« L’idée est d’abord impensable, voire même choquante. Puis cette idée devient une idée radicale, avant de devenir acceptable. »La fenêtre d’Overton » est un concept forgé vers 1990. Comment les femmes et hommes politiques s’en servent-ils pour déplacer le champ de l’acceptable en politique ? Le« Focus du Média »et le podcast de « L’Heure du Monde » nous en disent plus …
Vous vous êtes déjà demandé comment certaines idées jugées extrêmes finissent par devenir la norme ? C’est peut-être la Fenêtre d’Overton qui a bougé… Des politiciens comme Donald Trump et Éric Zemmour l’ont bien compris : en répétant des idées jugées radicales, ils parviennent à les intégrer dans le débat public. C’est ce que le Média Focus nous explique dans cette vidéo en dessins de 3’50 » …
Un PODCAST de 18’50 » rediffusé le 22 déc. sur « Spotify Le Monde » à écouter par ici …Description de l’épisode
Cette notion, souvent mobilisée dans les médias pour décrypter les stratégies de radicalisation ou de banalisation de certaines idées politiques, a remporté un tel succès qu’on l’a aussi retrouvée dans la série La Fièvre, diffusée en mars 2024 sur Canal+. Son héroïne, Sam, soupçonne une polémiste d’extrême droite de vouloir élargir cette fameuse fenêtre d’Overton.
D’où vient cette notion, qui désigne à la fois une grille de lecture et un outil pour changer les normes ? Et comment les femmes et hommes politiques s’en servent-ils pour tenter d’élargir, de réduire ou de déplacer le champ de l’acceptable en politique ?
C’est à écouter par ici …
Les explications de l’essayiste Raphael Llorca dans ce PODCAST de France Inter à écouter par ici …

La série La fièvre sur Canal+ a popularisé le concept de « La fenêtre d’Overton » à travers le combat sans merci que se livrent une communicante et une influenceuse d’extrême droite pour gagner l’opinion publique à leur cause. Les politiques connaissent bien cette fenêtre d’Overton et en jouent pour faire avancer leurs idées dans la société. On observe alors que certaines idées qui n’étaient pas tolérées dans le débat public le deviennent, on parle alors d’élargissement de la fenêtre d’Overton.
Cela a été par exemple le cas pour le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel, ils sont désormais dans le cadre de la fenêtre d’Overton. Autrement dit, ils font partie des opinions considérées comme acceptables. Mais a contrario, quand lors de la dernière campagne présidentielle, Éric Zemmour affirme dans les médias « qu’avec l’immigration zéro, il n’y aura quasiment plus de délinquance » il se place à ce moment-là dans l’inacceptable. Mais jusqu’à quand ? Quand ce qui n’était pas dicible à un moment T devient-il acceptable par le plus grand nombre ?
Qu’est-ce qui est discutable aujourd’hui, qui ne l’était pas hier ? Est-ce que la fenêtre d’Overton n’est pas en train de s’ouvrir un peu trop vite ? Est-on désormais face à une véranda d’Overton ?
Un concept d’abord confidentiel devenu d’actualité
Aujourd’hui, on parle beaucoup de ce concept parce qu’avec ce qui se passe aux Etats-Unis, on peut avoir l’impression, selon Raphaël Llorca, que chaque jour vient élargir un peu plus cette fenêtre d’Overton. « Des choses qui nous paraissaient encore il n’y a pas si longtemps totalement dingues sont aujourd’hui commentées, répétées et au fond totalement normalisées dans le débat public. »
Il explique comment fonctionne cet élargissement : « L’idée est d’abord impensable, voire même choquante. Puis cette idée devient une idée radicale, avant de devenir acceptable. Ça veut dire qu’elle entre lentement dans le débat public. Puis l’idée est qualifiée de sensible et on entend les médias en parler sans la marginaliser. Ensuite, on passe au stade de l’idée populaire, avant qu’elle soit embrassée par la classe politique. Et c’est comme ça que la fenêtre d’Overton s’est ouverte en grand. » Il précise comment : « Visualisons ça avec une échelle de 0 à 10. Imaginons que le spectre du dicible et de l’acceptable dans le débat public, c’est entre 4 et 6. Comment faire accepter un propos à 7 ? Parce que si on le dit tel quel, il est condamné. Il suffit, même si ce n’est pas automatique, qu’un autre individu propose quelque chose à 8, pour que par effet de contraste, le 7 paraisse beaucoup moins radical. »
Pour Raphaël Llorca, il y a eu une vraie révolution ces cinq, dix dernières années, comme il l’explique : « La radicalité, qui était autrefois, au fond, un frein, qui condamnait le personnel politique à être en marge du débat politique, est aujourd’hui un moteur, on le voit de plus en plus. »
L’extrême droite et la notion de grand remplacement
Pour notre invité, la notion de grand remplacement est un exemple majeur : « Elle a été forgée dans les années 2010 par Renaud Camus, qui végétait dans quelque chose de très minoritaire au sein de la fachosphère. Elle explose et devient un sujet d’interview sur LCI, lors de la primaire de la droite, où David Pujadas et Ruth Elkrief, qui ne sont tout de même pas des agents de l’extrême droite, posent la question successivement à l’ensemble des candidats de la droite : ‘Et vous, le grand remplacement ?’ Il ne s’agit pas de pointer du doigt des journalistes en particulier, il s’agit de montrer qu’en l’espace de quelques semaines à peine, cette expression qui était inacceptable, c’est-à-dire que lorsqu’elle était prononcée, était immédiatement condamnée par l’ensemble de l’écosystème politique et médiatique, d’un coup devenait l’objet d’un débat. »
Il ajoute : « Il n’y a pas si longtemps que ça, au travail, faire le coming-out mariniste, dire ‘j’entends voter Marine Le Pen aux prochaines élections’, était quasiment synonyme d’isolement social, etc. Donc il y avait un coût, ne serait-ce que social. » Pour lui, ce n’est plus forcément le cas.
Le rôle des médias dans l’élargissement de la fenêtre d’Overton
Pour Raphaël Llorca, pendant très longtemps, les médias jouait le rôle de gatekeeper, de gardiens du temple, qui faisaient le filtre entre ce qui avait le droit de pénétrer un média et ce qui n’avait pas le droit. « Overton, qui était un lobbyiste, disait que le simple fait d’organiser un débat médiatique le légitime. » En effet, « l’auditeur ou le téléspectateur, se dit : ‘il y a un débat pour ou contre, c’est totalement dingue’, mais le simple fait que la question soit posée fait entrer la dose d’arsenic. Ça plante une graine, qui pourrait ensuite pousser ou non. »
Il ajoute que les réseaux sociaux ont également un rôle important : « C’est un espace de dérégulation, où, précisément, il y a maintenant des techniques de manipulation pour faire en sorte de faire paraître comme majoritaire des opinions qui sont, en fait, extrêmement minoritaires. »
