La municipalité « inclassable » de la commune du Relecq-Kerhuon …

D’après photo Le Télégramme

Liste citoyenne de gauche, de droite, du centre ou d’ailleurs ? Les observateurs  s’arrachent les cheveux pour classer les municipalités dites « sans étiquette », « apolitiques » ou « en dehors des partis politiques « . Au Relecq-Kerhuon (Finistère), parmi les  26 nuances proposées par la Préfecture , la liste issue des travaux de « La Fabrique Citoyenne Kerhorre » a choisi la case « DIVERS » qui signifie « inclassable »…

La grille de 26 nuances  proposée par les Préfectures


Source : legifrance.gouv …

A propos de la Nuance « Divers, candidats inclassables » :
Les préfets attribuent une nuance aux candidats en se référant à une grille de 26 nuances « correspondant aux principales formations et sensibilités politiques » (par exemple COM pour le Parti communiste, PLP pour Place publique, MDM pour le Modem, etc.).

Et pour choisir la nuance qui sera décernée à un candidat, ils observeront si ce dernier a reçu un soutien officiel ou non de la part d’une formation politique. Par ailleurs, ils s’appuieront sur « un faisceau d’indices concordants prenant en compte l’étiquette déclarée par le candidat, le programme de campagne de la liste qu’il porte ou sur laquelle il figure, les prises de positions publiques du candidat, sa trajectoire politique, ou tout autre élément éclairant ».

Alors que nombre de candidats ont choisi de se présenter sans aucune étiquette politique, y compris dans les grandes villes, les préfets sont incités à utiliser « avec mesure » la nuance « divers ». Le ministère insiste : « Ni l’absence d’étiquette politique affichée par un candidat, ni la revendication d’une candidature ‘sans étiquette’, ‘apolitique’ ou encore ‘citoyenne’ ne suffisent à justifier l’attribution de [cette] nuance ». Celle-ci sera réservée aux « candidats qui ne sont rattachables à aucun parti ou courant politique précis et identifiable ».


Ce qu’en dit Le Télégramme de Brest :

« On ne veut plus subir les décisions métropolitaines » : Le Relecq-Kerhuon, un village d’Astérix au sein de Brest Métropole ?

Si Brest Métropole a basculé « à droite toute » dimanche, Le Relecq-Kerhuon résiste à l’envahisseur. Avec ses cinq élus, « Le renouveau kerhorre » refuse de prêter allégeance au bloc majoritaire, revendiquant une indépendance citoyenne.

Le maire Erwan L’Eost et la future vice-présidente de la métropole Servane Metzger-Corrigou comptent utiliser leur indépendance comme un levier de négociation permanent.
Le maire Erwan L’Eost et la future vice-présidente de la métropole Servane Metzger-Corrigou comptent utiliser leur indépendance comme un levier de négociation permanent. (Le Télégramme/Jean-Luc Padellec)

En deux tours d’élection, la péninsule brestoise a radicalement changé de couleur. Le menhir François Cuillandre est tombé, et avec lui, le leadership de la gauche, laissant place à une hégémonie de la droite et du centre. Avec 50 sièges sur 66, Stéphane Roudaut, le futur président de Brest Métropole, va disposer d’un empire. Face à lui, une gauche dispersée et réduite à onze élus. Et à l’est du territoire ? Un camp retranché du « ni ni » : Le Relecq-Kerhuon.

La potion magique de la « Fabrique »

Pour comprendre, il faut revenir au 15 mars. Alors que les états-majors brestois affûtent leurs glaives pour le second tour, Le Relecq-Kerhuon a déjà vécu son banquet final. Laurent Péron, dernier centurion socialiste de la périphérie, est balayé dès le premier tour par « Le renouveau Kerhorre » d’Erwan L’Eost (56,10 %).

Les cinq sièges de la commune viennent de basculer à droite, croit-on alors. « Faux », répondent les intéressés, en martelant leur indépendance vis-à-vis des chapelles politiques. La liste s’appuie sur une charte éthique qui grave dans le granit un fonctionnement en dehors de toute démarche partisane, afin de « renouer la confiance entre les citoyens et la politique locale ». Elle se revendique comme le fruit d’un travail collectif mené par la « Fabrique Citoyenne Kerhorre ». Placée en vigie, cette base arrière de 80 citoyens impose une méthode inédite : les élus ne sont pas seuls maîtres à bord.

Une vigie citoyenne

Aux côtés du maire, ce jeudi, Servane Metzger-Corrigou, numéro deux de la liste, et fléchée à une vice-présidence de la métropole, affiche le calme de ceux qui ont une potion secrète dans leur gourde. « On sait qu’il faudra faire œuvre de pédagogie. On veut travailler avec tout le monde. On votera sans doute 95 % des délibérations. Mais sur les 5 % restantes, on compte bien peser ».

On votera sans doute 95 % des délibérations. Mais sur les 5 % restantes, on compte bien peser.

Avant chaque vote sur les grands projets structurants, la délibération sera passée au tamis du collectif citoyen. L’urbanisme est déjà en haut de la pile. La nouvelle majorité veut lancer une grande consultation citoyenne pour définir le projet urbain de la commune. Et d’annoncer la couleur : « On s‘opposera aux projets immobiliers jugés contraires à l’intérêt général », citant notamment le dossier de la Cantine du Moulin-Blanc.

Sur le sujet brûlant du nouveau stade, elle n’a pas d’avis tranché : toute nouvelle délibération sera donc soumise au vote de la Fabrique. « Nous ne voulons plus subir les décisions métropolitaines : Brest Métropole doit devenir une opportunité et non plus une contrainte », résume le binôme, en citant l’exemple des mobilités. « Le Relecq est très mal desservi par le train et le bus. Or, quand Bibus a revu ses lignes récemment, la desserte de l’hypermarché Leclerc a été fermée. C’est très préjudiciable pour les personnes âgées. »

« Quel serait l’intérêt de nous placardiser » ?

La question de la vice-présidence sera un premier test. « Laurent Péron avait pris ce qu’on lui avait donné. Moi, j’ai envie d’être force de proposition », avance Servane Metzger-Corrigou, qui n’entend pas se contenter des miettes. Reste que Stéphane Roudaut et ses alliés n’ont pas besoin des cinq voix du Relecq pour gouverner.

Une liste citoyenne qui renverse un maire sortant au premier tour, avec 56 % des suffrages, ça dit quelque chose.

Sans alliance, les Kerhorres prennent donc le risque de finir attachés à l’arbre, spectateurs muets des grands arbitrages budgétaires. Servane Metzger-Corrigou et Erwan L’Eost, veulent y croire. « Quel serait l’intérêt de nous placardiser ? Une liste citoyenne qui renverse un maire sortant au premier tour, avec 56 % des suffrages, ça dit quelque chose ». Reste à savoir si, face à la realpolitik de la métropole, la potion magique ne finira pas par s‘éventer.


Lire par ailleurs sur PrendreParti  :

Le Relecq-Kerhuon a voté pour une alternative citoyenne …