Jean-Luc Courcoult, Royal de luxe et le Chili : une relation de longue date !

Jean-Luc Courcoult, directeur de la compagnie Royal de Luxe, exprime l’affection particulière qu’il porte au pays et au peuple chilien. Dans les coulisses de la 33e édition du Festival international Teatro a Mil, le quotidien chilien « El Mostrador » s’est entretenu  avec lui au sujet de la pièce « Apesanteur » et de sa relation de longue date avec le Chili … 

Royal de Luxe revient à Santiago : « La pièce parle du temps et de la façon dont certaines choses ne changent pas. »

Vuelve Royal de Luxe a Santiago: “La obra se trata del tiempo y de cómo algunas cosas no cambian”

Un article paru en page culture de El Mostrador  du 12 janvier 2026 …

Jean-Luc Courcoult transpose à nouveau son imagination sur le territoire chilien. Le légendaire metteur en scène de la compagnie française Royal de Luxe, qui avait déjà présenté « Le Petit Géant » au Chili en 2007 et 2010, revient cette fois avec « Apesanteur », un spectacle gratuit qui sera présenté dans plusieurs communes de la Région métropolitaine, après ses premières très réussies à Antofagasta et Iquique. Aujourd’hui, Royal de Luxe revient avec un format différent : un tournage improbable, des policiers perdus dans le temps, des crimes absurdes et un cosmonaute soviétique venu du futur pour reconstituer une affaire impossible. Comme toujours, sa force réside dans sa capacité à habiter la ville, à la transformer en scène et à nous rappeler que, même au cœur du chaos contemporain, le théâtre peut encore être un lieu de pause, de rencontre et de réflexion.

« Apesanteur, un spectacle plein de symbolisme et d’humour

Nous sommes de nos jours, et la rue se transforme en décor d’une série policière. L’intrigue se déroule dans les années 1960 et explore une série de meurtres de femmes dans des circonstances diverses, jusqu’à l’arrivée d’un voyageur temporel venu du futur, qui confirme que les mêmes meurtres se reproduiront deux siècles plus tard. C’est le thème central d’« Apesanteur », un spectacle de rue qui, par l’absurde et l’humour noir, suscite des émotions et des réflexions sur l’évolution de notre morale, jouant sur la vitesse à laquelle nous percevons le temps et sur le sérieux avec lequel nous abordons les choses.

Créditos: Santiago a Mil

 

 

Ce spectacle se présente comme un jeu onirique où le cosmonaute soviétique Youri Gagarine voyage dans le temps pour résoudre une énigme criminelle sur un plateau de tournage. Quels thèmes spécifiques souhaitez-vous explorer dans cette œuvre, et comment les avez-vous traduits dans le langage visuel et poétique caractéristique de Royal de Luxe ?

« Dans cette aventure, l’enjeu principal est le rapport au temps et la persistance de certaines choses, malgré leurs transformations.
Le tournage a lieu en direct, en 2026. Mais la mise en scène est celle d’une enquête menée en 1962 dans un commissariat de l’époque, concernant le meurtre d’une femme. Un nouveau détective arrive du futur, de l’an 2200. La superposition de ces trois temporalités, traitant des mêmes crimes, reflète la banalité avec laquelle les féminicides, qui ont malheureusement toujours existé, sont traités. Mais le film porte aussi un regard critique sur le machisme véhiculé par les films des années 1960 : si les comportements et la morale évoluent avec le temps, cette évolution ne semble pas positive. Ainsi, aussi absurde que cela puisse paraître au théâtre, la scène du « meurtre par écrasement du visage » est tirée directement d’une affaire policière réelle : « Elle m’embêtait, alors je l’ai tuée à coups de pelle. »

Ce spectacle présente plusieurs contrastes : entre un plateau de télévision et le théâtre de rue, entre l’exploration de l’espace et l’enquête criminelle. Quelles réflexions suscite cette œuvre dans le monde d’aujourd’hui, et pourquoi est-il important de la présenter dans la rue, au cœur de la ville ?

« Le monde actuel me paraît incroyablement instable. De même, ce spectacle suit un chemin chaotique dans sa production. Son amateurisme bon enfant, ses digressions narratives, ses effets de style audacieux et ses retours en force inattendus… Je trouve toujours intéressant de voir un spectacle s’inscrire dans un contexte : au théâtre, le public fait semblant de croire au décor. De nos sièges, nous savons que nous sommes dans un appartement ou au sommet d’une colline. En extérieur, en revanche, une « situation » permet à la ville ou à la place de servir de contexte à l’œuvre. Ici, il s’agit d’un plateau de tournage, qui pourrait tout à fait se dérouler ici. Le soleil et le vent accentuent cette authenticité.

Concernant les œuvres que vous avez présentées dans notre pays, « La Petite Géante » a profondément marqué toute une génération. Puis, la première de « Miniatures » a marqué un tournant pour la compagnie vers les miniatures, et cette fois-ci vous revenez avec « Apesanteur », qui mêle des éléments des deux formats. Quelles différences observez-vous dans le processus créatif, au-delà des dimensions ?

« Naturellement, les processus créatifs diffèrent. S’il s’agit d’une aventure de géant, il faut l’imaginer comme une histoire racontée à une ville entière, voire à un pays tout entier. Dans ce cas (outre les immenses difficultés financières que rencontre actuellement ce type de spectacle), chaque rue, chaque place, chaque virage doit être calculé, de même que la hauteur des ponts et des lignes électriques. Cette logistique implique d’établir les plans, les lieux, les dates et les horaires bien à l’avance. La circulation et le stationnement sont coordonnés avec les autorités. Ensuite, des répétitions sont organisées de nuit avec plus d’une centaine de personnes, en prenant soin d’éviter les regards curieux du public et des journalistes afin de véritablement surprendre tout le monde. Certains gestes quotidiens d’un géant peuvent sembler simples, mais les plus petits mouvements sont méticuleusement détaillés et répétés, et doivent être visibles de loin par une foule nombreuse. Les images acquièrent une dimension légendaire, et le cours de l’imagination doit se projeter sur « l’infiniment vaste » : percevoir l’émotion et l’émerveillement du public, car la magie vient d’ailleurs et se crée dans le regard de la foule.

Ce qui se passe lors d’une performance sur une place publique ou dans la rue est tout autre chose, fruit d’une élaboration méticuleuse.
Son rythme est différent. On pourrait le comparer à une symphonie, où la précision est parfois imperceptible, mais exécutée avec une minutie extrême : l’intervalle entre deux performances ne varie que de quelques secondes. Et la relation, la proximité créée avec les spectateurs, est naturellement plus intime. Elle est aussi plus fragile, car avec les géants, ce sont eux les acteurs. Ici, l’attention repose essentiellement sur la puissance des interprètes et leur monde intérieur. Cette vulnérabilité fait partie intégrante de la poésie de l’œuvre.

Le Chili et Royal de Luxe, une relation de longue date

De retour au Chili, le metteur en scène français exprime l’affection particulière qu’il porte à notre pays et au public chilien, et explique pourquoi il revient sans cesse à Santiago et dans le Norte Grande pour mettre en scène ses spectacles qui tournent avec succès à travers l’Europe.

« Notre premier spectacle au Chili était « Roman Photo » en 1985 … Puis, avec Teatro a Mil, nous avons présenté « Deux spectacles pour le prix d’un » en 2004. À cette occasion, nous avons fait une tournée dans les villes de l’Altiplano, au nord du pays. Je me souviens qu’à ce moment-là, nous avons eu une pause d’une dizaine de jours. Faute d’oxygène, notre camion avait beaucoup de mal à monter la montagne et à accéder aux places des villages. Nous avons donc décidé de jouer dans de petits villages du désert d’Atacama, grâce à un groupe électrogène. C’était un moment merveilleux, pour nous comme pour les habitants, surpris mais ravis de découvrir ce type de théâtre chez eux », raconte Courcoult.
Les marionnettes géantes de Royal de Luxe sont nombreuses et ont fait des tournées dans des pays comme la France, la Turquie, la Grèce, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Mais c’est au Chili que la compagnie est devenue une légende populaire après l’arrivée de « La Pequeña Gigante » (La Petite Géante), la marionnette de plus de 5 mètres de haut qui, en 2007, a déambulé entre les immeubles, a croisé le regard de plus d’un million de Chiliens, a respiré au rythme de la ville et est restée à jamais gravée dans la mémoire collective du pays. Cette expérience a été renouvelée devant des foules immenses lors de tournées dans différentes régions, avant un changement de format radical avec leur spectacle « Miniatures », présenté en 2018. Ainsi, le nouveau spectacle de rue que Royal de Luxe présentera, « Apesanteur », est l’un des plus attendus du festival Teatro a Mil 2026.

OU VOIR « APESANTEUR »?

 Les 13 et 14 janvier, à 19h30, sur la Place de la Constitución, Santiago.
Les 17 et 18 janvier, à 19 h 30, à la patinoire municipale de Puente Alto.
Billets requis.
Les 22, 23 et 24 janvier, à 19h30, au parc Amengual, Pudahuel.
Premier arrivé, premier servi.


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