Bruce Springsteen fustige « l’armée privée du roi Trump » à Minneapolis …

« Streets of Minneapolis » : Bruce Springtsteen sort une chanson pour dénoncer les violences de l’ICE . « J’entends ta voix pleurer à travers la brume sanglante / Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts dans les rues de Minneapolis », chante notamment Springsteen dans cet hommage aux deux Américains tués par des agents fédéraux dans cette ville ces dernières semaines …

Bruce Springsteen s’insurge des pratiques de l’« armée privée du roi Trump » à Minneapolis dans une chanson en hommage à Alex Pretti et Renee Good

Toujours prêt à en découdre avec le président américain, le « Boss » décrit une « ville en flammes [qui] a combattu le feu et la glace sous les bottes d’un occupant », dans un morceau écrit et enregistré en deux jours. Un article signé  Pierre Bouvier publié dans Le Monde.fr du  28 janvier 2026 (avec AFP)

Bruce Springsteen en concert à Berlin, le 11 juin 2025.
Billie Eilish en a rêvé, Bruce Springsteen l’a fait. Sur ses réseaux sociaux, la chanteuse et musicienne californienne aux 125 millions d’abonnés a interpellé d’autres célébrités, leur demandant de prendre position contre la police fédérale de l’immigration (ICE), après la mort d’Alex Pretti, abattu par un agent fédéral à Minneapolis le 24 janvier. En story, la chanteuse leur a lancé : « Hé mes collègues les célébrités, vous allez prendre la parole ? Ou quoi ? »

La réponse est venue, mercredi 28 janvier, sous la forme d’une protest song, Streets of Minneapolis, écrite par Bruce Springsteen, toujours prêt à en découdre avec Donald Trump. Dans un message sur les réseaux sociaux, le « Boss » précise : « J’ai écrit cette chanson samedi, l’ai enregistrée hier et l’ai publiée pour vous aujourd’hui en réponse à la terreur d’Etat infligée à la ville de Minneapolis. Elle est dédiée aux habitants de Minneapolis, à nos voisins immigrés innocents et à la mémoire d’Alex Pretti et de Renée Good [une mère de famille tuée elle aussi par un agent le 7 janvier]. Restez libres. »

Dans les paroles de Streets of Minneapolis il évoque comment « une ville en flammes a combattu le feu et la glace [ice en anglais, comme l’acronyme de la police de l’immigration] sous les bottes d’un occupant », qualifiant le département de la sécurité intérieure d’« armée privée du roi Trump ».

Le morceau, qui commence par une simple guitare acoustique et une voix avant de se transformer en un titre plus complet avec un solo d’harmonica, se termine sur des chants d’« ICE Out ! ». Le titre fait écho à Streets of Philadelphia, une chanson de Springsteen utilisée pour le film Philadelphia, en 1993.

La Maison Blanche a réagi par la voix d’une des porte-parole du président américain, Abigail Jackson : « L’administration Trump s’efforce d’encourager les démocrates au niveau des Etats et des collectivités locales à coopérer avec les agents fédéraux afin d’éloigner de leurs communautés les étrangers en situation irrégulière dangereux et criminels, et non de se préoccuper de chansons aléatoires aux opinions sans pertinence et aux informations inexactes. »

Hommage à Renee Nicole Good

Avant la mort d’Alex Pretti, Bruce Springsteen avait fait une apparition surprise au concert de charité Light of Day à Red Bank, dans le New Jersey, le 18 janvier. Il avait dénoncé l’ICE et le meurtre de Renee Nicole Good, interprétant en l’honneur de la jeune femme sa chanson The Promised Land :
« Si vous croyez au pouvoir de la loi et au fait que personne n’est au-dessus d’elle, si vous vous opposez à l’invasion d’une ville américaine par des troupes fédérales masquées et lourdement armées utilisant des tactiques de la Gestapo contre nos concitoyens, si vous croyez que vous ne méritez pas d’être assassiné pour avoir exercé votre droit à manifester, alors envoyez un message à ce président, comme l’a dit le maire de la ville : l’ICE n’a qu’à foutre le camp de Minneapolis. »

Bruce Springsteen est depuis longtemps un critique du président, qui l’a, de son côté, qualifié de « surcoté ». Leur dernier affrontement public remonte à l’an dernier, lorsque Springsteen, en tournée en Angleterre, a déclaré à son public que l’Amérique « est actuellement entre les mains d’une administration corrompue, incompétente et traîtresse ». Donald Trump avait alors répliqué en qualifiant Springsteen de « rockeur desséché comme un pruneau ».

Ce n’est pas la première fois que Springsteen réagit à une injustice, faisant preuve de son empathie. En 2000, il avait enregistré le titre American Skin (41 Shots), à la mémoire d’Amadou Diallo, vendeur de rue guinéen criblé de 41 balles par des policiers new-yorkais, s’attirant la colère de la police de New York.
Avant lui, en 1970, Neil Young avait écrit la chanson Ohio, qui fustigeait le président Nixon, peu après l’intervention de la garde nationale à Kent State University, le 4 mai 1970, dans l’Ohio, qui fit quatre morts lors d’une manifestation étudiante contre la présence militaire américaine au Cambodge.


Paroles de « Streets of Minneapolis »

Version originale

Through the winter’s ice and cold
Down Nicollet Avenue
A city aflame fought fire and ice
‘Neath an occupier’s boots
King Trump’s private army from the DHS
Guns belted to their coats
Came to Minneapolis to enforce the law
Or so their story goes

Against smoke and rubber bullets
By the dawn’s early light
Citizens stood for justice
Their voices ringing through the night
And there were bloody footprints
Where mercy should have stood
And two dead left to die on snow-filled streets
Alex Pretti and Renee Good

Oh our Minneapolis, I hear your voice
Singing through the bloody mist
We’ll take our stand for this land
And the stranger in our midst
Here in our home they killed and roamed
In the winter of ’26
We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

Trump’s federal thugs beat up on
His face and his chest
Then we heard the gunshots
And Alex Pretti lay in the snow, dead
Their claim was self defense, sir
Just don’t believe your eyes
It’s our blood and bones
And these whistles and phones
Against Miller and Noem’s dirty lies

Oh our Minneapolis, I hear your voice
Crying through the bloody mist
We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis
Now they say they’re here to uphold the law
But they trample on our rights
If your skin is black or brown my friend
You can be questioned or deported on sight

In chants of ICE out now
Our city’s heart and soul persists
Through broken glass and bloody tears
On the streets of Minneapolis

Oh our Minneapolis, I hear your voice
Singing through the bloody mist
Here in our home they killed and roamed
In the winter of ’26
We’ll take our stand for this land
And the stranger in our midst
We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis
We’ll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

Traduction française

À travers la glace et le froid de l’hiver
En descendant Nicollet Avenue
Une ville en flammes a combattu le feu et la glace
Sous les bottes d’un occupant
L’armée privée du Roi Trump venue du DHS
Pistolets à la ceinture de leurs manteaux
Est venue à Minneapolis pour faire respecter la loi
Ou du moins c’est ce que dit leur histoire

Contre la fumée et les balles en caoutchouc
Aux premières lueurs de l’aube
Les citoyens se sont levés pour la justice
Leurs voix résonnant dans la nuit
Et il y avait des empreintes sanglantes
Là où la pitié aurait dû se tenir
Et deux morts laissés à l’agonie sur les rues enneigées
Alex Pretti et Renee Good

Oh notre Minneapolis, j’entends ta voix
Chanter à travers la brume sanglante
Nous prendrons position pour cette terre
Et pour l’étranger parmi nous
Ici, dans notre maison, ils ont tué et rôdé
Durant l’hiver 26
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Les voyous fédéraux de Trump l’ont frappé
Au visage et à la poitrine
Puis nous avons entendu les coups de feu
Et Alex Pretti gisait dans la neige, mort
Ils ont plaidé la légitime défense, monsieur
Ne croyez simplement pas vos yeux
C’est notre sang et nos os
Et ces sifflets et téléphones
Contre les sales mensonges de Miller et Noem

Oh notre Minneapolis, j’entends ta voix
Pleurer à travers la brume sanglante
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Maintenant ils disent qu’ils sont ici pour faire respecter la loi
Mais ils piétinent nos droits
Si ta peau est noire ou brune mon ami
Tu peux être interrogé ou déporté à vue

Dans les chants de « ICE dehors maintenant »
Le cœur et l’âme de notre ville persistent
À travers le verre brisé et les larmes sanglantes
Dans les rues de Minneapolis

Oh notre Minneapolis, j’entends ta voix
Chanter à travers la brume sanglante
Ici, dans notre maison, ils ont tué et rôdé
Durant l’hiver 26
Nous prendrons position pour cette terre
Et pour l’étranger parmi nous
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Par Andy Greene