Dans un reportage diffusé le 10 février 1961 par la première chaîne de télévision : le Maire du Tartre Gaudran dans les Yvelines, la plus petite commune de France avec 17 habitants dont 9 électeurs, explique son mode de gouvernance. Aujourd’hui, le village du Tartre-Gaudran compte 37 habitants et la nouvelle législation a obligé le maire à faire le sacrifice de deux de ses adjoints masculins …
1961 : Être maire de 17 habitants : « ici, il ne se passe absolument rien ! »
Et qu’en est-il aujourd’hui à Tartre-Gaudan , 65 ans plus tard ?
Municipales 2026 : dans le plus petit village des Yvelines, le maire regrette que les règles changent
Rencontre avec Frédéric De La Rue, le maire du Tartre-Gaudran (Yvelines), pas convaincu de l’utilité des nouvelles règles des élections municipales de mars 2026 pour sa commune. Un article signé Méréva Balin dans 78Actu.fr du …
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En cette fin d’année 2025, Frédéric De La Rue en termine avec son deuxième mandat de maire du Tartre-Gaudran (Yvelines), une commune plusieurs fois lauréate de la Marianne du civisme. ©Méréva Balin
Dans les Yvelines, 114 communes sont concernées par les modifications du scrutin des élections municipales introduites par la loi du 21 mai 2025. Au Tartre-Gaudran, village le moins peuplé du département avec 37 habitants, la nouvelle législation a obligé le maire Frédéric De La Rue à faire le sacrifice de deux de ses adjoints masculins.
Ce qui change pour le vote de mars 2026
La loi du 21 mai 2025 vise à « harmoniser le mode de scrutin aux élections municipales afin de garantir la vitalité démocratique, la cohésion municipale et la parité » dans les communes de moins de 1 000 habitants. Un point sur les changements pour les candidats et les électeurs.
Un scrutin de liste à deux tours
Jusqu’à maintenant les conseillers municipaux étaient élus au scrutin majoritaire, plurinominal, à deux tours. C’est-à-dire que les électeurs avaient la possibilité de rayer ou d’ajouter le nom d’un ou plusieurs candidats ou encore de modifier l’ordre d’une liste. À partir de 2026, la composition des listes est figée. Pour être présente lors d’un éventuel second tour, la liste doit totaliser un minimum de 10 % des suffrages exprimés.
Une alternance d’hommes et de femmes
Chaque liste de candidats doit dorénavant alterner la mention d’un homme et d’une femme. Cet ordre ne préjuge en rien des personnes qui occuperont les fonctions de maire ou d’adjoints au maire. Certains derniers étant désignés au terme d’un vote des élus lors du conseil municipal d’installation.
Un nombre de candidats flexible
Conscient qu’il ne serait pas aisé dans certaines municipalités de trouver le nombre de candidats adéquat pour présenter une liste complète, le législateur a prévu une forme de souplesse. Deux candidats peuvent ainsi s’ajouter à l’effectif légal prévu, leur rôle étant d’occuper des postes laissés vacants en cours de mandat. À l’inverse, l’effectif de la liste peut compter jusqu’à deux candidats en moins que l’effectif légal prévu et être toutefois réputé complète. Ainsi dans une commune de moins de 100 habitants où l’effectif légal du conseil municipal est de sept élus, les listes candidates peuvent compter entre cinq noms au minimum et neuf au maximum.
« La valeur d’un élu ne se mesure pas à son sexe »
« Dans ce cas-là, je trouve que la parité est nulle, c’est un moyen déguisé de supprimer les petites communes en les obligeant à se regrouper, critique celui qui administre la municipalité depuis 2014 et le décès de son prédécesseur. La valeur d’un élu ne se mesure pas à son sexe mais à ses compétences. »
Pas prêt à renoncer à l’indépendance de sa commune qui « a d’ailleurs un budget très bien équilibré », le maire n’a toutefois pas tergiversé. Lors du conseil municipal du 3 décembre 2025, l’édile a donc annoncé aux élus concernés qu’ils devaient laisser leur place.
« J’ai quelques regrets car nous formions une bonne équipe. Ils seront toutefois suppléants en cas de désistements. J’ai pris les devants en proposant à deux femmes de rejoindre le conseil. »Frédéric De La Rue, maire du Tartre-Gaudran
Un suspense quasi inexistant
Dans une commune où une unique liste sera vraisemblablement soumise aux électeurs, le suspense est quasi nul. L’agricultrice, « à la tête de la seule exploitation de la commune », et une nouvelle habitante, par ailleurs cheffe d’entreprise, devraient rejoindre les sept élus municipaux en mars 2026.
Un choix qui permet, selon Frédéric De La Rue, d’éviter l’entre-soi. « J’avais envisagé de proposer la place à mon épouse et à celle de l’un de mes adjoints. Mais cela ne me paraissait pas sain et pas logique d’avoir deux représentants d’une même famille dans le conseil. Il est nécessaire d’avoir des visions différentes de la commune pour bien la gérer. »
« Il y a quatre fois plus de chevaux que d’électeurs » : dans « la commune la moins peuplée d’Île-de-France », à quoi sert le maire ?
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Le Tartre-Gaudran, un village rural des Yvelines, compte 37 habitants pour « autant d’électeurs » selon son maire. Dans une commune aussi peu peuplée, comment se déroulent les scrutins et quels rôles jouent les élus ?
Pas de porte-à-porte ni de réunion publique : au Tartre-Gaudran, « pas besoin de faire campagne, il n’y a qu’une liste« , prévient le maire Frédéric De La Rue. Aux prochaines élections municipales des 15 et 22 mars prochains, l’édile sortant, un ancien journaliste à la retraite âgé de 71 ans, « y retourne« . « On est la commune la moins peuplée d’Île-de-France, avec 37 habitants et autant d’électeurs« , confirme l’élu.
Au sein de la mairie, un local de 20 m2 au croisement de deux routes, le blason du village est accroché au mur. « Il a été dessiné par Uderzo, qui s’est inspiré du blason de Paris en remplaçant le bateau par un sabot. Il vivait à Neuilly dans un hôtel particulier, mais il avait acheté un terrain ici, où il avait installé une caravane, avant de connaître la gloire. Il a longtemps fait partie du conseil municipal« , raconte Frédéric De La Rue.
Dans cette commune de 400 hectares située à la lisière de la forêt de Rambouillet, et à proximité de Houdan et Chartres, on compte à peine une quinzaine de maisons, entourées de champs et d’écuries. « Au Tartre-Gaudran, il y a quatre fois plus de chevaux que d’électeurs, on en rigole souvent. Il y a plus de 200 chevaux pour un peu plus de 30 pèlerins« , sourit Leny Gallego, à l’entrée du centre équestre qu’il gère avec sa sœur, à 3 km de la mairie.
Cet homme de 44 ans, qui vit ici depuis une quinzaine d’années, fait d’ailleurs partie du conseil municipal, qui rassemble sept élus. « Maintenant, il faut des listes paritaires pour les petites communes, j’ai dû débarquer deux conseillers pour deux conseillères. Sans trop de difficulté, malgré tout« , indique de son côté Frédéric De La Rue. Il précise être « contre cette règle de parité« , citant notamment « les difficultés à trouver des volontaires dans les petites communes« .
« Le maire est en première ligne »
« Je suis de droite« , déclare le maire, élu sans étiquette partisane « comme dans toutes les petites communes en général« . Leny Gallego, lui, se situe « plutôt à gauche« . « Il y a toutes les sensibilités dans le coin. Après, on est dans un village de campagne, il y a tout de même beaucoup de gens qui votent à l’extrême droite. Les petits patelins peuvent être étrangement très xénophobes, alors que les questions liées à l’immigration ne sont pas du tout présentes ici. Notre souci, c’est par exemple fixer les horaires de l’éclairage public« , explique-t-il.
Au conseil, « il y a parfois des débats mais on est souvent sur la même longueur d’onde, c’est facile de trancher« , poursuit Leny Gallego. « Il n’y a pas d’opposition, il n’y a qu’une seule liste à chaque élection. On est déjà presque tous dessus, quand on retire les résidents secondaires« , ajoute-t-il.
Mais à quoi sert un maire dans une commune aussi peu peuplée ? « Je suis là pour écouter les problèmes des gens. On prend tout de pleine face, le maire est en première ligne. On gère des choses qui peuvent paraître banales, par exemple un arbre tombé sur une route après une tempête. On met la main à la pâte. Peu de choses sont déléguées par rapport aux grandes villes, je passe l’aspirateur dans la mairie« , raconte Frédéric De La Rue.
« On ne passe pas notre vie au conseil, on n’est pas débordé. Il y a deux mariages tous les 10 ans« , plaisante pour sa part Leny Gallego. « On a trois chemins à entretenir. Les routes sont gérées par la communauté de communes, qui a repris beaucoup de compétences… Pour les budgets, on évite au maximum d’augmenter les impôts« , résume de son côté Frédéric De La Rue, qui s’est installé au Tartre-Gaudran il y a 25 ans avec son épouse.
« Quand je suis arrivé ici, il y avait 100% de participation »
« Il n’y a pas de commerce dans la commune. Les cafés, on les prend chez les voisins« , poursuit l’édile, qui précise que le cimetière, l’église et l’école sont situés dans la commune voisine de La Hauteville. « Je me plais beaucoup ici. J’aime la tranquillité, je ne suis pas un homme des villes. Paris n’est pas très loin, à une heure en voiture, mais je n’y mets jamais les pieds. Ici, c’est la vie à la campagne. Il y a peut-être plus un plus grand sens de la responsabilité individuelle. Chacun entretient et fleurit devant chez soi« , estime-t-il.
À l’approche des municipales, le maire note que si « l’organisation du scrutin demande de la coordination« , « on n’a jamais eu de problème pour remplir le planning » des assesseurs. Sur la façade de la mairie, on observe d’ailleurs une plaque « Marianne du civisme » : un concours organisé par la Fédération nationale des associations des anciens maires et adjoints de France (Famaf) pour « valoriser les communes ayant obtenu le plus fort taux de participation« .
« Quand je suis arrivé ici, tout le monde votait le matin, il y avait 100 % de participation. Les chiffres ont baissé depuis, mais ça reste élevé. Les gens sont conscients que le vote est un devoir civique. Et après chaque élection, on fait la fête après l’annonce des résultats, ça se termine tard« , explique l’élu.
« On est dans une commune très rurale, tout en étant situé en Île-de-France. C’est un peu bizarre, mais on doit par exemple respecter l’obligation d’ouvrir le bureau de vote jusqu’à 20h alors qu’il n’est pas rare qu’à 16h, tout le monde soit déjà passé« , glisse Leny Gallego. Les champs du village se situent à la frontière de l’Eure-et-Loir, en région Centre-Val de Loire.
