Premières manifestations dans les rues chiliennes contre la politique du président Kast …

Au Chili, la Journée mondiale de l’eau du dimanche 22 mars, a donné lieu à des manifestations dans les rues de Santiago et de 15 villes pour protester contre les décisions environnementales du nouveau gouvernement de José Antonio Kast, qui a retiré 43 décrets environnementaux promus par Gabriel Boric. Le jeudi suivant, des milliers de lycéens et d’étudiants qui manifestaient contre un projet de restriction de la gratuité universitaire …

La Journée mondiale de l’eau, commémorée ce dimanche, s’est transformée en une journée de protestation à Santiago et dans au moins 15 villes du Chili. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour rejeter les récentes décisions environnementales du nouveau gouvernement de José Antonio Kast, qui a retiré 43 décrets environnementaux promus par l’administration de Gabriel Boric. La marche dans la capitale a parcouru près de deux kilomètres le long de l’avenue Alameda, sous le slogan “Don’t ‘Kast-igate’ Nature” (“La nature ne se KASTigue pas”), et a réuni des dizaines de milliers de manifestants.

Les décrets retirés

Les normes suspendues comprenaient :

  • Des mesures de protection pour des espèces comme la grenouille de Darwin et le manchot de Humboldt.
  • Création de parcs nationaux.
  • Plans de décontamination dans des zones critiques comme le Lac Villarrica.
  • Réglementations sur les émissions des centrales thermiques.
  • Déclaration de zones protégées dans la région d’Atacama, pour préserver 10 zones humides d’altitude liées à la Stratégie nationale du lithium.

Le gouvernement a justifié la décision comme une révision technique et normative habituelle au début d’une nouvelle administration.

Critiques et préoccupations

Pour Mauricio Lorca, chercheur à l’Université d’Atacama, la mesure est “très regrettable”, car elle laisse les zones humides “à la merci de l’expansion du capital” lié à l’exploitation minière du lithium.
Depuis le Mouvement pour la défense et l’accès à l’eau, à la terre et à l’environnement (Modatima), son porte-parole Cristóbal Rodríguez a rappelé que 1,4 million de personnes au Chili n’ont toujours pas accès à l’eau potable, ce qui fait de cette décision un recul dans la politique environnementale.

journée mondiale de l'eau
Manifestations pour la Journée mondiale de l’eau au Chili : les citoyens exigent le respect des normes environnementales suspendues par le gouvernement.

Manifestations dans différentes villes

À Valparaíso, des dizaines de manifestants se sont réunis avec des slogans en défense des écosystèmes et contre les mesures de l’exécutif. Bien que de moindre ampleur qu’à Santiago, la manifestation s’inscrivait dans la dynamique nationale, montrant que la défense de l’eau et des biens communs est un axe central de lutte.

Un scénario de conflictualité sociale

Les mobilisations reflètent un mécontentement généralisé et s’inscrivent dans un scénario de conflictualité sociale croissante. Des secteurs de travailleurs, d’étudiants et de mouvements socio-environnementaux avertissent qu’il ne s’agit pas de faits isolés, mais d’une orientation politique visant à approfondir un modèle de développement basé sur l’exploitation intensive des territoires.

La Journée mondiale de l’eau au Chili est devenue une expression de résistance nationale, où la défense de l’eau et des écosystèmes se positionne comme une priorité face aux premières mesures du nouveau gouvernement. La journée a clairement montré que l’organisation et la mobilisation citoyenne continueront d’être essentielles pour faire face à ce que de larges secteurs considèrent comme une offensive contre les droits sociaux et environnementaux.


Au Chili, des milliers d’étudiants dans les rues de Santiago contre la politique d’austérité du nouveau président Kast

A peine entré en fonctions, le président d’extrême droite a ordonné une réduction de 3 % des dépenses courantes des ministères, dont celui de l’éducation. Le gouvernement étudie notamment la possibilité de restreindre l’accès à la gratuité universitaire. Un article publié le 26 mars 2026 dans 

Le Monde avec AFP …

Manifestation estudiantine contre le gouvernement chilien, à Santiago, le 26 mars 2026.
Manifestation estudiantine contre le gouvernement chilien, à Santiago, le 26 mars 2026. PABLO SANHUEZA/REUTERS
Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté, jeudi 26 mars, à Santiago contre la politique d’austérité du président chilien d’extrême droite, José Antonio Kast, et un projet de restriction de la gratuité universitaire. Les manifestants, dont de nombreux lycéens en uniforme, ont défilé dans le centre de la capitale avant d’être dispersés par la police à l’aide de canons à eau, a constaté l’Agence France-Presse (AFP).

A peine entré en fonctions, José Antonio Kast a ordonné une réduction de 3 % des dépenses courantes des ministères, dont celui de l’éducation, dans le cadre de sa politique d’austérité. Le gouvernement étudie notamment la possibilité de restreindre l’accès à la gratuité universitaire pour les nouveaux étudiants âgés de plus de 30 ans. Les manifestants redoutent d’autres mesures similaires. « Nous voulons qu’ils respectent les droits sociaux que nous avons gagnés au fil de toutes ces années », a affirmé à l’AFP Benjamin Traslavina, un étudiant de 22 ans

Hausse du prix de l’essence

Le président chilien vise une réduction des dépenses publiques d’environ 6 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros environ) sur dix-huit mois, un objectif que ses opposants jugent difficilement atteignable sans toucher aux prestations sociales.

« Nous ne méritons pas ce Kastigo », pouvait-on lire sur certaines pancartes, en référence au mot espagnol « castigo », qui signifie « punition ».
« Ma mère va avoir 50 ans et a toujours voulu étudier, mais n’a jamais pu le faire parce qu’elle a eu des enfants et ne pouvait pas financer ses études (…). On devrait avoir cette possibilité », a expliqué Sofia Diaz, une étudiante de 18 ans.
Parallèlement, les prix des carburants ont fortement augmenté jeudi après un ajustement des subventions publiques, l’essence bondissant d’environ 30 % et le diesel de 60 %, selon une estimation s’appuyant sur les hausses annoncées par le gouvernement.

Une loi dite d’« urgence énergétique » a été cependant promulguée, jeudi, afin d’atténuer l’impact de la hausse. La mesure prévoit une aide de 110 dollars (95 euros environ) par mois sur une période de six mois pour les chauffeurs de taxi et les conducteurs de véhicules scolaires.

Le Monde avec AFP


Extrême-droite. Chili. Des milliers d’étudiants manifestent à Santiago contre les attaques austéritaires de Kast

Après l’annonce d’une hausse du prix du carburant, José Antonio Kast a fait face à une mobilisation étudiante massive à Santiago ce jeudi 26 mars. Plus de 10 000 étudiants ont manifesté sur la principale avenue de la capitale. Article paru dans La Izquierda Diario Chili du 27 mars 2026

Crédits photo : capture d’écran youtube Mirror Now

Ce 26 mars, plus de 10 000 étudiants ont manifesté sur l’avenue principale de Santiago lors de la première mobilisation du mouvement étudiant contre les politiques d’austérité et de coupes budgétaires du gouvernement d’extrême droite de José Antonio Kast. À partir de midi, plusieurs organisations étudiantes ont appelé à se rassembler aux abords de l’ancien Congrès national, puis à marcher vers le palais de la Moneda, avant d’être réprimés par la police.

Cette marche fait suite à une semaine de mobilisations diverses en réaction aux premières mesures du gouvernement. Ce 22 mars, dans le cadre de l’appel à la Marche pour la Journée de l’eau (mobilisation annuelle contre la privatisation de l’eau et la contamination due à l’extractivisme), des milliers de personnes se sont rassemblées dans différentes villes du pays pour protester contre les mesures pro-extractivistes de suppression de régulations environnementales annoncées la semaine précédente. De plus, des casserolades se sont fait entendre à Santiago et dans certaines villes du pays lors des soirées du 24 au 25. Au cours de ces mêmes jours, les étudiants du secondaire ont eux-aussi gagné en visibilité avec diverses mobilisations, comme celle qui a eu lieu le 24, où des étudiants ont paralysé la Ligne 1, affectant les transports aux heures de pointe, montrant qu’il existe non seulement une volonté, mais aussi des forces pour faire face aux politiques d’austérité et aux attaques de José Antonio Kast.

Ces attaques se sont concrétisées la semaine dernière quand le gouvernement au pouvoir depuis le 13 mars a annoncé ses premières mesures qui ont commencé à susciter l’indignation de ceux qui regardent avec méfiance son projet austéritaire, raciste et écocidaire en faveur des grands patrons et de l’extractivisme. Dans ce contexte de défiance, le gouvernement a provoqué un choc ce lundi en annonçant une hausse des prix des carburants de 60%, entrée en vigueur dans la nuit du 26 mars. Cette annonce a accéléré la baisse du soutien au gouvernement : en moins de 15 jours, le taux de désapprobation est passé de 37 % à 49 %, dépassant les 47 % d’opinions favorables au gouvernement de Kast. La hausse du prix des carburants est devenue un sujet incontournable dans les lieux d’étude et de travail, suscitant un fort rejet populaire. Dans les discussions quotidiennes, on ressent de nouveau l’indignation et le mécontentement, même si celui-ci reste encore, dans l’ensemble, passif.

Pour cela, la mobilisation étudiante peut constituer un point de départ pour faire face aux attaques du gouvernement et les faire reculer. En effet, la hausse du prix de l’essence a été l’occasion pour les étudiants de se mobiliser également contre les mesures austéritaires de Kast pour la santé ou la jeunesse comme la fin de la gratuité des études pour les plus de 30 ans ou la réduction des bourses étudiantes. Mais pour cela il sera nécessaire d’affronter le gouvernement avec un plan de lutte progressif, et c’est justement ce que ne veulent pas ceux qui sont à la tête des principales organisations étudiantes liées au Parti communiste et au Frente Amplio (parti de l’ancien président Boric), qui se sont déclarés comme une opposition « responsable et collaborative ».

On observe quelque chose de similaire dans le mouvement ouvrier. L’expression de cela est la récente réunion de la direction de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT, principal syndicat du pays), dirigée par le PS et le PC, avec le ministre du Travail, Tomás Rau, où les discussions ont porté sur le maintien de la semaine de 40 heures, des négociations sectorielles et l’augmentation des salaires, mais sans aborder le principal problème qui affecte aujourd’hui la classe ouvrière, à savoir les attaques du gouvernement contre le pouvoir d’achat de millions de familles. Les bureaucraties syndicales et étudiantes seront donc un obstacle car elles chercheront à entraîner la lutte dans le marécage parlementaire ou dans la dispersion, dans le but de maintenir une opposition dialogante avec la droite.

Face à cette stratégie de résignation et de collaboration, il est nécessaire de construire un programme alternatif qui parte de la mobilisation des travailleurs et des étudiants pour un plan de lutte et une grève nationale qui s’étende le plus largement possible. C’est pourquoi les assemblées auto-organisées qui ont eu lieu dans des universités comme l’Université de la Frontière ou à la faculté Juan Gómez Millas de l’Université du Chili sont très importantes, où des mesures ont été discutées et votées pour faire face aux attaques du gouvernement.

Le PTR (Parti des Travailleurs Révolutionnaires, organisation sœur de Révolution Permanente au Chili) invite toutes celles et ceux qui souhaitent mener cette lutte jusqu’au bout à impulser un réseau de coordination afin d’exiger des principales directions du mouvement syndical et étudiant qu’elles cessent de détourner le regard pendant que Kast avance une politique d’austérité historique et qu’elles prennent la tête pour avancer vers un plan de grève nationale contre la hausse des carburants, qui constitue un front commun entre les secteurs syndicaux, les étudiants et la gauche révolutionnaire.

Extrait d’un article paru dans La Izquierda Diario Chili du 27 mars 2026


Un président d’extrême droite investi au Chili : la destruction environnementale au programme

Le nouveau président chilien d’extrême droite, José Antonio Kast, devrait prendre ses fonctions le 11 mars entouré de plusieurs dirigeants d’ultradroite. Leur point commun : intensifier les politiques extractivistes au détriment de l’environnement. Les explications de Marion Esnaut dans Reporterre du 12 mars 2026 …

Le nouveau président du Chili José Antonio Kast et le président étasunien Donald Trump lors du sommet « Bouclier des Amériques » à Miami, en Floride, le 7 mars 2026. – © Saul Loeb / AFP

C’est une cérémonie d’investiture marquée par l’extrême droite. Le 11 mars, sous le ciel estival du Chili, le nouveau président d’ultradroite José Antonio Kast prendra ses fonctions, après avoir été élu le 14 décembre face au chef d’État progressiste sortant, Gabriel Boric. Une passation de pouvoir à laquelle ont prévu de participer d’autres dirigeants d’ultradroite latino-américaine, comme Javier Milei (Argentine), Daniel Noboa (Équateur) et Santiago Peña (Paraguay).

Quelques jours plus tôt, le 7 mars, ces mêmes présidents s’étaient réunis avec Donald Trump à Miami, aux États-Unis, pour le sommet Shield of the Americas (Bouclier des Amériques), présenté par la Maison Blanche comme une « coalition historique » pour « promouvoir la liberté, la sécurité et la prospérité ». Le signe d’une « trumpisation du continent », selon Franck Gaudichaud, professeur d’histoire et d’études de l’Amérique latine contemporaine à l’université Toulouse-Jean Jaurès.

« On assiste clairement à une consolidation de l’extrême droite réactionnaire d’Amérique latine », analyse-t-il. Un des points communs de ces droites autoritaires néolibérales est de « considérer l’environnement comme une variable d’ajustement de leur programme économique », explique Franck Gaudichaud. Mais aussi de présenter l’exploitation intensive des ressources naturelles comme la seule solution à la crise économique.

Un « continuum extractiviste néocolonial »

Une des principales mesures partagées par ces dirigeants ultralibéraux latino-américains est la déréglementation environnementale. Au Brésil, Jair Bolsonaro avait drastiquement réduit les financements à la grande institution de régulation de l’environnement (Ibama). En Équateur, Daniel Noboa a fait adopter une loi d’urgence économique pour flexibiliser les investissements dans le secteur minier. En Argentine, Javier Milei défend une proposition de loi qui dérégule la protection des glaciers andins pour permettre l’exploitation du cuivre.

José Antonio Kast clamait pendant sa campagne : moins de permis, plus d’investissements. « Tous ont la même critique des normes de protection et de ce qu’ils appellent la “bureaucratie environnementale” », souligne Franck Gaudichaud.

Ce risque de déréglementation inquiète les mouvements socioenvironnementaux du pays. Au lendemain de la victoire de José Antonio Kast, plusieurs ONG lançaient « l’alerte face au risque de recul », considérant la victoire du candidat d’extrême droite comme « une grave menace pour les avancées environnementales », expliquait Defendamos Patagonia.

Ezio Costa, directeur de l’association chilienne Fima, fait partie de ceux qui seront vigilants dans les prochaines années « pour que le futur gouvernement applique le principe de non-régression des droits humains et environnementaux ». Au Chili, la société civile doit toujours être vigilante, précise-t-il, « que ce soit avec les gouvernements progressistes ou d’extrême droite : tous ont toujours été plus favorables aux industries qu’aux personnes ».

« L’Amérique latine est aujourd’hui en première ligne des bouleversements écoclimatiques »

Les pays d’Amérique latine font face à un « continuum extractiviste néocolonial », estime Franck Gaudichaud. Le chercheur a publié avec d’autres collègues le livre Greenbacklash, aux éditions du Seuil, dans lequel ils montrent comment le retour de bâton actuel qu’on observe en matière d’écologie s’accélère avec « l’arrivée au pouvoir de leaders d’extrême droite climatonégationnistes ou libertariens ». « L’Amérique latine est aujourd’hui en première ligne des bouleversements écoclimatiques du fait de ses immenses quantités de matières premières nécessaires au fonctionnement du technocapitalisme », écrivent-ils dans leur livre.

Lire aussi : Au Chili, tout pour le lithium, au détriment de l’environnement

Les économies latino-américaines, encouragées par la demande de puissances émergentes telles que la Chine, favorisent l’extraction et l’exportation à très grande échelle des ressources naturelles. Toujours « au détriment des terres et des peuples autochtones », regrettent les auteurs. Les élus progressistes sont également « enfermés dans cette logique extractiviste, précise Franck Gaudichaud, ils prônent une plus grande régulation environnementale et une présence plus forte de l’État, davantage redistributive ». Les politiques d’extrême droite, elles, « dérégulent, encouragent la privatisation et appliquent une vision sécuritaire ».

Ezio Costa craint aussi que la répression s’accentue avec la montée en puissance des conservateurs. « Les risques encourus par les personnes qui défendent la nature ont clairement augmenté ces dernières années », observe-t-il. Le continent recense ainsi l’un des plus grand nombre d’assassinats de défenseurs de l’environnement au monde.