Mona Khalil avait tenu bon face à deux guerres, refusant d’abandonner sa maison de Mansouri à quelques mètres des tortues marines sur lesquelles elle veillait depuis 25 ans. La militante écologiste, 76 ans, fondatrice d’« Orange House Project » et figure tutélaire de la protection des tortues sur le littoral de Tyr, a succombé à des blessures causées par une frappe israélienne qui a touché de plein fouet sa demeure familiale …
Avec Mona Khalil , disparaît l’une des figures les plus singulières, les plus libres et les plus lumineuses de l’écologie au Liban. Mona veillait sur la plage de Mansouri, au Liban-Sud, où les tortues marines venaient pondre. Elle en avait fait une mission, un combat, une raison de vivre.
Son nom était indissociable de l’Orange House, cette maison devenue refuge, lieu de passage, d’accueil et de protection du vivant. Là, Mona ne protégeait pas seulement des tortues. Elle protégeait une plage, une mémoire, un équilibre fragile entre l’homme et la nature. Elle protégeait une certaine idée du Liban, celle d’un pays encore capable de beauté, de bonté et de fidélité à la terre.
Mona Khalil, « gardienne des tortues » de Mansouri, succombe à ses blessures, après une frappe israélienne sur sa maison
Se croyant à l’abri parce qu’elle était civile, la fondatrice d’« Orange House Project » avait refusé de partir malgré la guerre. Un article paru dans « L’Orient Le Jour » du 19 juin 2026 .

La militante écologiste Mona Khalil photographiée sur la plage de Mansouri, pour la protection de laquelle elle a dédié sa vie. Photo tirée de sa page Facebook
Une frappe israélienne avait touché de plein fouet sa demeure familiale le 4 juin dernier. Elle avait repris conscience le lendemain de l’attaque avant que son état ne se dégrade progressivement. Elle était hospitalisée depuis deux semaines à l’AUBMC à Beyrouth, après avoir été transférée depuis l’hôpital Jabal Amel dans le Sud, selon Fadia Joumaa, militante écologiste originaire de Tyr, contactée par L’Orient-Le Jour. « Les médecins ont en vain tenté de la sauver au cours des derniers jours », a-t-elle ajouté.
« Aujourd’hui, je vis mon rêve »
Figure de proue de la protection de la faune aquatique au Liban, Mona Khalil avait consacré plus de deux décennies à la sauvegarde des tortues marines du littoral sud. Son engagement remonte à 1999, lorsqu’une nuit de mai, sur la plage de Mansouri, elle découvre une tortue en train de pondre ses œufs. Peu après, elle quitte sa carrière de restauratrice d’art aux Pays-Bas et s’installe dans la maison familiale située à une centaine de mètres du rivage, construite par son père et où elle passait ses étés durant son enfance. En 2000, après le retrait israélien du Liban-Sud, elle fonde l’« Orange House Project » afin de protéger ce site de ponte et d’assurer la survie des tortues nouveau-nées jusqu’à leur retour à la mer.
La maison, située à quelques mètres de la plage, est transformée en gîte écologique dont les revenus financent la préservation d’une bande littorale de 1,4 kilomètre. Ce tronçon de sable, devenu son champ d’action quotidien, abrite la ponte des tortues mais aussi une biodiversité plus large. Au fil des années, Mona Khalil s’impose comme une référence du milieu environnemental local, et l’ange gardien des tortues de Mansouri. « J’ai commencé avec une amie. Nous étions deux femmes, seules. Je ne connaissais rien aux tortues. J’ai écrit à la Mediterranean Association to Save the Sea Turtles pour demander de l’aide. On nous a envoyé un biologiste marin qui nous a tout appris. Aujourd’hui, je vis mon rêve », confiait-elle à L’Orient-Le Jour.
Elle était connue pour son opposition systématique, et au fil des années, à tous les projets qui menaçaient de bétonner « sa plage », devenue un sanctuaire pour les tortues de mer. Elle avait réussi à obtenir un classement de la plage en tant que « hima », un type de réserves gérées par des particuliers et les autorités locales.
La frappe israélienne qui l’a blessée puis tuée a touché sa maison de plein fouet. L’obus est tombé du côté où se trouvait sa chambre, selon le récit de témoins de la frappe. « Mona s’est barricadée à l’intérieur de sa maison, n’accueillant personne et se croyant à l’abri parce qu’elle est civile, nous avait confié il y a deux semaines Fadia Joumaa. Elle refusait absolument de se retrouver déplacée, et c’était bien digne d’une personnalité aussi déterminée ».
Mansouri se trouve juste au nord de ce que les Israéliens appellent « la ligne jaune », qui délimite une « zone tampon » établie de facto à l’intérieur de laquelle ils occupent des dizaines de villages, mais la destruction y est néanmoins impressionnante.
