela »
Du côté des forces de l’ordre, on confirme la présence et l’intervention des CRS lors de la soirée, « interdite comme les autres rassemblements musicaux en marge du festival Chalon dans la rue, par arrêté préfectoral », rappelle la sous-préfecture de Chalon. Les CRS sont intervenus pour faire cesser la musique et la fête et faire évacuer les lieux jugés dangereux de par la proximité de la Saône et du pont de Bourgogne.
D’après plusieurs témoins qui ont contacté Le JSL, l’intervention policière ne s’est pas limitée qu’au port Nord. Des gaz lacrymogènes auraient été tirés à proximité du centre nautique, du camping provisoire ainsi qu’en ville.
« C’est une soirée que nous organisons traditionnellement à chaque fin de Chalon dans la rue et pour laquelle la direction du festival était informée, reprend l’organisatrice, choquée. Durant celle-ci, les années auparavant, il n’y a jamais eu aucun souci. Cela ne s’est jamais terminé comme cela. Est-ce une réponse à la manifestation de samedi [le 25 juillet, dans l’après-midi, une manifestation a été organisée devant les grilles de la sous-préfecture en soutien au collectif, NDLR] ?
La Méandre Vivra, On Bougera Pas ! L’ensemble du Communiqué du Collectif La Méandre suite à l’intervention policière dans la nuit de dimanche 26 juillet à lundi 27, est à télécharger par ici.
« Le calendrier était provocateur » : Gilles Platret s’exprime pour la première fois sur le dossier de La Méandre
Mercredi soir, à l’occasion du conseil municipal, l’épineux dossier du collectif artistique La Méandre a été abordé par les élus. À cette occasion, le maire, Gilles Platret, a donné pour la première fois la position de la Ville après un constat d’occupation mené pour la Chambre de commerce et d’industrie. L’occasion de rappeler que la Ville n’est pas décisionnaire. Un article signé
Depuis une semaine , la Ville se faisait discrète sur le dossier de La Méandre. D’abord parce qu’elle n’est pas décisionnaire ou directement impliquée dans cette affaire. Mais aussi par choix assumé. Pour autant, le sujet s’est invité au conseil municipal mercredi soir.
« Pouvez-vous préciser les projets en cours de préparation et pouvez-vous dire officiellement votre soutien à La Méandre », demandait l’élu Damien Saley (LFI) à l’intention du maire, Gilles Platret. Pour rappel, le collectif artistique La Méandre – qui occupe des hangars au Port nord – est menacé d’expulsion par la CCI , qui doit rendre le terrain à l’État sans les entrepôts.
Venue d’un commissaire de justice : « La Ville n’a jamais été informée »
« Le calendrier était provocateur [NDLR : un jour avant Chalon dans la rue], c’était la chose la plus inopportune à faire. Moi, je l’ai appris par le sous-préfet qu’il y avait un huissier qui venait le mercredi. La Ville n’a jamais été informée », concède Gilles Platret. « Et même si dimanche, je ne suis pas certain que La Méandre soit responsable de ce qu’il s’est passé, on aurait pu s’éviter les tensions qui ont nécessité l’emploi de la force. Toutefois, celui-ci était proportionné à mes yeux. Mais l’épisode de mercredi n’a en rien arrangé celui de dimanche. »
Les entrepôts « ne sont plus viables depuis des années »
Sur ce dossier, la Ville a « choisi de prendre de la distance ces derniers mois pour que chacun prenne ses responsabilités ». Notamment en sortant de sa convention avec les autres parties. « La Méandre occupe depuis des années un site sans titre, qui a été désaffecté depuis une trentaine d’années et dont les bâtiments n’ont pas été entretenus. Il y a une problématique de sécurité d’abord. » Et le « point dur de ce dossier, c’est l’état des entrepôts. Ils ne sont plus viables depuis des années, on le sait », en atteste le rapport d’une commission de sécurité menée en 2018.
« Ce qui n’a toutefois pas été redit dans le débat, c’est tout ce que la Ville a fait pour La Méandre. Il y avait du couchage qui était dangereux : la Ville a acheté des roulottes aménagées, pour 90 000 euros », pointe le maire qui avance également avoir tendu la main à la compagnie. « On a proposé d’autres locaux : La Méandre a refusé. Nous étions prêts à prendre en charge une partie du loyer. Tout ça, je l’ai fait pour soutenir un collectif chalonnais. »
La Ville veut attendre fin 2026
Aujourd’hui, Gilles Platret assume sa stratégie : attendre fin 2026 et le changement de propriétaire. « Une nouvelle commission de sécurité doit regarder les locaux, on verra. J’espère que le dialogue va reprendre. Quand tout sera réglé, la Ville pourra de nouveau s’intéresser au site. » Des pistes sont déjà évoquées, notamment créer de « l’hébergement touristique ou des sites culturels. C’est une extension naturelle de la Ville, un site remarquable : évidemment qu’on va s’y intéresser ».
Quant à La Méandre, le maire confirme sa volonté de voir le collectif rester. « L’intérêt de tout le monde, ce n’est pas que La Méandre parte de Chalon. Elle fait partie du paysage culturel chalonnais. Mais il faut aussi qu’elle entende qu’il y a d’autres sites que le Port nord. »
A suivre …
Lire par ailleurs sur PrendreParti à propos du Collectif La Méandre …
Le collectif artistique La Méandre menacé d’expulsion à Chalon sur Saône …

