Ce 26 mars, plus de 10 000 étudiants ont manifesté sur l’avenue principale de Santiago lors de la première mobilisation du mouvement étudiant contre les politiques d’austérité et de coupes budgétaires du gouvernement d’extrême droite de José Antonio Kast. À partir de midi, plusieurs organisations étudiantes ont appelé à se rassembler aux abords de l’ancien Congrès national, puis à marcher vers le palais de la Moneda, avant d’être réprimés par la police.

Cette marche fait suite à une semaine de mobilisations diverses en réaction aux premières mesures du gouvernement. Ce 22 mars, dans le cadre de l’appel à la Marche pour la Journée de l’eau (mobilisation annuelle contre la privatisation de l’eau et la contamination due à l’extractivisme), des milliers de personnes se sont rassemblées dans différentes villes du pays pour protester contre les mesures pro-extractivistes de suppression de régulations environnementales annoncées la semaine précédente. De plus, des casserolades se sont fait entendre à Santiago et dans certaines villes du pays lors des soirées du 24 au 25. Au cours de ces mêmes jours, les étudiants du secondaire ont eux-aussi gagné en visibilité avec diverses mobilisations, comme celle qui a eu lieu le 24, où des étudiants ont paralysé la Ligne 1, affectant les transports aux heures de pointe, montrant qu’il existe non seulement une volonté, mais aussi des forces pour faire face aux politiques d’austérité et aux attaques de José Antonio Kast.

Ces attaques se sont concrétisées la semaine dernière quand le gouvernement au pouvoir depuis le 13 mars a annoncé ses premières mesures qui ont commencé à susciter l’indignation de ceux qui regardent avec méfiance son projet austéritaire, raciste et écocidaire en faveur des grands patrons et de l’extractivisme. Dans ce contexte de défiance, le gouvernement a provoqué un choc ce lundi en annonçant une hausse des prix des carburants de 60%, entrée en vigueur dans la nuit du 26 mars. Cette annonce a accéléré la baisse du soutien au gouvernement : en moins de 15 jours, le taux de désapprobation est passé de 37 % à 49 %, dépassant les 47 % d’opinions favorables au gouvernement de Kast. La hausse du prix des carburants est devenue un sujet incontournable dans les lieux d’étude et de travail, suscitant un fort rejet populaire. Dans les discussions quotidiennes, on ressent de nouveau l’indignation et le mécontentement, même si celui-ci reste encore, dans l’ensemble, passif.

Pour cela, la mobilisation étudiante peut constituer un point de départ pour faire face aux attaques du gouvernement et les faire reculer. En effet, la hausse du prix de l’essence a été l’occasion pour les étudiants de se mobiliser également contre les mesures austéritaires de Kast pour la santé ou la jeunesse comme la fin de la gratuité des études pour les plus de 30 ans ou la réduction des bourses étudiantes. Mais pour cela il sera nécessaire d’affronter le gouvernement avec un plan de lutte progressif, et c’est justement ce que ne veulent pas ceux qui sont à la tête des principales organisations étudiantes liées au Parti communiste et au Frente Amplio (parti de l’ancien président Boric), qui se sont déclarés comme une opposition « responsable et collaborative ».

On observe quelque chose de similaire dans le mouvement ouvrier. L’expression de cela est la récente réunion de la direction de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT, principal syndicat du pays), dirigée par le PS et le PC, avec le ministre du Travail, Tomás Rau, où les discussions ont porté sur le maintien de la semaine de 40 heures, des négociations sectorielles et l’augmentation des salaires, mais sans aborder le principal problème qui affecte aujourd’hui la classe ouvrière, à savoir les attaques du gouvernement contre le pouvoir d’achat de millions de familles. Les bureaucraties syndicales et étudiantes seront donc un obstacle car elles chercheront à entraîner la lutte dans le marécage parlementaire ou dans la dispersion, dans le but de maintenir une opposition dialogante avec la droite.

Face à cette stratégie de résignation et de collaboration, il est nécessaire de construire un programme alternatif qui parte de la mobilisation des travailleurs et des étudiants pour un plan de lutte et une grève nationale qui s’étende le plus largement possible. C’est pourquoi les assemblées auto-organisées qui ont eu lieu dans des universités comme l’Université de la Frontière ou à la faculté Juan Gómez Millas de l’Université du Chili sont très importantes, où des mesures ont été discutées et votées pour faire face aux attaques du gouvernement.

Le PTR (Parti des Travailleurs Révolutionnaires, organisation sœur de Révolution Permanente au Chili) invite toutes celles et ceux qui souhaitent mener cette lutte jusqu’au bout à impulser un réseau de coordination afin d’exiger des principales directions du mouvement syndical et étudiant qu’elles cessent de détourner le regard pendant que Kast avance une politique d’austérité historique et qu’elles prennent la tête pour avancer vers un plan de grève nationale contre la hausse des carburants, qui constitue un front commun entre les secteurs syndicaux, les étudiants et la gauche révolutionnaire.

Extrait d’un article paru dans La Izquierda Diario Chili du 27 mars 2026